vendredi 19 juillet 2019

Incognita incognita de Mark Forsyth

Incognita incognita ou le plaisir de trouver ce qu'on ne cherchait pas de Mark Forsyth, éditions du Sonneur, 5.50 euros.
Tout est dit dans le sous-titre: si vous aussi vous éprouvez une joie immense lorsque vous vous surprenez à trouver quelque chose que vous ne cherchiez pas au départ, ce petit livre est fait pour vous. D'autant plus que le lieu qui par excellence vous donne des envies que vous ne soupçonniez pas, c'est bel et bien chez votre libraire !
Mark Forsyth lui-même a éprouvé ce plaisir et le transmet à son lecteur à travers ce petit manifeste en faveur de la librairie indépendante. En quelques lignes sont résumées notre raison d'exister en tant que libraire, mais surtout votre raison d'être en tant que lecteur. Repousser vos limites, aller chercher un nouveau genre de lecture, demander conseil, autant d'aventures qui vous amènent à sortir de votre zone de confort pour découvrir une perle de lecture, une pépite qui peut changer votre vie (rien que ça). 
 
Internet répond à nos désirs :  nous cherchons un type d'ouvrage, l’algorithme d'un dénommé Amazon (par exemple) se met à nos ordres et nous propose tous les livres qui peuvent ressembler et correspondre à nos goûts.
Même demande à votre libraire, il vous proposera un livre qui l'a ému, qui correspond à vos envies tout en vous amenant vers un trésor qu'il garde dans sa bibliothèque idéale. Si votre conversation continue, vous irez peut-être même vers un livre dont vous ignoriez l'existence, sur un sujet insolite, et vous repartirez avec quelques pages de pure bonheur.
Incognita incognita est de ces livres là, quarante pages d'une grande finesse pointée d'humour, pour ne jamais se reposer sur ses lauriers et mettre au cœur de vos recherches de lecture l'humain et le partage. Et pour tous ceux qui n'osent pas avouer qu'ils aiment aussi choisir un livre "à l'instinct" rien qu'avec sa couverture, la page 27 a de quoi vous soulager :

"S'il est une chose que j'ai apprise de mes longues heures dans les Bonnes Librairies, c'est qu'on peut juger un livre d'après sa couverture. J'ai acheté Chock de Chuck Palahniuk simplement parce que sur la couverture (à l'époque), il y avait une image de saucisse-œuf-bacon frits et que j'avais faim. J'ai acheté tous ses autres livres la semaine suivante".


Sempé, itinéraire d'un dessinateur d'humour

Affiche de l'exposition temporaire de Sempé au Musée Mer Marine de Bordeaux / Réalisée par l'agence The Woodstock
 

SEMPE, itinéraire d'un dessinateur d'humour, éditions Martine Gossieaux, 39 euros.
"J'étais nul, j'étais minable...". Voilà comment se juge Sempé lorsqu'il évoque ses débuts au cours de l'interview qu'il donne dans ce livre de témoignages.

Ce constat sur son activité dans les années 50 correspond aux années bordelaises quand Jean-Jacques Sempé était coursier (à bicyclette) puis employé dans le négoce du vin. Ses dessins qu'il envoyait au journal Sud-Ouest était inspirés par ceux qu'il admirait, dont un certain Chaval.

Il est intéressant d'apprendre aussi à quel point chez Sempé, une idée, un dessin, qui se veut un tant soit peu drôle ou amusant, lui est difficile. Combien d'heures peuvent s'écouler sans que rien ne vienne. Pourtant, l'homme confie se lever très tôt mais consent à prendre ses repas à heures fixes pour préserver sa vie familiale. Mais une fois à Paris, Sempé mène une vie de bohème jusqu'à sa rencontre avec Goscinny qui s'avère déterminante puisqu'elle lui apporte le succès du Petit Nicolas.
Dès lors, les collaborations à divers journaux se succèdent jusqu'à la reconnaissance internationale avec les unes du New Yorker.

Ce parcours aux allures de conte de fée est toutefois nuancé par les propos de l'auteur. Les riches dessins qui agrémentent ce beau livre témoignent de l'évolution du dessinateur, celui-ci touchant par instant au génie.

Si l'on apprend beaucoup sur Sempé et sa compréhension du monde, quelque chose nous échappe malgré tout sur ce qui fait un bon dessin. Sempé ne fournit jamais la recette. Peut-être ne la connait-il pas lui-même...






Ronron sur le Bassin d'Arcachon


Le Camion qui livre
































Et non, vous ne rêvez pas !
 Le Camion qui Livre des éditions du Livre de Poche a repris sa tournée
et Arcachon fait partie désormais de ses étapes incontournables.
Retrouvez vos libraires et leur sélection d'ouvrages
durant 3 jours les 29, 30 et 31 Juillet
Place Thiers
de 13h00 à 20h00

Plus de détails dans les jours qui viennent !

vendredi 12 juillet 2019

Corinne Javelaud en dédicace


La vie solide, la charpente comme éthique du faire d'Arthur LOCHMANN

La vie solide, la charpente comme éthique du faire d'Arthur LOCHMANN aux éditions Payot, 15,50 euros.
Il est saisissant de lire ce livre comme une réhabilitation de l'artisanat et même de comprendre le rôle déterminant qu'il tient dans notre société. 

Arthur Lochmann n'avait pas la vocation de devenir charpentier, il avait entrepris des études de droit et de philosophie. Son livre commence par son témoignage d'une vie professionnelle qui a changé de cap et qui s'est orientée vers une activité manuelle. Il dit au passage l'humilité rencontrée par un "intellectuel" envers un métier qu'il découvre avec ses rites, son exigence et aussi son imperfection.

Peu à peu, l'intelligence que réclament la rénovation ou la construction d'un toit apparaît. Le fait que la modernité n'a quasiment aucune prise sur la charpenterie accentue la permanence d'une tradition qui se transmet d'un pays l'autre, d'une région l'autre où le savoir est collectif et agit comme un anoblissement. 

Arthur Lochmann, qui a beaucoup réfléchi à toutes les découvertes que son apprentissage lui a montrées, a poussé une réflexion sur l'intelligence de la main, sur l'importance de maintenir l'homme - et non la machine - au cœur de certaines professions. La leçon est philosophique, sociale et politique.

Le bruit des mots de Germain HUBY

Le bruit des mots de Germain HUBY aux éditions Le Tripode, 16 euros.


L'exercice est délicat, l'équilibre difficile. Le dessin d'influence américaine transposé dans des situations où le propos laisse poindre un grand intérêt littéraire impose une concentration sur ce qui se dit et ce qui se passe ou s'est passé, ou va se passer.

On aura compris que Germain Huby travaille subtilement parce qu'il suscite une réflexion chez son lecteur jusqu'à le provoquer.

Scènes de travail, scènes domestiques, scènes amoureuses, Germain Huby ne propose qu'un dessin, un instantané où les répliques peuvent fuser et aboutir à un sentiment de frustration, de trahison et d'incompréhension.

Au final, le constat s'avère plutôt cynique. Quant un Sempé laisse poindre de la poésie, la génération à laquelle appartient Germain Huby semble bien plus féroce et sans illusion. Ceci dit, Le bruit des mots réussit à être drôle.





Le livre des beautés minuscules de Carl Norac et Julie Bernard

Le livre des beautés minuscules de Carl Norac et Julie Bernard, éditions Rue du Monde, 18 euros
L'été est la saison par excellence pour "profiter". Profiter du soleil, profiter des vacances, profiter de la famille, etc. Mais que signifie ce verbe qui, utilisé à tort et à travers à l'intention de nos enfants, leur inculque l'idée que le bonheur ne dure pas ?
L'été doit être aussi le moment de ne rien faire, observer, réfléchir. C'est l'invitation envoyée par cet album - publié par les éditions Rue du Monde que nous ne présentons plus tant elles sont présentes sur notre blog . Pour reconnecter nos enfants à leurs corps et leurs sensations, voici 36 poèmes "pour murmurer la beauté du monde". 

PAROLE DE SOLEIL

"J'aime la pluie quand elle chante.
J'aime le vent quand il bouscule un peu.
J'aime la neige quand elle ose trembler.
J'aime la boue quand vos orteils y dansent.
J'aime la nuit obscure si je la vois encore.
J'aime le temps gris quand j'y vois des couleurs.
Et j'aime aussi la brume quand elle est un peu rose."


LES PRÉNOMS D'OISEAUX

"Si un jour, j'ai un fils ou une fille,
je devrai lui donner un prénom d'oiseau,
en souvenir de tous ceux
qui, par grappes, disparaissent 
et laissent les arbres muets.

Je dirai à ma fille Mésange,
à mon fils Épervier
à Hirondelle, à Goéland,
à tous les enfants
que ce sont les ailes que dessinent le ciel.

Je leur dirai que,
sans oiseaux pour le guider,
le monde, lui-même, ne tournera plus rond
et, un jour, oubliera son nom."

samedi 6 juillet 2019

Le rêve de l'Okapi de Mariana Leky

Le rêve de l'Okapi de Mariana Leky aux éditions JC Lattès, 21,50euros.
En apparence, rêver d'un okapi peut paraître à chacun très ordinaire, ou du moins anodin. Et sans aller jusqu'à ouvrir un dictionnaire d'interprétation des rêves, nous pouvons nous dire qu'un animal aussi joli et original qu'un okapi, aperçu en rêve, peut être le signe qu'un bonheur est à venir dans la réalité (ou que nous sommes complètement tordus).
En revanche, pour Selma, Luise, l'opticien et tous les habitants de ce petit village isolé d'Allemagne, rêver d'un okapi est catastrophique. Et particulièrement si c'est Selma qui en rêve. Les fois précédentes, dans les vingt-quatre heures qui ont suivi, quelqu'un de son entourage est décédé.
Hasard, coïncidence, destin, croyance, toujours est-il que ce très joli roman commence sur ce rêve, plongeant les villageois dans l'angoisse. Dans cette communauté, où les nouvelles vont vite, où les différentes générations ont toujours partagé les tâches du quotidien, le rêve de Selma signe un tournant dans leur vie. Ils se préparent tous à perdre un proche, ou à disparaître eux-mêmes de la circulation.

Luise, la petite fille de Selma, observe de sa hauteur d'enfant ces adultes qui s'affairent, s'éveillent, s'organisent. Entre ceux qui sautent dans l'inconnu pour faire ce qu'ils n'ont jamais osé, et ceux qui restent cloîtrés chez eux en attendant que l'épée de Damoclès tombe sur le village, Luise, en compagnie de son meilleur ami Martin, nous dresse un portrait de leurs proches avec beaucoup d'humour et de tendresse. Dans le monde des enfants, on n'attend pas qu'un malheur arrive pour profiter de la vie et dire ce que l'on pense. Et particulièrement si ce malheur est seulement potentiel, et qu'il repose sur un rêve d'okapi...

Le rêve de l'okapi est un grand plaisir de lecture, car il nous pousse à regarder autour de nous pour prendre davantage conscience de ce qui est réellement important. Que ferions-nous si nous savions que notre fin est proche? Et avons-nous besoin de croire en une malédiction pour nous sentir vivant ? Entre satire et comédie, Mariana Leky (auteure et libraire donc connaissant à merveille les bons ingrédients pour écrire un roman addictif!) signe ici un livre frais et touchant, sur les douleurs d'enfance qui s'estompent grâce à la solidarité des uns et des autres.

vendredi 5 juillet 2019

Le dessin magique de Bao de Marie Tibi et Aurélia Fronty

Le dessin magique de Bao de Marie Tibi et Aurélia Fronty, éditions Gautier Languereau, 14 euros.
Et si on avait le pouvoir de donner vie à ce que l'on dessine? C'est le secret de Bao, simple vagabond, qui n'a d'autre trésor que ce qui se cache dans la petite boîte qu'il garde toujours contre son cœur... une boîte ordinaire en apparence, qui renferme quelques crayons. Avec ceux-ci, Bao dessine dès qu'il en a l'occasion. Au restaurant de M.Ming, il exerce son art sur les nappes. Il suffit alors de se plonger dans son dessin pour voyager, voir ces formes prendre vie.
Lorsque Bao part du restaurant ce jour là, il laisse un magnifique dessin d'oiseau en cadeau à M.Ming, en lui laissant pour consigne de ne le donner à personne. M.Ming arrivera t-il à tenir sa promesse?
L'univers dépaysant de cet album aux traits et couleurs magnifiques invitent les enfants à partir de 3 ans à la rêverie et nous plongent dans le pouvoir de la créativité et de l'imaginaire.