samedi 14 janvier 2017

SLJA - Carole Chaix : le goût des histoires, le plaisir des papilles !

Salon, Salon... Quand arrives-tu ?


Toujours le même rendez-vous, toujours le même lieu, et toujours 38 auteurs pour vous accueillir : nous parlons bien sûr du Salon de Littérature Jeunesse d'Arcachon, les 18 et 19 février 2017 au Palais des Congrès ! 
Aujourd'hui, focus sur Carole Chaix, illustratrice qui saura régaler tout le corps de nos petits lecteurs, de leur imagination à leur estomac en passant par leurs petites mains ! 

Quand je serai très très vieux... , par Olivier Ka et Carole Chaix, aux éditions Notari

Quand il sera vieux, très vieux (voire même très très vieux !), notre jeune héros sera... rebelle ! Pourquoi ? Parce qu'il veut marcher sur les pieds des gens, leur passer devant dans les files d'attente, faire exprès de ronfler au cinéma.. Bref, il veut embêter tout le monde ! Et, surtout faire ce qu'il veut. S'il ne veut pas manger, il ne mangera pas, ne rangera plus sa maison, ne fera pas non plus son ménage. En plus, il aura toujours raison (évidemment, puisqu'il sera "le plus fort, le plus intelligent" !) et personne ne pourra l'empêcher d'aller à Paris "pour démonter la tour Eiffel et en faire un squelette de dinosaure". 
Les dessins nous permettent aisément de rentrer dans cet univers enfantins où l’imaginaire se mêle au quotidien, où les questions affluent et où, souvent, l'incompréhension transparaît au travers de quelques remarques. 

Cet album, à la fois drôle et contestataire, convient à merveille à ces enfants  de 7 ans, parfois un peu révoltés, parfois révolutionnaires, mais qui, sans aucun doute, foisonnent de mille et une idées quant à leur avenir !
                                   _______________________________________________________

Mais Carole Chaix a plusieurs cordes à son arc: si elle illustre des albums, elle est également la créatrice de plusieurs coloriages, dont Le Jardin des illusions (paru chez Les Apprentis Rêveurs) et participe à des livres de cuisine plutôt originaux.

Carnets de recettes bonnes à croquer et à colorier ; coffret, par Seymourina Cruse et Carole Chaix, aux éditions Thierry Magnier, 24,50€

Ce nouveau coffret réunit quatre carnets de cuisine déjà publiés aux éditions Thierry Magnier. Des carnets de cuisine ? Que dis-je, ce ne sont pas de simples livres de cuisine... mais des coloriages agrémentés de bonnes recettes ! (Ou vice-versa, c'est selon !)
Venez dégourdir les habiles petites mains sur les coloriages pendant les cuissons des divers plats proposés au travers des quatre cahiers :
- Plats tout droit venus d'ailleurs
- Cocottes Made in France
- Biscuits à mettre en boîte !
- Confitures et Chutneys à plein pot
 Les crayons de couleurs sont inclus dans le coffret, de même qu'un coloriage supplémentaire à afficher ou à encadrer, pour le plus grand plaisir des artistes !



M pour Mabel d'Helen MACDONALD

M pour Mabel* d’Helen MACDONALD aux éditions Fleuve noir

Helen Macdonald ne cache pas longtemps qu’il s’agit ici de sa propre histoire. Plus encore, un moment crucial de sa vie se déroule dans M pour Mabel. Cette universitaire anglaise vit à Cambridge lorsque son père** décède. Le séisme intérieur est considérable pour celle qui vouait à son père une admiration sans borne. Comment vivre après une telle tragédie qui ôte, d’une manière subite, un père à sa fille ?

Helen Macdonald, célibataire endurcie, est, depuis son enfance, une inconditionnelle des rapaces. Elle a énormément lu sur le sujet mais seul le livre d’un certain T.H. White*** retient son attention pour la raison qu’il relate l’échec de la domestication d’un autour (à ne pas confondre avec le vautour!). Les autours, justement, peuvent parfois être aperçus aux alentours de Cambridge. Une fugace rencontre dans la campagne anglaise se produit un jour et décide Helen à faire l’acquisition d’un de ces curieux animaux et de le dresser.

Le livre de T.H. White lui sert d’appui pour comprendre l’attitude si spéciale de ces rapaces si sauvages dans leur comportement et si déterminés dans leur acte de tuer. Helen appellera le sien Mabel et commencera une relation exclusive avec l’oiseau propre à conjurer, si tant est que cela soit possible, la disparition de son père. 

Ce livre étrange et remarquable est une profonde introspection dont on ignore complètement ce qui en ressortira. Helen Macdonald questionne autant la vie de son père que le paysage anglais, mais encore les hommes et les femmes qui l’entourent et qui lui apparaissent comme à travers un bocal dans lequel elle se morfond sans perdre pour autant la force de son caractère ni son éclatante lucidité. 

Que vaut la mort pour un animal mue par un instinct chasseur incomparable ? Il y a ainsi quelques sujets fondamentaux qui se meuvent dans M pour Mabel. Ce fort beau livre, on l’aura compris, qui se révèle être une quête intérieure au demeurant omniprésente est menée avec une acuité éblouissante. Il offre aussi, à nous lecteurs, une expérience littéraire inoubliable et de premier plan. 



* Prix du meilleur livre étranger 2017
** Alisdair Macdonald (mort en 2007) fut un grand photographe de presse britannique. 
*** T.H. White, The Goshawk (non traduit).

Nouvelle chronique sur Radio Cap Ferret

Et une nouvelle intervention de votre libraire, François, dans l'émission animée par Pascal Bataille chaque vendredi sur Radio Cap-Ferret.

Pour ceux qui l'auraient manqué, voilà le lien pour écouter sa chronique à propos de La Rage, de Zygmunt Miloszewski, livre par ailleurs déjà présenté sur notre blog il y a quelques semaines.

 

Pour écouter François à l'antenne, c'est par ici et c'est à partir de 18'30, pour les plus impatients d'entre vous !  

Pour les fans de polar, ou pour les plus curieux, la suite l'émission c'est par



http://perma-radio.fr/polars/2017/janvier/1301/Polar11%20part1.mp3

Radio Cap-Ferret, Fréquence 97.9. 

samedi 7 janvier 2017

SLJA - Etre droitier, être gaucher...quel dilemme !

Continuons les présentations du Salon de Littérature Jeunesse d'Arcachon !

Prenez bien note : même si cela peut encore paraître loin, réservez votre week-end du 18 et 19 février 2017 ! Le seul lieu où il sera bon être, c'est au Palais des Congrès, avec nous et 38 auteurs de littérature jeunesse ! De nombreux styles, pour tous les âges, des plus jeunes lecteurs aux adolescents, et sans oublier nos petits dévoreurs d'histoires, du haut de leurs quelques mois ! 


Je ne serai plus gaucher, par Arnaud Tiercelin, chez Bulles de Savon, 6€

Arnaud Tiercelin s'intéresse à nos jeunes écoliers, comme il nous l'a déjà montré avec L'accélérateur d'amour, reprenant l'histoire de Clément, qui tombe amoureux de la nouvelle de CM2, et qui va partager ce qu'il ressent avec Solenn, sa "demi-sœur". Dans son dernier titre, Je ne serai plus gaucher, il va aborder ce "problème" que peut représenter le fait d'être gaucher. 

Un jour qu'il passe au tableau, la maîtresse de Lubin découvre qu'il n'écrit pas de la main droite, comme le reste de la classe. Le principal intéressé comprend alors qu'il est le seul de sa classe à être dans ce cas... et la remarque de sa maîtresse le touche plus que de raison. Pourquoi remarque-t-on toujours cette différence ? Et pourquoi tout est-il prévu pour les droitiers, des stylos aux ciseaux en passant par les cordes des guitares ? 
C'est décidé, Lubin va devenir comme tout le monde ! Pourtant, malgré tous ses efforts, pas toujours fructueux, personne ne remarque son changement... pas même sa propre mère !
Est-ce alors si important de vouloir faire comme les autres ? N'existe-t-il pas des gauchers célèbres ?

Un court texte pour les premiers lecteurs, qui aidera à coup sûr les gauchers à s'accepter tels qu'ils sont. Mais pas de panique, le plaisir de lecture est aussi partagé par les droitiers, foi de droitière !

Contre-attaque et Complots de Philippe SOLLERS



Contre-attaque de Philippe SOLLERS et Franck NOUCHI aux éditions Grasset, 19 euros.
Complots de Philippe SOLLERS aux éditions Gallimard

Deux livres pour se rappeler que Philippe Sollers est un écrivain encore et toujours en pleine forme, que ce soit dans ses travers égocentriques, ce qui à la longue est bien plus amusant qu’énervant, ou dans les analyses de longues portées qu’il délivre dans ces deux livres avec une aisance inégalée.

Le premier, Contre-attaque, est la retranscription de plusieurs conversations de café où Sollers s’épanche au-devant de journaux qu’il compulse avidement sous les yeux de son interviewer et ami Franck Nouchi. Les commentaires du « voyant » Sollers surprennent agréablement lorsque, recul aidant, une actualité alors trop brûlante est devenue beaucoup plus évaluable. D'ailleurs Sollers ne prophétise rien, seul son jugement reste acide sur l’éloignement médiatique qu’on lui fait soit-disant subir. Il "contre-attaque", dit-il, à la façon d’un général d'armée considérant, à l'instar de  Machiavel, que cette stratégie équivaut à la meilleure des défenses. D'octobre 2015 à mars 2016,  attentats, vies politique, religieuse, sportive et artistique sont filtrées avec le panache qui sied à un homme doté d’une culture que l’on sent impossible à prendre en défaut.


Il en va de même avec le deuxième livre, Complots, qui compile de nouvelles interventions allant de la période Tel Quel jusqu’aux années 2010. Articles et interviews se succèdent dans la volonté de montrer combien, certes, Philippe Sollers est grand et ne s’est jamais trompé (sa période Mao à la rigueur) mais surtout et au regard de tout ce que l’homme est susceptible de nous apprendre, une époustouflante envergure intellectuelle se dégage sur quarante ans d’occupation de la scène littéraire. 
On ne peut que recommander, au passage, l’électrisante analyse d’Une saison en enfer d'Arthur Rimbaud, qui, vers par vers, verse Sollers dans un état extatique inédit. 
Oui, Philippe Sollers impressionne quiconque se penche avec sérieux sur son œuvre. Oui, Philippe Sollers mérite d’être lu bien plus que d’autres penseurs de notre époque car il détient un message assuré et unique sur les temps qui courent, un message optimiste et argumenté à foison. Cerise essentielle au gâteau, Sollers ne tarit jamais assez d’éloge sur sa ville de toujours : Bordeaux et les hommes qui l’ont faite : Montaigne, De La Boétie, Montesquieu, les Girondins, Mauriac et lui! 

Des cadeaux pour bien démarrer l'année !


Pour bien commencer 2017,
retrouvez une petite sélection de cadeaux rien que pour vous ! 

Les éditions Solar vous proposent quelques séances de remise en forme, de running, des techniques de Yoga, de méditation... Tout un programme abordé au travers de leur nombreux cahiers ! Et pour l'occasion, profitez d'un Mug offert* pour l'achat de deux cahiers de la collection ! Rien de mieux qu'une boisson chaude après une rude séance !

Solar, pour compléter ces séances bien-être, vous offre un sac de course*, idéal pour glisser dans un petit sac à main, pour l'achat de deux livres de cuisine dans les collections "100 recettes à dévorer" et/ou "Super facile". 

Dans un autre registre, venez découvrir ou redécouvrir la collection des dictionnaires amoureux et, pour l'achat de deux titres, recevez en cadeau Le dictionnaire amoureux de l'Egypte*, par Robert Solé. 

À vos lectures ! 

*Dans la limite des stocks disponibles

samedi 31 décembre 2016

SLJA - Quand collège et sentiments s'entremêlent...

Le Salon de Littérature Jeunesse d'Arcachon arrive à grands pas !

2016 se termine à peine que déjà se profilent de grands évènements pour 2017 ! Nous vous donnons d'ores et déjà rendez-vous le week-end des 18 et 19 février 2017 pour la 17ème édition du Salon de la Littérature Jeunesse d'Arcachon ! Pour l'occasion, pas moins de 38 auteurs sont invités, et grand nombre d'entre eux interviendront dans les différents établissements scolaires de la COBAS.

D'ici là, nous vous dévoilerons peu à peu le programme (un peu de patience !) et vous proposerons régulièrement quelques coups de cœur sur certains titres des auteurs conviés.



La seule façon de te parler, par Cathy Ytak, aux éditions Nathan, 5,60€

Nine devrait être en 4ème, pourtant c'est en classe de 5ème que nous la retrouvons. En échec scolaire, notre collégienne ne supporte plus l'école, au point d'avoir une boule au ventre dès qu'elle aperçoit la forme tant redoutée du collège. Nine a peu d'amis, elle se replie sur elle-même, ne parle que très peu et surtout, ne fournit plus aucun travail en cours. Pour éviter un deuxième redoublement, elle fait le minimum, juste ce qu'il faut pour passer en classe supérieure et ne pas devoir subir ce bâtiment une autre année de plus. Le bruit, l'agitation, les cours.... bref, tout dans son collège la rebute. Tout, sauf ce nouveau surveillant, Ulysse, si beau, si attentif... Il connaît même son nom et accepte de lui parler ! Il est sa seule raison de se présenter encore au collège.
Folle amoureuse de lui, Nine va tenter de surmonter sa timidité et sa peur, mais ce n'est pas chose facile. Comment lui dévoiler ses sentiments ? Et comment prendra-t-il la chose, lui qui est bien plus âgé qu'elle ? 
Un plan se forme dans sa tête lorsqu'elle apprend qu'il a un frère, dans ce même collège qu'ils fréquentent tous les deux : elle doit se rapprocher de Noah. Seulement ce jeune frère est différent, peut-être même inaccessible : réputé comme un élève sauvage et distant, il est de plus totalement sourd. La situation se complique pour Nine, pourtant il n'est pas question pour elle d'abandonner !
Nine va ainsi découvrir le handicap de Noah, handicap que lui et ses autres amis sourds surmontent très bien, puisqu'ils parviennent, malgré les idées reçues, à communiquer entre eux et, parfois, avec les autres grâce à un langage bien à eux : la Langue des Signes Française. 

Ce roman est une très belle évocation du collège et des difficultés que peuvent rencontrer certains élèves, abordant à merveille non seulement la phobie scolaire mais aussi la complexité des relations sociales. Cathy Ytak nous ouvre également les portes d'une langue méconnue mais pourtant essentielle pour une petite partie d'entre nous. Nine se plongera avec un plaisir non caché dans l'apprentissage de la LSF pour en découvrir les secrets et  ainsi apprendre à communiquer avec Noah. Et, qui sait, ce qui ne devait être qu'un moyen pour atteindre Ulysse pourrait bien se transformer en une belle histoire...

Justesse, tendresse et découverte sont bel et bien les maîtres mots de ce roman.




Continuer de Laurent MAUVIGNIER

Continuer de Laurent MAUVIGNIER aux éditions de Minuit.

En 2017, Laurent Mauvignier aura cinquante ans. Il lui aura fallu du temps mais voilà, Laurent Mauvignier est devenu le romancier d’une génération.  
Peut-être ne s’en est-il pas rendu compte, peut-être ne l’a-t-il pas non plus souhaité. 
Ses premiers livres étaient confinés dans une intimité certes universelle mais qui n’étaient marqués ni par les dates (1995 pour Continuer), ni par les évènements (attentats de Saint-Michel). 

En 2006, lorsque parut Dans la foule, ce fut comme un avertissement (1985, "le drame du Heysel"), suivi de l'immense Des hommes (La guerre d'Algérie). Il s'agit cette fois d'un appel ou plutôt du rappel d’une jeunesse à la fin du vingtième siècle, ravivée par l’émouvante personnage nommée Sybille. 
Laurent Mauvignier crée des personnages qui ne transigent pas, ils brûlent et se brûlent au contact de la vie. 

Continuer commence avec Sybille et son fils Samuel, partis au Kirghistan où ils randonnent à cheval dans des contrées désertiques à la merci des voleurs mais sous la protection des nomades qui les accueillent dans des yourtes. Il faut comprendre ce qui les a amené là, eux, des français insolites dans un paysage immense qui les dépasse et les subjugue. Samuel est un adolescent difficile qui s’est terriblement déçu lors d’une soirée au bord de l’océan à Lacanau. Conscient d’avoir fait n’importe quoi cette nuit-là, en raison de sa timidité avec les filles, il s’est muré dans le silence alors que ses parents, divorcés, s’interrogent sur l’acte qu’il a bien pu commettre. 

Sybille prend la décision de partir avec lui pour un voyage de la dernière chance. Leur amour commun pour les chevaux devrait, pense t-elle, servir à les rapprocher, à communiquer. Le père, Benoit, vit à Paris et se doute que ce voyage ne marchera pas. Il raille Sybille sur son incapacité à mener à bien ses projets mais Sybille, forte tête, pèse bien plus que lui pour des raisons qui ne s’élucideront qu’à la fin du livre. 

C’est après l’incident - la disparition de Samuel - que l’éclairage sur le passé de Sybille a  lieu. La tension monte d’un cran. Sybille, perdue dans les montagnes kirghizes, est littéralement transfigurée et offre la pleine mesure dramatique au livre. 

Continuer s’érige en parfait exemple d’une transformation des personnages. Sybille, Samuel et Benoit effectuent chacun leur révolution laissant une trace profonde dans l’œuvre de Laurent Mauvignier. 

Continuer, envers et contre tout, car il subsistera toujours quelque chose que beaucoup reconnaîtront et qui ouvrira dans leur intimité de nombreux secrets. 

samedi 24 décembre 2016

JOYEUX NOEL A TOUS !


Cannibales

Cannibales de Régis JAUFFRET aux éditions du Seuil, 17 euros.

A partir d’une riche bibliographie entamée en 1985 et couronnée par de nombreux prix dont celui de la ville d’Arcachon en 2012 avec Claustria, récit inspiré de la détention en Autriche durant 24 ans, d’une mère et de ses trois enfants par un certain Josef Frizl, Régis Jauffret, souvent, s’est mis en tête d’explorer les aspects monstrueux de la nature humaine.

Cannibales, qui a concouru jusqu’au bout pour l’attribution du Goncourt 2016, effleure encore une fois le genre, de par son titre d’abord quelque peu terrifiant mais qui se révèlera trompeur. 
Dès la première phrase, Régis Jauffret imagine une correspondance échangée par deux femmes sur le mode de la conversation dans un style emprunté au siècle le plus brillant de notre littérature mais aussi le plus boursouflé, le dix-huitième. 

C’est avec grand fracas que Noémie, jeune femme au caractère puissant, excentrique et considérablement imbue de sa personne, entame les hostilités avec une lettre destinée à Jeanne, femme bien plus âgée qu’elle qui aurait pu devenir sa belle-mère si Noémie ne lui faisait pas l’annonce de sa rupture avec Geoffrey, son fils, qui, injure ultime auprès de la plaignante, n’a pas daigné se répandre en lamentations pour avoir perdu un si grand amour. 

L’animosité de Noémie se reporte sur Jeanne responsable d’avoir engendrée cette créature masculine poltronne et donne ainsi le ton très affecté et précieux de chacune des lettres que, dès lors, les deux femmes s’envoient à un rythme effréné. 
Par ce procédé, assez rare aujourd’hui, Régis Jauffret fait étalage de son amour du beau langage et tient son pari de nous servir à outrance un projet consistant à fomenter les pires choses à partir de mots savamment choisis comme un venin s’écoulant dans la soie la plus fine. 

Cette détestation réciproque de Noémie pour Jeanne est un régal. La haine entretenue par les deux femmes se transforme en une association criminelle pour en finir avec la fatuité masculine représentée par Geoffrey qu’au meilleur de leur imagination, elles décident de faire rôtir.

Cannibales chevauche le temps et l’espace dans l’échafaudage de ce meurtre. Régis Jauffret, très inspiré, monte très haut dans cette surprenante pièce montée qu’il construit et signe comme un livre magistral sur la parole féminine. 

De l’avalanche d’horreurs dont on sait qu’elles ne sont et ne seront jamais advenues, nous succombons au délire de cette partie de pingpong où s’esquisse à chaque lettre une figure plus endiablée que la précédente. Or, le funeste projet de Noémie et Jeanne est grévé par la modification des sentiments, par les impondérables de la vie de l’une et l’autre en proie à des volte-face que chacune retourne toujours en sa faveur. 

La puissance de Noémie et Jeanne se terre dans la certitude de leurs choix. S’offusquer de leurs énormités, de leurs élucubrations, c’est nourrir leur raison d’être, avaliser leur existence, les rendre vivantes et oublier qu’un écrivain peut jouer avec les mots jusqu’à l’ivresse. 

Cannibales, pur exercice de style, en agacera plus d’un à l’heure où règne, sans partage ou presque, autant dans nos vies de lecteurs que dans notre société actuelle, la notion du fait divers. Régis Jauffret, pulvérise le genre, l’engloutit comme l’ogre littéraire qu’il est depuis longtemps devenu.