vendredi 18 janvier 2019

La proie de Philippe Arnaud

La proie de Philippe Arnaud aux éditions Sarbacane, 16euros
Roman ado

Théa a 9 ans,elle est camerounaise et vit une enfance heureuse dans son village. Elle aime chanter, raconter les contes de ses ancêtres. Et justement, Théa s'appelle en réalité Anthéa, comme sa grand-mère qu'elle n'a pas connue. Elle sait en revanche que celle-ci était une femme forte et courageuse, "engagée". Mais à neuf ans, ceci ne veut pas dire grand chose. C'est lorsqu'elle grandit, qu'elle sent les regards se tourner vers elle à mesure que son corps change, qu'elle comprend que le monde peut aussi être hostile. Et puis, il y a un autre obstacle de taille: l'école. Théa préfère être "utile", aider sa mère à vendre des fruits et légumes sur le marché, dessiner, sculpter, théâtraliser les histoires. S'installer derrière une table d'écolier n'a pas de sens pour elle.
C'est cela qui va pousser ses parents à accepter l'offre faite par un couple français, venu pour affaires au Cameroun, de prendre Théa avec eux en France, pour la conditionner davantage au savoir et à la vie dans un pays qui fait tant rêver ses parents.
C'est le début d'une nouvelle vie pour Théa, de nouveaux frères et sœurs, un rythme différent, et un cadre parental fragile. C'est aussi à partir de ce moment que les épreuves s'enchaînent, les remarques, les silences. Théa devient petit à petit une adolescente méconnaissable, en rupture totale avec sa vie d'avant. Stéphane et Christine, le père et la mère chez qui elle vit, vont instaurer autour d'elle un climat effrayant, dangereux et étouffant.
Viendra le moment de se sortir de là, de respirer l'air pur de la liberté. Mais pour l'heure, lisez ce roman à suspense, qui est une ode à la famille, à l'art, la création, et la fraternité.





vendredi 11 janvier 2019

Comme à la guerre de Julien Blanc-Gras

Comme à la guerre de Julien Blanc-Gras aux éditions Stock, 19.50euros.

On connait le côté globe trotter de Julien Blanc-Gras, auteur entre autres des excellents Touriste (Diable Vauvert, 2011) et Paradis avant liquidation (2013). On connait moins son côté casanier, même s'il commençait à se dessiner dans son ouvrage In utero paru en 2015, journal de la grossesse de sa femme.
Ici, un concentré d'humour, de bonne humeur et un regard très juste donnent le ton à Comme à la guerre. Lors de l'attaque terroriste de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, Julien Blanc-Gras expérimente la paternité depuis peu. Il subit alors l’électrochoc de la vie face à la mort, les premiers mois insouciants de son enfant face à la violence de Daesh. Le téléscopage de ces deux événements fait naître en lui des interrogations tout à fait remarquables, sur sa place de père, son rôle à jouer dans la protection de son enfant face à ces horreurs, et la dislocation de ce cocon familial parisien qu'ils s'étaient créé.
Il en résulte un formidable hymne à la vie. Récit en apparence intimiste, Comme à la guerre fait vibrer notre corde sensible, en nous questionnant sur notre attitude face à la menace terroriste, et en nous encourageant à nous concentrer sur l'essentiel et ce que nous pouvons contrôler, à savoir notre capacité à donner la vie, à nous amuser, et nous entendre.



Révolution tome 1: liberté de Grouazel et Locard

Révolution tome 1 de Florent Grouazel et Younn Locard aux éditions Actes Sud-l'an 2, 26 euros.

Voici bien la première grosse sensation de l'année en Bande-Dessinée. Alors que nous célébrons ce mois-ci le 8ème art avec le festival d'Angoulême, voici un album qui fera parler de lui tout au long de 2019.
Un dessin d'une incroyable précision sur plusieurs personnages de différentes strates de la société française de 1789, pour nous plonger avec fracas dans cette période tourmentée de l'Histoire. On suivra tour à tour une petite fille des rues, une jeune servante chassée par ses maîtres, mais aussi des hommes de la noblesse et du clergé. En faisant bien sûr référence aux personnages illustres de ces événements, le travail des deux dessinateurs est de se rapprocher de tous ces acteurs dont la vie a basculé.

Et pour bien s'immerger dans l' ambiance du festival d'Angoulême, voici quelques liens vers nos articles coups de cœur de 2018, qui font aujourd'hui partie de la sélection!

Sur Ailefroide de Jean-Marc Rochette et Olivier Bocquet, éditions Casterman
http://librairiegeneralearcachon.blogspot.com/2019/01/ailefroide-altitude-3-954-dolivier.html

Sur Les grands espaces de Catherine Meurisse, éditions Dargaud
http://librairiegeneralearcachon.blogspot.com/2018/10/les-grands-espaces-de-catherine-meurisse.html

Sur Moi ce que j'aime c'est les monstres d'Emil Ferris, éditions Monsieur Toussaint Louverture
https://librairiegeneralearcachon.blogspot.com/2018/10/moi-ce-que-jaime-cest-les-monstres.html

Sur Courtes distances de Joff Winterhart, éditions ça et là
https://librairiegeneralearcachon.blogspot.com/2018/07/courtes-distances-de-joff-winterhart.html

Sur La cantine de Minuit de Yaro Abe
https://librairiegeneralearcachon.blogspot.com/2018/05/la-cantine-de-minuit-de-yaro-abe.html






Milo à la neige de Anne Pym et Francesco Pittau

Milo à la neige de Anne Pym et Francesco Pittau aux éditions Ecole des Loisirs collection Pastel

L'hiver est la bonne saison pour rester au chaud, prendre un chocolat, manger de la galette et jouer aux petites voitures auprès de la cheminée. Mais pour certains, c'est le moment parfait pour partager d'inoubliables moments dehors avec son meilleur copain. Milo et Boris sont voisins et lorsque Milo veut sagement réaliser un bonhomme de neige, Boris préfère braver les dangers! La neige est une formidable occasion de se dépasser, de prendre des risques, quitte à se perdre en forêt... 
A lire aux enfants à partir de 2 ans, les aventures de ce petit cochon et de son ami Ours leur donneront le goût de l'hiver et du partage.



Et voici notre jolie vitrine qui célèbre les joies de cette saison!







vendredi 4 janvier 2019

SEROTONINE de Michel HOUELLEBECQ

SEROTONINE de Michel HOUELLEBECQ aux éditions Flammarion, 22 euros.

L'année commencera donc avec Michel Houellebecq fraîchement nommé chevalier de la Légion d'Honneur. A chaque livre, l'écrivain semble prendre une importance toujours plus considérable. Sérotonine, tel un médicament miraculeux, se réclame depuis de nombreux jours, avant sa sortie, dans les librairies. Nous apprendrons le rôle de cet agent suspect qui fait titre au livre et subséquemment agit à notre insu dans nos corps.

Mais pour commencer, un dénommé Florent-Claude se présente à son lecteur qu'il croit sans doute son semblable. Cet homme de quarante-six ans vit aujourd'hui seul avec son passé plutôt lourd à l'évocation de sa vie sentimentale. Son errance qui a débuté en Espagne aux côtés d'une jeune Japonaise qu'il va quitter d'une manière inédite le transporte depuis Paris vers la Normandie où il enchaîne les résidences provoquant un intéressant itinéraire touristique.

C'est là, dans cette belle région normande que les considérations de Florent-Claude prennent leur essor. Au demeurant médiocre mais nanti d'une coquette somme, il pourrait s'assurer une confortable existence s'il n'y avait en lui une dépression profonde que n'arrangent pas ses quelques fréquentations qui apparaissent au personnage plus tragiques encore que lui-même.

Une interrogation, que tout lecteur est en droit de se poser, est la connaissance hautement littéraire de l'individu. Peut-on citer Theodor Fontane d'un air nonchalant ? Faire semblant d'ignorer tel "barde communiste" ?  Exagérer une confusion entre un Zadig et Voltaire et un Blaise et Pascal ? Faire en quelque sorte le malin avec une culture qui détonne beaucoup au vu du comportement de notre homme qui ne fait jamais trop état de ses lectures sauf à la toute fin lorsqu'il se lance dans une lecture crépusculaire de La montagne magique de Thomas Mann. Son approche dédaigneuse de la littérature qui est mise au même niveau que les services d'un hôtel ou d'un fromage (notre héros a travaillé pour l'agriculture) est ennuyeuse même si l'humour houellebecquien demeure l'un des attraits principaux du livre avec le sexe évidemment. Sur le sexe justement, mieux vaut laisser juges ceux qui d'expérience savent ô combien Michel Houellebecq écrit au plus près de certaines mœurs sexuelles occidentales. Cette fois, peut-on dire, le catalogue est complet.

AILEFROIDE ALTITUDE 3 954 d’Olivier BOCQUET et Jean-Marc ROCHETTE

AILEFROIDE ALTITUDE 3 954 d’Olivier BOCQUET et Jean-Marc ROCHETTE aux éditions Casterman, 28 euros.

Il est difficile de parler de montagne lorsqu’on se trouve au niveau de la mer. Le vocabulaire n’est pas le même, l’altitude engendre des attitudes auxquelles l’homme qui voit des bateaux au loin à l’horizon n’a pas accès. 

Jean-Marc Rochette, lui, a été du genre à lever la tête très jeune vers les cimes enneigées des Alpes. Sa vie à Grenoble l’a bien aidé. Cependant, il était de prime abord très attiré par les musées et le début d’Ailefroide le montre suspendu (par le regard) à une toile de Soutine, celle du Boeuf écorché

Adolescent au fort caractère, Jean-Marc Rochette, orphelin de père, est devenu un véritable montagnard, un grimpeur, un alpiniste. Son ami Sempé (qui n’est pas le dessinateur) l’a accompagné lors de ses premières escalades dans le massif des Ecrins. 

La montagne lui est ainsi devenue indispensable. Ses ennuis disciplinaires durant sa scolarité l’ont privé de certains mercredis (des années soixante-dix) quant il dessinait (avec talent) quelques figures plutôt osées. 
La montagne donc, les sommets, les couloirs de glace, la fameuse Ailefroide qu’il se promet de gravir un jour avec Sempé sont les priorités du jeune Rochette. « Faire ses courses » comme disent les alpinistes, accumuler les ascensions, suivre les voies des glorieux aînés Bonatti, Terraz, Gaspard, Chaud, Rebuffat (dont les exploits sont retracés avec admiration) mais aussi apprendre la technique, s’équiper, rester prudent, savourer tous les moments produits par une ascension, « regarder les fleurs », jouir du panorama, de la sensation enivrante d’atteindre un sommet telles sont les motivations de Rochette et de ses camarades avec qui successivement il va affronter l’épreuve d’une montée celle de l’aiguille de Dibona, 3130 M, du Râteau, 3 809 M, de la barre des Ecrins 4 101 M, du pavé 3824 M, de la pointe Maximin 3 303 M et de l’Ailefroide, glacier long, brèche des frères chamois 3 545 M…

Jean-Marc Rochette n’élude pas non plus les risques encourus, son récit est saisissant lorsqu'il amorce les destins tragiques, y compris le sien. Son dessin « vertical » vif et précis transcende ses épopées vécues dans les hauteurs alpestres. 

Retenu dans la sélection officielle du 45eme festival de Bandes Dessinées d'Angoulême (24 au 27 janvier), Ailefroide est un album fort que l'on souhaite voir récompensé.

Deux albums pour passer du rire aux larmes

Attention au départ d'Elisabeth Corblin aux éditions Biscoto, 14 euros.

Une bonne tranche de rire pour commencer 2019! Si vous prévoyez cette année de voyager en train, ou si vous l'empruntez tous les jours pour aller au travail/école/lycée, lisez ces quelques planches qui font voir le trajet sur les rails autrement: si vous croyez savoir pourquoi il y a des gouttes sur les fenêtres même quand il ne pleut pas, ou pourquoi le contrôleur siffle de telle façon et pas d'une autre, ou encore pourquoi les trains s'arrêtent parfois au milieu des voies, voici dans cet album de quoi remettre en question toutes vos idées préconçues. Une façon de voir notre quotidien différemment, et de nous plonger dans un univers de fantaisie rempli de poésie.

Un excellent moment de lecture à passer avec des enfants à partir de 5 ans.


Le cimetière des mots doux d'Agnès Ledig et Frédéric Pillot, éditions Albin Michel Jeunesse, 13.50 euros


Attention, voici un album fort pour ne pas dire percutant. Ce n'est pas un album à offrir ou du moins pas sans y avoir réfléchi longuement. Mais c'est un album nécessaire, sur un sujet rare en littérature jeunesse mais ô combien malheureusement réel: la mort d'un camarade de classe.
Ici il s'agit de leucémie. Simon était l'amoureux secret d'Annabelle, son "Annamabelle" à lui. Tous deux avaient l'innocence des enfants, tous deux voyaient la vie avec leurs yeux doux et rêveurs, empreints de la magnifique poésie qu' adultes nous aurions aimé garder. 
Mais un jour Simon ne vient plus et commence la longue absence, puis le cœur se fissure jusqu'au jour il se déchire entièrement. 
Les mots d'Agnès Ledig sont d'une parfaite justesse et sont accompagnés par le très bel univers de Frédéric Pillot dont le talent est tout autant reconnu que celui de l'illustre auteur.

Un album qui sera à coup sûr un livre référence. 





vendredi 28 décembre 2018

L'homme semence de Violette Ailhaud

 L'homme semence de Violette Ailhaud aux éditions Parole, 
8 euros

Avant le grand flot de nouveautés de janvier 2019, nous vous proposons de finir cette année 2018 sur un texte plus ancien édité par les éditions Parole en 2006.
Un petit témoignage édifiant écrit en 1919 par Violette Ailhaud qui, constatant que son village est une nouvelle fois vidé de tous ses hommes au crépuscule de la première guerre mondiale, revit encore le traumatisme de se retrouver dépourvue de leur présence:

"J'avais 16 ans en 1851, 35 ans en 1870 et 84 aujourd'hui. A chaque fois la République nous a fauché nos hommes comme on fauche les blés. Mais nos ventres, notre terre à nous les femmes, n'ont plus donné de récolte. A tant faucher les hommes, c'est la semence qui a manqué".

C'est dans les Alpes de Haute-Provence que vivent les femmes décrites par Violette en 1852. Leurs moitiés sont parties, et ce manque laisse place, après les larmes, à une colère grandissante face à cette injustice. Les femmes du village décident alors de prêter serment. Une promesse, un accord tacite qui les lie, et qui consiste à définir leur attitude et leur mission si un homme revient parmi elle. Ces règles visent à les discipliner, elles qui baignent tant dans le regret, l'attente et la rancœur qu'elles pourraient perdre le contrôle si jamais la silhouette d'un être humain de sexe masculin venait à se dessiner à l'horizon. Et surtout, le serment répond à une inquiétude profonde: et s'il n'y avait plus d'hommes du tout?

Le bruit des pas d'un inconnu survient alors qu'elles ne l'attendaient plus. Le moment de mettre en pratique leur accord est arrivé, et c'est à Violette que revient la lourde tâche d'accueillir et recevoir cet individu...
En quelques pages la force des mots à la fois spontanés et chantants de Violette Ailhaud fait de ce texte un beau témoignage sur les femmes restées dans l'ombre à chaque appel et enrôlement dans un conflit. 
La richesse de ce récit repose aussi sur l'histoire même de cette parution: en 1925, à la mort de l'auteur, celle-ci laisse une lettre qui ne doit être ouverte qu'en 1952, soit un siècle après les événements. Elle doit être ouverte impérativement par une jeune femme de sa lignée, ayant entre 15 et 30 ans. C'est Yveline qui se trouvera en possession du texte, à 24 ans, en 1952, portant avec elle ainsi l'héritage féminin et féministe instauré par Violette Ailhaud.






Les carnets de guerre de Louis Barthas 1914-1918 illustrés par Fredman

Les carnets de guerre de Louis Barthas, 1914-1918, adaptation graphique de Fredman, aux éditions La Découverte, 24.90 euros.

L'année 2018 a été marquée par la célébration du centenaire de la fin de la première guerre mondiale. Parmi les récits de guerre les plus poignants sur cette période se situe celui du caporal Louis Barthas, envoyé au front en 1914. L'excellente adaptation que Fredman en a faite valorise la grande qualité littéraire de ces carnets rédigés tout au long du conflit.
Artisan tonnelier dans l'Aude,  Louis Barthas nous livre un récit au cœur des tranchées, sans lésiner sur les horreurs dont il a été le témoin. Mais il va au delà en nous livrant un regard sur l'absurdité des ordres venus d'en haut et la façon dont lui et ses compagnons de guerre font face aux imprévus et tensions permanentes, tout cela avec un certain sens de l'humour et un recul remarquable pour un homme qui vit la guerre "de l'intérieur".
Grâce à un dessin qui plonge le lecteur dans un univers sombre et boueux, les mots de Louis Barthas prennent une nouvelle dimension.

Les grandes personnes d'Elisabeth Brami et Zelda Zonk

Les grandes personnes d'Elisabeth Brami et Zelda Zonk aux éditions Talents Hauts, 14 euros.
Grandes personnes s'abstenir! Si toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, en voici quelques unes qui remettent les adultes à leur place. Mais rassurez-vous, ceci est dans le but de laisser plus de place aux enfants, à leurs questionnement sur l'existence, à leurs émotions et leurs rêves.
Illustrées par Zelda Zonk, certaines vérités sont très parlantes:

"Les Grandes Personnes n'arrivent plus à dessiner, peindre, sculpter, chanter, inventer des poèmes aussi bien que les Petites Personnes. On dirait qu'en grandissant, elles ont perdu leurs pouvoirs".

Ou encore, dans l'actualité:

"Les Grandes Personnes dépensent plein d'argent pour acheter des cadeaux aux Petits Personnes, et puis s'étonnent de les voir jouer avec l'emballage qui est bien plus marrant".

C'est donc avec humour (grinçant!) que ce petit ouvrage s'adresse aux "PP"(Petites Personnes) autour de 8 ans désireuses de s'émanciper et de comprendre davantage le monde tordu et parfois absurde des plus grands. Un bon cadeau à offrir à ses enfants lorsque l'on veut trouver les bons mots pour expliquer ce vaste sujet qu'est la vie, et leur rendre un grand service!