vendredi 20 avril 2018

C'est moi de Marion GUILLOT

C'est moi de Marion GUILLOT aux éditions de Minuit, 12 euros.

Charlin est mort. Celle qui nous annonce sa mort assiste à son enterrement. A ses côtés, Tristan, son compagnon, demeure interdit sur les causes de cette mort. C'est un suicide. Quoique.
Un flash-back des relations qui unissaient ces trois-là aura raison de la mise en scène de cet enterrement.

Marion Guillot avait commis un surprenant premier roman en 2015 (Changer d'air). La voici, sous ses airs de jeune femme moderne bien sous tous rapports, récidivant dans une histoire où la normalité se disloque par petites touches, au travers de menus détails à la simplicité désarmante.
Le phrasé de Marion Guillot touche par la proximité bienveillante d'une narration non dénuée de sentiments sans doute complexes et complexés mais qui tendent vers une émancipation radicale.

Ce couple en prise à des difficultés sociales (elle travaille, lui pas) sont sur la crête de leur amour. Oscilleront-ils vers le bas ou sauront-ils maintenir vers le haut le sentiment qui les unis ?
La surprise que Tristan fait à la narratrice est un aiguillon qui survient au bon moment.
Comment réagir à une offrande qui déborde largement du cadre des convenances?
Et Charlin ? Que faire de sa présence si encombrante voire dérangeante ?

C'est moi a le titre simple et évident d'un aveu mais encore du cheminement intérieur d'une femme dont la résolution ultime suscite une impression, encore une fois, originale.

Serena de PANDOLFO - RISBJERG

Serena de PANDOLFO - RISBJERG éditions Sarbacane 23,50 euros.

Brillantissime adaptation du roman de l’américain Ron Rash, Serena est l’histoire passionnante et passionnée de l’obsession d’une femme pour le pouvoir. 

Lorsqu’elle descend du train en 1930 à Waynesville (Caroline du nord) accompagnée de son mari Dan Pemberton le richissime exploitant forestier des Smoky Mountains, bien plus qu'un incident se produit. Un meurtre. Dan Pemberton, abordé par un vieillard revanchard, venu lui chercher querelle, retourne le couteau sur son agresseur.

Le ton est donné. Dan Pemberton a tué mais pas de sa seule initiative. Serena, d'un regard, l'y a fortement encouragé.

Serena emménage donc à la Pemberton Lumber Company et devient vite la patronne des lieux. Les hommes se soumettent d'autant plus à elle qu'au-delà de sa beauté et du mystère de cette beauté, elle donne de sa personne dans cet environnement masculin et dur à la tâche. Elle déclenche auprès des travailleurs un mélange de fascination et de crainte. Derrière ses attraits de femme pour qui l’on se damnerait, une fureur mauvaise se loge et broie tout ce qui s’oppose à sa volonté de fer.


Les adaptateurs du roman de Ron Rash ont capté la noirceur qui gangrène l’ensemble du livre. Hommes et nature sont aux prises dans un combat qui génère une fortune toujours plus démesurée pour le couple Pemberton. Surtout, le personnage de Serena irradie. Sa crinière rousse est une étincelle qui embrase les planches. Sa folie tient en haleine et l’érige en personnage diaboliquement inoubliable. 

Parmi les nombreuses reprises d’œuvres littéraires en Bandes Dessinées, celle-ci est un diamant noir. 

Les carnets de Cerise Tome 5 : Des premières neiges aux Perséides

Les carnets de Cerise Tome 5 : Des premières neiges aux Perséides aux éditions Soleil, 15,95 euros

Cerise, une jeune fille ordinaire mais à la vie fascinante, se découvre des talents de détective.
Ce qu'elle aime, c'est observer les gens et imaginer leur vie, leurs secrets...
Bref, de quoi devenir une excellente romancière pleine de créativité car c'est son rêve le plus cher.

Dans chaque histoire de cette série BD (5 tomes), Cerise vous dévoile son journal intime, en même temps que l'histoire de personnages tous plus étranges les uns que les autres.
A lire et à relire,  je vous conseille de déguster sans modération ce livre pour petits et grands. Des premières neiges aux Perséides est le dernier tome des carnets de Cerise et c'est le plus émouvant (prenez une boite de mouchoirs quand vous le lirez).

Stella

jeudi 19 avril 2018

Chasseurs de livres, le code indéchiffrable, Jennifer Chambliss Bertman

Chasseurs de livres, le code indéchiffrable, Jennifer Chambliss Bertman, éditeurs R-Jeunes adultes, 15.90

Les deux enfants (Emily et James ) sont soulagés d'être sortis  vivants de leur dernière aventure ...
Mais quand leur professeur laisse tomber un papier menant à un trésor, les enfants se remettent aussitôt en quête d'indices .
Cependant avant de trouver le trésor il faut décrypter le code indéchiffrable et localiser  son emplacement !
Malheureusement ils ne sont pas près de le trouver  car les indices ne sont pas nombreux et les énigmes sont très difficiles  ... 
Dans le même temps, des feux volontaires se déclarent à plusieurs endroits de San Francisco. N'y aurait-il pas un lien entre ces deux affaires ?
Que se passe t-il ?
Les enfants arriveront-ils à élucider les mystères ?
Seule la lecture vous le dira ...

Anouk Calas



vendredi 13 avril 2018

Faire mouche de Vincent ALMENDROS

Faire mouche de Vincent ALMENDROS aux éditions de Minuit, 11,50 euros.

Avant de "faire mouche ", "taper dans le mille" ou encore "toucher juste ", il existe une méthode consistant à retenir son souffle ou ses coups. 
Vincent Almendros a choisi de retenir ses mots, d’attendre l'instant ultime puis d'asséner une vérité qu'il a tue jusqu’au tout dernier mot de son livre. 

Une ou deux phrases avant, Vincent Almendros fait constater à son narrateur que Claire, la femme qui lui rendait grand service en jouant le rôle de Constance, sa compagne, "venait de faire mouche" suite à sa  question "où est Constance ?".

Un jeu infernal traverse  Faire mouche dilué dans un environnement qui, au fur et à mesure, prend une importance majeure. 
Tout commence avec le retour au village de ce narrateur prénommé Laurent. Un retour délicat. Il revient accompagné donc de cette Claire afin de satisfaire les convenances du mariage de sa cousine habitante du village. Ici, personne ne connait Constance, ni Claire, pas même sa mère, ni son oncle, ni sa cousine, qui observent dubitatifs le retour de Laurent parti il y a longtemps, après le décès de son père.  

L’été est à l’orage pendant ce séjour. Les retrouvailles sont pesantes. Chaque parole est sujette à une interprétation double. Laurent lui-même, parce qu'il en est le grand ordonnateur, donne une résonance particulière à la description des faits et des choses qui l’entourent. 

Comme chez Hitchcock pour lequel l’hommage est flagrant, l’attention aux détails est primordiale. Toutes ces mouches récurrentes qui circulent dans cette campagne sont des avertisseurs comme le lapin invaginé par sa mère sous les yeux de Laurent, où le chien Fix retrouvé par Claire dans la forêt à l’état de charogne. La nausée de Claire, aussi, après le repas de famille concocté par la mère ou la rencontre avec le futur marié, un garagiste, que Laurent découvre en "demi-homme" glissé sous une voiture dont il s'extraie à l’aide d’un « brancard mobile ». Cette multitude de détails font de Faire mouche un authentique suspense qui puise sa force par le seul point de vue du narrateur.

Vincent Almendros qui avait déjà montré avec  Un été  un talent supérieur pour mener ses intrigues, joue impeccablement avec son lecteur rejoignant de ce fait un certain Yves Ravey, compère de la maison d’édition Minuit qui démontre combien l’écriture détermine à jamais le jugement critique.

La porte de Daisuke Inoue

La porte de Daisuke Inoue aux éditions Picquier (Manga), 15.50

Dans le Japon du XXe siècle, Sosuke vit avec son épouse  O-Yone dans une maison au pied d'une falaise. De temps à autre, une jolie mélodie, jouée au piano depuis là haut, vient bercer leur quotidien.
Sosuke travaille dur et se sent depuis quelques temps désespéré, sans véritablement savoir pourquoi. Dès le départ de ce manga, sublime adaptation du roman de Sôseki, la tension entre tous les personnages est palpable, l'inégalité entre Sosuke et son jeune frère, étudiant en quête d'identité, entre Sosuke et O-Yone, et ce lien avec un secret qu'ils essaient tous deux de cacher, en vain... La maladie et le remord viendront réveiller leurs consciences pour les mener vers une quête de sagesse, dans leur couple et leur rapport aux autres. Le dessin de Inoue Daisuke est là pour nous faire vivre, sentir, et entendre ce cheminement. Sosuke expérimente la culpabilité et la honte, mais tente avec humilité de les dépasser. On découvre petit à petit que cet ami de jeunesse, Yasui, a les meilleures raisons de s'être réfugié en Mandchourie alors même que Sosuke et lui étaient très liés.
Soseki et Daisuke (auteurs du romans et du manga) nous dressent un portrait passionnant, énigmatique et envoûtant du Japon du début du XXe, conduisant délicatement leur lecteur jusqu'aux contours de cette fameuse porte, qui risque, pour celui dont l'âme ne s'élève pas, de rester fermée pour toujours.

Jefferson de J.C Mourlevat

Jefferson de Jean-Claude Mourlevat, éditions Gallimard Jeunesse 13.50 euros

Un beau matin, Jefferson va se faire couper la houppette chez son coiffeur attitré: Défini'tif. Très élégant, toujours propre et en costume, il ne se doute pas que ce matin là va changer à jamais sa petite vie bien rangée de hérisson.
En arrivant devant Défini'tif, au lieu de découvrir son coiffeur personnel- un blaireau apparemment sans histoires- souriant et prêt à prendre soin de lui, il le voit gisant sur le sol, une paire de ciseaux plantée dans le corps!
Jefferson, en tout bon hérisson qui se respecte, se jette sur le blaireau pour enlever cette arme du crime... sans se douter que ce geste lui vaudra d'être accusé de ce meurtre.

Comment prouver son innocence? En cherchant lui-même le(s) coupable(s) bien sûr! Mais pour cela, il lui faudra l'aide dévouée de son meilleur ami Gaspard le cochon, ainsi que le soutien inattendu d'autres animaux loyaux et serviables.

Autant vous prévenir d'emblée: le dernier roman de Jean-Claude Mourlevat, auteur incontournable en littérature jeunesse, est une lecture jubilatoire et rafraichissante. On aurait même du mal à le conseiller uniquement aux plus jeunes tant il peut également faire sourire les adultes. Derrière les aventures et les péripéties de Jefferson, se devine un véritable engagement pour la littérature, le voyage, la défense des animaux, en dénonçant notamment leur maltraitance en abattoir, sujet cruellement d'actualité.

Mais avant tout, on rit, et on adore se lancer à la recherche des coupables, tout en faisant de ce hérisson notre nouvel animal de compagnie. Mais attention, les hérissons sont timides et sauvages, et Jefferson devra user de ses piquants pour affronter le monde hostile des humains.

Jefferson se lit à partir de 9 ans, et surtout sans limite d'âge maximum.


A la croisée des mondes tome 1: Les royaumes du Nord de Philip Pullman, éditions folio junior, 8.90 euros

Lyra est élevée dans le grand Jordan Collège. Elle fait des bêtises, elle explore les souterrains. Mais quand soudain son meilleur ami disparaît, sa vie va basculer ! A partir de ce moment une grande et mystérieuse quête va commencer dans le Grand Nord. Lyra devra se battre, se cacher; pour pouvoir enfin comprendre son passé et libérer son ami. Mais les ravisseurs d'enfants (ceux qui ont enlevé son ami)  ne sont pas prêts de se laisser faire. Dans le froid et la neige l'extraordinaire voyage de Lyra révèlera bien des surprises. 

Réussira t-elle à accomplir sa mission? Pour le savoir il suffit de lire le livre ... 

Anouk

vendredi 6 avril 2018

La plage aux écrivains: édition 2018



25 auteurs entre notoriété et découverte ont confirmé leur présence:


Jacques Attali, Sophie Avon, Marie-Agnès Azuélos, Sophie Bassignac, Bruno Bellone, Michel Bernard, Jean-Pierre Castelain, Bernard Cazaubon, Laetitia Colombani, Bruno Combes, Catherine Cusset, Jean-Louis Debré, Blandine de Caunes, Xavier de Moulins, Tatiana de Rosnay, Fabrice Duffour, Julien Dufresne-Lamy, Anny Duperey, Eric Holder, Douglas Kennedy (invité d'honneur), Jean-Paul Léger, Antoine Laurain, Jean-Noël Pancrazi, Serge Toubiana, Régis Wargnier.

 

 






Le dernier stade de la soif, Frédérick Exley, éditions Monsieur Toussaint Louverture, 13


La réédition de ce grand texte par les éditions Monsieur Toussaint Louverture est une occasion rêvée de le mettre à l'honneur.

Le dernier stade de la soif, c'est l'histoire d'une écriture, celle qui donnera lieu à ce roman hors-norme au style fort et percutant. Dans les années 1950, Frederick Exley est, il faut bien le dire, un pauvre type en marge de la société américaine. Il force sur la boisson, adule l'équipe des Giants et n'a pas l'air a priori très gentleman avec les femmes. C'est pourtant de ce personnage, mesdames et messieurs, dont vous allez tomber amoureux, en suivant ce tempérament à la fois bourru et vulnérable, qui nous fait part d'anecdotes puisées aussi formidablement dans le plus plat des quotidiens que dans un hôpital psychiatrique ou une vie de famille très mouvementée. On sait dès le départ que l'on va suivre une destinée qui nous ressemble et nous dérange : Frederick est un passionné de football américain, tellement qu'il ne rate pas un seul match des Giants et que la défaite de son équipe peut mettre son moral en berne pendant plusieurs jours. Tellement que lorsque son père décède, on hésite à comparer ce drame à une banale défaite sportive. Il est plus facile en effet de faire exploser sa colère lors d'un échec au score final que lorsque son paternel quitte ce monde en laissant derrière lui un fils frustré de ne jamais avoir eu le temps et le courage de lui déclamer sa jalousie : son père, grand champion admiré de tous, a toujours laissé Frederick en position d'infériorité.

Frederick mènera alors toute sa vie par procuration, en trouvant réconfort dans l'alcool qui est le seul des remontants efficaces, et ce malgré des rencontres folles et décisives à des moments clés.

Entre roman initiatique et récit de vie, Le dernier stade de la soif voit naître un écrivain de talent, qui sait mêler l'argot à une profonde poésie. Entre New York et Chicago, à la frontière entre deux villes comme à la croisée de plusieurs genres et plusieurs émotions, ce roman est un immense coup de cœur littéraire et humain.