samedi 19 octobre 2019

Hubert Haddad

Rencontre avec Hubert Haddad autour de son livre Un monstre et un chaos, aux éditions Zulma.


Il ne suffit pas de s’intéresser à l'Histoire et plus particulièrement à la seconde guerre mondiale pour aimer le dernier livre d'Hubert Haddad. Il nous faut plonger avant tout dans un style faisant partie des plus aboutis des écrivains français contemporains. S'il nous avait déjà prouvé son immense talent avec des titres comme Le peintre d'éventail, Palestine, ou Casting sauvage, il nous montre ici le pouvoir puissant de l'imaginaire et plus largement de la littérature.

Eté 1939, en Pologne. Alter, douze ans, se retrouve propulsé dans un chaos innommable, celui d'un pays dont la richesse s’efface petit à petit au profit du nazisme. Solitaire par la force des choses, il erre au gré des rencontres, et atterrit dans le ghetto de Lodz.
Là-bas, témoin des pires atrocités possibles, il oscille entre découvertes macabres et réconforts. Un théâtre de marionnettes le fera sortir de ce chaos pour trouver refuge dans l'art.
Parallèlement, la machine du ghetto se met en route: en 1941, Chaïm Rumkowski est chargé d' organiser le ghetto et de le transformer en véritable centre industriel textile. "Nous nous en sortirons par l'industrie de la discipline". Ce mécanisme implacable montrera les capacités d'exploitation des hommes par les hommes dans le pire des contextes. Et au milieu, la beauté de l'enfance grâce au personnage d' Alter et son imaginaire pour lutter contre le pire.
Un dernier ouvrage, véritable coup de maître par un auteur que nous aurons le plaisir d'accueillir mercredi 23 octobre à 18h, à l'hôtel Ville d'Hiver.


C'est mon arbre

C'est mon arbre d'Olivier Tallec, collection Pastel chez Ecole des Loisirs, 12.50 euros



Écureuil est le plus heureux des écureuils car il a trouvé SON arbre, celui qui lui donnera les plus belles pommes de pins (et nous savons, dans notre belle région, combien les écureuils en raffolent). 
Seulement, voilà, et si un jour quelqu'un voulait aussi son arbre ? Impossible d'en partager ne serait-ce qu'un brin d'écorce pour notre écureuil. Ce qui est à lui est à lui et ne se partage pas ! Du moins, si on commence à partager, on ne s'arrête plus et c'est le début de la fin.
Quelle solution adopter alors ? Un portail ? Une palissade ? Non, bien mieux que tout ça: un mur. Un très haut et très grand mur que personne ne pourra franchir.
Mais si personne ne peut le franchir, comment fera-t-il, lui, pour en sortir ? Et finalement, est-ce que d'autres arbres, derrière ce mur, ne donneraient pas de plus grosses pommes de pins ?

Autant de questions qui permettent d'éveiller les consciences des plus jeunes mais qui feront certainement aussi écho dans l'esprit des adultes, ce qui donne d'autant plus de force à ce bel album qui deviendra à coup sûr un classique.

Et découvrez notre vitrine sur le thème de la forêt et des arbres:

vendredi 11 octobre 2019

Rencontre avec Hubert Haddad le 23 octobre

La Librairie a le privilège d'accueillir Hubert Haddad, romancier, poète, historien d'art et essayiste, auteur en cette rentrée de Un monstre et un chaos publié aux éditions Zulma, coup de cœur des libraires de La Librairie Générale. Rendez-vous le 23 octobre à 18h à l'Hôtel Ville d'Hiver pour une rencontre passionnante!


Une joie féroce de Sorj Chalandon

Une joie féroce de Sorj Chalandon, éditions Grasset, 20.90 euros.

Il y a toujours une attente particulière à l'ouverture d'un nouveau roman de Sorj Chalandon. La question qui vient n'est pas "Ce roman est-il mieux que le précédent?", mais "Quel partie de moi l'auteur va t-il cette fois réveiller, révolter, titiller, émouvoir?"

Samedi 21 juillet 2018, quatre femmes s'apprêtent à braquer une bijouterie place Vendôme à Paris. Improbables dans leurs déguisements, elles-mêmes sont certes prêtes à passer à l'acte, mais ont aussi conscience de l'aspect désespéré de la mission. Désespéré non pas parce qu'elle sera un échec, mais parce qu'elle est exécutée par quatre femmes que le désespoir fait vivre.
Si ces quatre femmes ne se ressemblent absolument pas en apparence, elles sont à jamais sœurs dans l'épreuve qu'elles sont en train de mener pour lutter contre leur maladie. Elles ont également toutes les quatre un rapport particulier à la maternité, au deuil.
Jeanne, Brigitte, Assia et Mélody ont appris à se connaître dans la douleur et ont transformé ces fatalités en révoltes. Le partage de la vie quotidienne dans un appartement les a mises à nu face à leur mal, et leur a permis de mutualiser leurs forces pour aller au bout de leur combat.
Et si aller au bout était de braquer cette bijouterie, le lecteur saura trouver ce qui est de l'ordre de l'identification de ce qui est de l'ordre de la force romanesque de l'auteur. Comme toujours Sorj Chalandon nous amène vers l'impensable grâce à des personnages qui auraient pu être nous. Et une fois de plus, comme Georges (Le quatrième mur), Antoine (Mon traître et Retour à Killybegs), Michel (Le jour d'avant), Jeanne nous transporte entièrement dans les tumultes de sa vie. Certains qualifieront celle-ci de profondément triste, d'autres y verront une lumière et une rage qui rend la lecture de Sorj Chalandon toujours aussi jubilatoire.





Alerte rouge de Tomaz LAVRIC TBC

Alerte rouge de Tomaz LAVRIC TBC aux éditions Ca et Là, 16 euros.

Si l’on n’a pas été punk un jour dans sa vie, on peut considérer, comme le dit le célèbre adage, que l’on a raté sa vie. D’ailleurs, en lisant Alerte rouge, le ratage est une appropriation totalement punk. C’est l’un des préceptes régulièrement rappelé par Tomaz Lavric, ancien punk de la première heure avec la particularité de s’être trouvé à Lubjlana au début des années quatre-vingt. Lubjlana appartenait encore à ce pays disparu qu’est la Yougoslavie avant de devenir la capitale de la Slovénie, premier pays à avoir obtenu son indépendance juste avant que la Croatie, la Bosnie et la Serbie deviennent le théâtre d’une guerre bouleversante des années quatre-vingt-dix. 


L’incongruité de ces souvenirs véritables tient aux statuts politiques d’alors, un titisme poussé dans ses retranchements avec l’avènement du punk débarqué d’Angleterre et comme figure de proue les Sex Pistols. 

Tomaz Lavric opère un flash-back nostalgique et pourtant laminé par des instants cruels mais signifiants de l’attitude punk. Le personnage La Taupe, la cinquantaine atteinte, revoit quelques uns de ses acolytes de cette période fulgurante mais le constat est  amer, les temps ont bien changé et ses amis aussi. 

Il n’empêche que les allers-retours entrepris par Alerte rouge sont d’une puissance et d’une efficacité hors norme. Impitoyables et lucides, ils demeurent cependant un plaidoyer pour le punk, ce cri de rage qui emporta tout sur son passage et fut à Lubjlana le début de la fin du communisme à la sauce Tito. 

Outre ce fait politique, les amis de La Taupe et La Taupe lui-même sont irrésistiblement attachants dans leurs déboires juvéniles. La force de Tomaz Lavric est de recréer une authenticité vécue de l’intérieur, de la frotter à l’usure du temps et d’accompagner ses personnages jusqu’à en toucher l’intime et faire naître une profondeur inattendue et stupéfiante nichée sous les apparences. Le punk aussi sait être tendre.




vendredi 4 octobre 2019

Lire en poche à Gradignan du 11 au 13 octobre 2019

Vos libraires de La Librairie Générale seront présents de nouveau cette année et auront le plaisir de vous y accueillir! Rendez-vous au parc de Mandavit le week-end prochain!



La tentation de Luc LANG

La tentation de Luc LANG aux éditions Stock, 20 euros.

C’est par une scène de chasse que s’ouvre le dernier roman de Luc Lang. Une chasse au cerf qu’un homme traque sur les premiers contreforts des Alpes près de Lyon. L’homme est un chirurgien qui s’adonne à sa passion, un homme avec femme et enfants, un homme équilibré, précis, ayant un rapport fort avec la nature, un homme de cinquante ans propriétaire majoritaire de sa clinique où il excelle toujours à la réparation des membres supérieurs, mains, coudes, épaules, sa spécialité. 

Ce jour-là, il blesse un cerf qu’il ramène dans son refuge, une maison de montagne où son fils ne va pas tarder à le rejoindre. Ce fils, très éloigné de lui, new-yorkais, vivant avec un mannequin dont il est fou amoureux avec toute la fragilité cosmopolite qui la compose, est devenu très riche, très très riche. Et c’est bien là que la rupture menace entre le fils et le père, cette notion de l’argent et de ce que l’on en fait. 

Mais ce jour-là, c’est sa fille qui lui apparaît alors qu’il ramène dans son pick-up le cerf blessé et anesthésié. Sa fille dans une voiture de sport conduite à grande vitesse par un homme qui (le comprend-il en un éclair) est aux abois…


Luc Lang signe un livre que l’on ne lâche plus sitôt que s’est mise en place l’extrême tension que va vivre son personnage. Le grand numéro de Luc Lang n’est pas vain car il dénonce une génération nourrie à la haute finance, qui joue avec l’argent des autres, qui s’enrichit en un tour de main et vomit ceux qui ne lui ressemble pas, soit la terre entière ou presque. 
Dans ce polar haletant, Luc Lang ne perd jamais son homme qui non content de voir s’éloigner ses deux enfants sur une rive que l’on devine mortelle, doit aussi résoudre les frasques spirituelles de sa femme qui referme le portrait d’une famille au bord de l’implosion. 
De quelle tentation s’agit-il alors ? Il faut lire Luc Lang pour le savoir mais certains peuvent d’ores et déjà  comprendre qu’elle se tient à l’extrémité d’un doigt prêt à appuyer sur la détente d'un fusil à fort calibre.

Formica de FABCARO

Formica de FABCARO aux éditons 6 pieds sous terre, 13 euros.

Formica et Fabcaro ont des sonorités assez proches et convergent vers des significations similaires, une sorte de préfabrication tout comme l’est en grande partie cette histoire sous titrée : Tragédie en trois actes.

Fabcaro avait joué déjà avec le repas de famille dans son dernier roman Le discours. Le voici récidiviste et peut-être plus radical encore dans cette forme dessinée où beaucoup ne seront pas préparés à entendre les dialogues qui en émergent. Ce repas de famille qui tient de fil conducteur à Formica sert à l’auteur de défoulement sur les attitudes de l’homme occidental (et de la femme bien sûr). Ainsi sont-ils huit (au départ), les parents, leurs deux enfants accompagnés de leur conjoint qui ont amené aussi leurs propres enfants qui filent aussitôt jouer à l’étage pendant que les adultes s’installent à table. Cette phase de normalité cesse sitôt que tout le monde est en place et qu’advient le sujet de la conversation. Que vont-ils se dire ? Si les enfants jouent à un jeu des sept familles complétement perverti, les adultes attendent le sujet qui occupera le repas. 
L’installation scénaristique de Fabcaro prend très vite une férocité qui à tout moment est susceptible de faire de gros dégâts voire des victimes. 

Que cherche Fabcaro en exhibant le lieu intime d’un repas familial ? Quels dérèglements contribue t-il à exacerber dans notre société ? Doit-on vraiment en rire ? Nous sommes proches d’une atmosphère "beckettienne" où des hommes et des femmes attendent plus ou moins Gofdot et conscients que l’absurde régit le monde. 
Cette plaisanterie douteuse atteint par endroit un degré extrême de fascination mêlée de dégout et de crainte. Fabcaro fut-il déjà aussi ambitieux ? Cette Bande-Dessinée n’entre absolument pas dans le politiquement correct, elle déclenche des réflexions qui parfois semblent toucher extrêmement juste et d’autres fois gagne une certaine facilité ou une gratuité qui renvoie à un humour qui date, celui des années soixante-dix lorsque Gotlib est ses comparses de Fluide Glacial dérangeaient à tout va par bulles interposées. 
Fabcaro s’essaie à son tour au dérangement des neurones par le rire cruel, souhaitons lui bonne chance ! 


vendredi 27 septembre 2019

Salon THRILLER de Gujan-Mestras : C'EST CE WEEK-END!

FESTIVAL THRILLER DE GUJAN-MESTRAS 28-29 SEPTEMBRE 2019

 

Nous sommes ravis de vous retrouver une nouvelle année sur ce salon, dont voici le programme:

 

https://www.thrillersgujan.com/



Ici n'est plus ici de Tommy Orange

Ici n'est plus ici de Tommy Orange, traduit de l'anglais (américain) par Stéphane Roques, éditions Albin Michel, 21,90 euros.


Dans ce premier roman, Tommy Orange pose une question simple: que reste t-il des Indiens d'Amérique? Il nous présente, pour y répondre, une galerie de portraits composée de citoyens indiens américains vivant de nos jours à Oakland, aux Etats-Unis. En rencontrant un à un les personnages, le lecteur de Ici n'est plus ici réalise que la question de l'identité indienne contemporaine est non seulement complexe mais aussi impénétrable.
Aussi différente soit leur vie, ils ont tous dans cette histoire un trait d'union : bientôt aura lieu dans leur ville un Pow-Wow, une fête traditionnelle indienne mettant à l'honneur leur Histoire commune, célébrant leurs ancêtres par de la danse et du chant.
Tony Loneman, Dene Oxendene, Opale Victoria Bear Shield, Edwin Black, Bill Davis, Calvin Johnson, Jackie Red Father, autant de noms qui frappent dans un premier temps par leurs sonorités, les faisant entrer dans la légende avant même de savoir de quoi ils sont capables. Des noms composés, trafiqués, distordus car issus d'une lignée qui a eu l'habitude d'être assimilée à des clichés: 

"Nous avons été définis par tous les autres et continuons d'être calomniés malgré les faits amplement vérifiables sur Internet quant à la réalité de notre histoire et l'état actuel de notre peuple. Nous avons la triste silhouette indienne soumise et les têtes jetées à bas des marches d'un temple, nous avons cela dans la tête, Kevin Costner nous sauvant, le six-coups de John Wayne nous abattant, un italien du nom d'Iron Eyes Cody jouant notre rôle dans les films. Nous avons l'Indien de la pub, affligé de voir tant d'ordures répandues, la larme à l’œil (toujours Iron Eyes Cody) ainsi que l'Indien qui lance le lavabo dans Vol au dessus d'un nid de coucou, et qui est le narrateur, la voix du roman." 

L'intensité romanesque s'articule autour de la préparation de ce Pow-Wow, certains y allant pour retrouver leurs racines, d'autres s'y rendant avec leur rage et le sentiment d'être inévitablement en marge d'une société qui ne veut pas d'eux. Ces personnages, dont le passé dense les rend profondément attachants, capables du meilleur comme du pire, montrent à quel point il est impossible de définir l'identité indienne d'aujourd'hui.
Tommy Orange montre à merveille que celle-ci est façonnée et biaisée par le regard de l'homme blanc, dans une société ou la tolérance se fait rare.