samedi 18 mars 2017

Denise au Ventoux de Michel JULLIEN

Denise au Ventoux de Michel JULLIEN aux éditions Verdier, 16 euros.

Il y a du Francis Ponge chez Michel Jullien. On y retrouve la même attention, éminemment poétique, dotée d’un je-ne-sais-quoi lié aux leçons de choses ici converties à une leçon animale, magistrale, fournie par un chien.

Durant les quelques cent trente pages de Denise au ventoux, l’ascension émotionnelle va croissant même si, paradoxalement, mais avec une logique imparable, la descente du mont Ventoux s’avère bien plus cruelle que sa montée organisée avec grand soin par un narrateur consciencieux, pour lui-même et pour sa chienne, Denise (Bouvier Bernois).

La connaissance animale toujours nous échappera, tel est le constat final qui tient dans ce livre précis, attaché à la somme de détails qui régit nos vies et qui parfois les détruit. On ne sait comment sortira le narrateur - temporaire maître de Denise - de cette ascension et de sa cruelle descente du mont Ventoux. On ne sait vraiment s’il basculera dans quelque chose d'autre que son caractère posé qui longtemps, jaugea autrui avec la discrétion qui sied à ceux qui savent observer. 

Pourra-t-il continuer de vivre dans sa modestie souriante dès lors que sa relation avec Denise l’aura nécessairement transformé à la façon dont nombre de grands personnages de la littérature sortent, dit-on, de toutes ces histoires qui ailleurs nous ont été contées ?

Michel Jullien n’a pas respecté cette attente contractée par d’autres avec leurs lecteurs. Il a eu exemplairement raison de nous épargner, de s’épargner, d’épargner le maître de Denise et Denise elle-même. 
Il y a, dans Denise au Ventoux, juste ce qu’il faut pour comprendre ce qui suivra et que l’on ne veut résolument pas connaître, cela constituant toute l’étrangeté de la vie, humaine ou animale. 

L’universalité, en sorte, se rappelle à nous par la juste rigueur des mots employés par l'auteur qui, eux seuls, semblent disposés à signifier le vivant - ce qui veut dire "nous" accompagnés de toutes les espèces qui caractérisent la vie sur terre et expérimentent cela depuis la nuit des temps. Michel Jullien appartient à ces élus qui utilisent cette voie lettrée et communicante qui serpente « au cœur des ténèbres » pour reprendre Conrad.

Précision qui nous paraît ici, à la librairie, de la plus haute importance:
 Le Bouvier Bernois

De l'ami fidèle à la star de cinéma

La véritable histoire de Rintintin ; de Verdun à Hollywood, par Jean-Michel Derex et Clément Masson, aux éditions Pierre de Taillac, 14,90€

Rintintin est un nom qui sonne à nos oreilles, mais connaissons-nous vraiment son histoire ?
Dans cet album, Jean-Michel Derex et Clément Masson nous proposent de partir à la rencontre de ce beau berger allemand devenu une véritable star.
Né dans un chenil militaire à Flirey en Lorraine, Rintintin est issu d'une portée de cinq chiots. Seulement, né en 1918, il connaît, dès ses premières semaines, la cruauté de la guerre : les Américains détruisent la ville, et les propriétaires du chenil abandonnent là les six animaux. Mais alors que tout leur semble désormais perdu, voilà un jeune Américain qui s'avance : Lee Duncan. Les prenant en pitié, il les ramène avec lui au campement.
A la fin de la guerre, les soldats du régiments doivent rentrer aux États-Unis, et Rintintin est alors séparé de ses proches. Seule restera avec lui une de ses sœurs, que Lee Duncan choisira de nommer Nénette. 
Arrivé dans son nouveau pays, notre jeune héros fait des prouesses en dressage, et se fait repérer par Darryl Zanuck, producteur de cinéma. Ses premiers pas dans le septième art seront couronnés de succès. Rintintin va devenir une célébrité, et intégrera bientôt le fameux studio Warner Bros. 

Outre une belle histoire, l'album nous emmène plus loin, et nous révèle l'origine des prénoms donnés aux deux chiens de Lee Duncan. Un feuillet documentaire, agrémenté de photos d'époque, nous apprend que Nénette et Rintintin étaient, à l'origine, des personnages du dessinateur Francisque Poulbot (oui, l'auteur des Poulbots !). Pendant la guerre, ses héros seront réutilisés comme amulettes protectrices pour les soldats et prendront la forme de figurines en laine, réalisées à moindre coût par leurs proches, et notamment par leurs jeunes épouses. 


Une histoire vraie, touchante, et un album qui rend bien compte du parcours d'un des premiers animaux célèbres du cinéma. 

Ps : ce livre vous apprendra même à réaliser Nénette et Rintintin... les vrais, les poupées de laines porte-bonheur !

Rencontre avec Rosa Montero Mercredi 29 Mars


samedi 11 mars 2017

Premières neiges sur Pondichéry d’Hubert HADDAD

Premières neiges sur Pondichéry d’Hubert HADDAD aux éditons Zulma, 17,50 euros.

La promesse du titre du livre d’Hubert Haddad se fait longtemps attendre, elle n’arrive en effet qu’au moment de la dernière phrase, des derniers mots, de la dernière image de ce voyage "absolu". 
Hubert Haddad, depuis longtemps, écrit avec bonheur dans une langue poétique qui emporte en Inde, notamment,  mais aussi vers un monde constitué de sons et d’odeurs où l’on se perd délicieusement, où l'on s'enivre aux côtés d'un certain Hochéa Meintzel, violoniste de son état. 
Le voyage entrepris par monsieur Meintzel est, en premier lieu, l'histoire de sa fuite d’Israël, synonyme de perte, de douleur et d’impossibilité de vivre depuis l’attentat (qui prendra du temps, lui aussi, à être nommé) dont la victime principale fut sa fille. Monsieur Meintzel ou plutôt Hochéa, plus amical et plus proche, est, d’apparence, un homme âgé, un artiste  reconnu dont l’esprit vagabonde au bras de son interprète, Mutuswami, une femme bien plus jeune, qui le guide dans la ville où il va, tout compte fait, choisir de rester : Pondichéry. 

Ce séjour est aussi un retour formulé sur la présence historique des juifs en terre indienne. Hubert Haddad emprunte aux légendes bibliques et talmudiques la naissance d’une Jérusalem de l’Est qui prospéra en paix sous la protection des rajahs. Cette présence juive se perpétue aujourd'hui concrètement entre les murs d’une synagogue à Gochi qu'Hochéa découvre alors qu’un cyclone se répand sur la ville et qu’il n’a d’autre choix que de trouver refuge pour la nuit en ce lieu. 
Probablement que Premières neiges sur Pondichéry s’échappe du registre romanesque habituel, la prose "magique" de l’auteur, érudite et bâtie sur la perception plus que sur la vision, s’enrichit sans cesse d’un vocabulaire voguant sur la sonorité de termes indiens et juifs qui composent cet exotisme, certes déroutant, mais d’un incomparable enchantement.

Oui, la promesse du titre est admirablement tenue lorsque tombe la dernière image qui offre une ode romantique à l’existence finale d'Hochéa au bras de Mutuswami, belle amoureuse conquise par les mots du vieil homme, par sa musique et par son cœur.

C'est le monde à l'envers !


Ça suffit Mammouth ! par Micaela Chirif et Issa Watanabe, chez Père Fouettard, 16€

Et si nous inversions les rôles ? Ce n'est plus l'enfant que l'on gronde... mais l'enfant qui gronde ! Et, cerise sur le gâteau, l'enfant gronde un mammouth ! 
Notre jeune héros nous présente, en quelques pages, les difficultés qu'il rencontre avec son ami préhistorique. Même s'il est bien gentil, il n'est pas très conciliant, et surtout, il refuse d'obéir ! Qu'on lui demande d'aider, de ranger sa chambre, de préparer le petit déjeuner, de faire ses devoirs... il ne répond qu'une chose : NON ! Il refuse catégoriquement de rendre service à son petit garçon.
Et quand, par miracle, il se décide à agir... il fait n'importe quoi ! Il bave et gribouille les cahiers, il met de l'eau partout, bref, un véritable garnement !

Un album intéressant qui traite de l'autorité, un format à l'italienne pour trancher avec les albums classiques et des dessins amusants : un bon titre pour expliquer aux enfants que les parents sont loin d'être méchants pour le plaisir quand ils les grondent !

Club de Lecture de la Bibliothèque



Rendez-vous au Club de Lecture de la Bibliothèque –
Mardi 14 Mars de 10h à 12h

Adhérents ou non à la Bibliothèque, tous les amateurs de livres sont invités à la réunion du club de lecture de la Bibliothèque d’Arcachon, animé par Jean-Claude Duqueyroix.
 Actualité littéraire, coups de cœur, envies du moment, 
la discussion autour des livres sera engagée en toute convivialité.

Venez nombreux !

samedi 4 mars 2017

Des âmes simples de Pierre ADRIAN

Des âmes simples de Pierre ADRIAN aux éditions des Equateurs, 18 euros.

Voilà le genre de livres qui se transmettent sans tapage mais dont on a l'assurance qu'ils seront bien lus.

Pierre Adrian avait publié La piste Pasolini qui s'empara en 2016 du Prix Des deux Magots et nous permit de découvrir un visage plutôt pâle, parisien, revenu du fin fond de la banlieue romaine, là où fut assassiné Pier Paolo.

Cette fois, notre homme est passé à Lescun (Pyrénées Atlantiques) dans la vallée d'Aspe au bout de laquelle se trouvent le col du Somport et son tunnel routier mais aussi ferroviaire. Ils ont chacun leur histoire et leur drame. Il s'agit donc d'une histoire régionale que le narrateur débute au monastère de Sarrance où frère Pierre a voué son âme.
"Ces lieux n'existent que par lui. Il s'est donné, tout entier. Il ne soupèse pas. Un cardinal, un sage, un sportif de haut niveau, je ne sais pas, un héros même..."

Nous sommes en décembre, Pierre Adrian écrit dans un style qui le rapproche de la lignée des écrivains voyageurs. Il magnifie les êtres ou bien trouve en eux l'essence de leur âme. Il reprend les phrases entendues et reprises comme des confessions, de celles que l'on accorde seulement aux étrangers. Ces hommes, que la vie a malmenés, sont tous dans le questionnement de Dieu. Noël approche, une fête qui isole plus qu'elle ne rapproche. Dans la montagne, la puissante solitude apparait effrayante.
L'histoire de la vallée surgit à chaque instant. Le trafic routier incessant des camions qui partent en Espagne, l'accident ferroviaire de 1970 qui mit fin à la ligne Pau-Canfranc, la rivalité entre basques et béarnais, les légendes multiples des gens de la montagne, les chants, le bruit du gave...
Il y a comme un sentiment de mort qui transpire dans ce livre. Certes, une mort lente, conforme au dépeuplement, à l'échec vécu au devant la nature qui, elle, a tout son temps pour reprendre possession des choses.
Le voyage à la gare de Canfranc en est l'exemple le plus brutal. Cette gare, la deuxième plus grande d'Europe (après celle de Leipzig), est aujourd'hui une gare fantôme, un souvenir d'ambitions déchues, un rêve évanoui.
Le livre de Pierre Adrian nous emporte alors dans sa nostalgie régnante. Pierre Adrian a succombé à l'irrésistible attrait pour le passé qui navigue en chaque être rencontré. Cette nostalgie parfois s'égare à l'image d'Etienne persuadé que la ligne Pau-Canfranc sera bientôt réouverte. Douce chimère qui s'envole dans les pensées poétiques de Des âmes simples, pensées qui contiennent bien plus qu'une adhésion à la religion catholique. Elles s'attachent d'abord à sonder le tréfonds de l'âme humaine sans affirmer que l'on y trouvera Dieu. Elles l'espèrent seulement.

Pompon a disparu!

Mais où est donc Pompon ? de Nicolas Piroux, aux éditions Hazan, 14,90€

L'art expliqué aux enfants, c'est un thème assez répandu maintenant, de nombreux documentaires existent déjà sur le sujet.
Le livre que nous propose Nicolas Piroux nous incite à observer des œuvres comme nous ne l'aurions sans doute jamais fait. La raison ? Page après page, de multiples tableaux issus de la collection du Musée d'Orsay sont représentés, et, pour parfaire l'originalité de ce livre, un personnage célèbre de l'art du XXème siècle s'est glissé sur chaque reproduction : Pompon.

Pompon, c'est l'ours blanc qu'a créé François Pompon, sculpteur français né en 1855 à Saulieu (Côte d'Or). N'ayant pu voyager, et la télévision n'existant pas à l'époque, l'artiste s'est plusieurs fois rendu à la ménagerie du Jardin des Plantes, à Paris, ce qui a inspiré son travail. L'ours polaire présent à la ménagerie a particulièrement intéressé le sculpteur, tant et si bien qu'il a commencé une première figure de celui qu'on nommera communément Pompon. Pendant dix ans, il continuera à peaufiner son œuvre, à la retravailler sans cesse. 

Pour en revenir à l'ouvrage publié par Hazan, en collaboration avec le Musée d'Orsay, il allie la découverte à un jeu : il s'agit en effet d'un véritable jeu de cherche et trouve au travers des multiples tableaux. Et si cette recherche peut paraître enfantine, elle est loin d'être si évidente ! Notre ours blanc se cache merveilleusement bien... Heureusement que les solutions nous attendent à la fin de l'ouvrage !

Si vous connaissez déjà ce premier livre, vous serez heureux de pouvoir replonger dans de nouvelles peintures grâce à ce second titre de Nicolas Piroux, Mais où est donc Pompon ? Au fil de l'eau... (Hazan, 14,90€)


Et vous, saurez-vous retrouver Pompon ?

Les retours, made in La Librairie Générale !

Comme promis la semaine dernière, petit focus sur les retours.
Chaque libraire se prête à cette activité, plus ou moins régulièrement, 
une activité essentielle pour la gestion des stocks. 

Nous vous donnons ci-dessous un petit aperçu de ce qu'ont donné nos retours de Noël, une fois les livres retirés des rayons.

Et comme à La Librairie Générale nous avons beaucoup, beaucoup d'humour... 
place à une vidéo made in Arcachon !



video
Musique utilisée :
Lone Trail - Silent Partner

NB (exigé par les libraires porteurs !) : "quelques marches"= 18 marches (en colimaçon, précisons-le !) x 2 (parce qu'on monte chercher les cartons préparés à l'étage avant de redescendre !)  x 95 colis = 3 420 marches ! Donc, effectivement, quelques unes... !



samedi 25 février 2017

Samedi 4 mars, dédicace avec Michel BOYE














(Photo David PATSOURIS, Sud Ouest)


Le casino mauresque, casino maudit 1863-1977 de Michel BOYE, 15 euros.

Voici un livre qui sera toujours trop vite épuisé. L'historien Michel Boyé, depuis qu'il s'est résolu à s'auto-publier, n'effectue que de petits tirages. Pourtant, cet ouvrage lui a réclamé quatre années de travail pendant lesquelles, penché sur les archives municipales et départementales, il a exhumé l'histoire du casino mauresque qui fourmille de personnages issus, pour la plupart, du monde artistique, de la musique particulièrement puisque le casino mauresque fut un (haut) lieu de divertissement musical, un incontournable rendez-vous pour les arcachonnais de la fin du 19ème siècle.
Mais la partie administrative de cette vie mouvementée du casino n'est pas négligée car l'on a beaucoup débattu autour de l'édifice depuis sa naissance jusqu'à bien après sa mort dans la nuit du 17 au 18 janvier 1977. Quarante ans après ce funeste incendie, Michel Boyé rouvre le dossier.

Michel BOYE sera en dédicace à La Librairie Générale
Samedi 4 Mars (11h00-12h00 et 15h00-18h00)