vendredi 23 février 2018

Pépites en stock: rencontre avec François Garcia le 2 Mars à 17h


Et puisqu'un bonheur n'arrive jamais seul, nous vous invitons à venir rencontrer l'écrivain François Garcia dans le cadre de l'événement Pépites en stock. 

Il viendra nous présenter son dernier ouvrage, Bye Bye, Bird aux éditions Verdier, grand coup de cœur de la rentrée de Janvier. Il nous parlera de littérature en nous parlant de ses propres "pépites"! 

Avant la rencontre qui aura lieu au café Le Petit Louvre à 17h, vous pourrez venir vous faire dédicacer ses livres à la librairie, à partir de 16h.




Le traquet kurde de Jean ROLIN aux éditions POL

Le traquet kurde de Jean ROLIN aux éditions POL, 15 euros.

Un orphelin supplémentaire de Paul Otchakovsky-Laurens (disparu en décembre 2017) se signale par un livre étrange et néanmoins passionnant. Le traquet kurde, l’ignorez-vous aussi, est un bel oiseau rarement visible en nos contrées, comme son nom l’indique.
Le propos tenu par Jean Rolin dans ce livre tient à une observation récente de l’animal, nous dit-il et qu’il n’a pu lui même vérifier, dans le Puy-de-Dôme…  C’est d’ailleurs toute la problématique de l’observation des oiseaux. Qui a vu quoi, quand et où ? 
L’intrigue du Traquet kurde, s’il y en a une, est ténue mais elle ouvre un espace considérable, celui de la traque des oiseaux en France comme ailleurs, aujourd’hui comme il y a un siècle, par des passionnés prêts à tout et, en premier lieu, à voyager en des pays quelquefois dangereux d’où leurs activités assez troubles qui se dissimulent sous leur apparente mission d’ornithologie. Comme Jean Rolin d’ailleurs.
Le milieu des ornithologues, puisqu’on les appelle ainsi, a une histoire ou des histoires que  l’auteur nous rend non seulement passionnantes mais encore instructives sur un sujet qui, au demeurant, nous était, pour beaucoup, parfaitement étranger voire indifférent. 
Jean Rolin qui déroule son récit à partir de sa propre expérience, de son petit savoir, nous est toujours proche même quand il s’affaire à nous présenter les grands défricheurs de leur catégorie que furent  Richard Meinertzhagen (1878-1967), John Philby (1885-1960, Wilfred Thésiger (1910-2003)… 
Puis, laissant dériver ses filets, il rencontre également T.E. Lawrence (1888-1935), Winston Churchill (1874-1965) et d’autres pionniers occidentaux de la partie arabique du globe.
Son but, si tant est, faut-il le rappeler encore, qu’il y en est un, est de gagner le Kurdistan par les voies du passé qui mènent à coup sûr au présent. Du moins est-ce ainsi que Jean Rolin le conçoit. Oui, nous apprenons beaucoup sur cet art peu connu de la reconnaissance des oiseaux qui s’étend, dans Le traquet kurde, de l’île d’Ouessant aux contreforts de la frontière Turco-Syrienne. 


Les rencontres fortuites dans le désert et l’étude de guides publiés il y a cent ans mais qui font encore références servent naturellement de fil conducteur à une narration hors-norme qui demeure cependant d’une maîtrise assurée. On ne sait où l’on va mais avec la certitude de trouver quelque chose au bout. Voilà qui résume dans ses grandes lignes cet exercice littéraire qui se distingue  par l’intelligence dont son auteur use sans que celle-ci soit explicitement montrée. Une devise définissant un sentiment à propos d’un livre qui en procure de multiples. 

Gus 4. Happy Clem de Christophe BLAIN

Gus 4. Happy Clem de Christophe BLAIN aux éditions Dargaud, 16.95 euros.

Le western, vous aimez ? Christophe Blain, lui, adore. En créant Gus, Gus Flynn, Christophe Blain, auteur du célébrissime Quai d'Orsay (qui croquait non sans plaisir la vie sous les ors de la république du sieur Villepin alors ministre des affaires étrangères), rend hommage aux cowboys aventuriers. L'ouverture de ce quatrième épisode est éloquent quant à l'amour des paysages, du bleu du ciel qu'éclairent les montagnes rocheuses plantés d'épicéas d'où surgissent les premiers échanges entre Gus et son complice avant que l'on entende le chuintement du train qu'ils s'apprêtent à attaquer.

Mais Gus n'est pas celui qui va occuper le devant de la scène, il disparaît après son attaque (réussie) au profit de Clem, autre bandit désormais rival de Gus. Son truc, c'est les banques. Débarquer dans une ville perdue de l'ouest et s'attaquer au coffre, bloc de dynamite aidant. Mais l'embourgeoisement de Clem qui mène à San Francisco une deuxième vie, le taraude. Sa femme écrit des romans mais a perdu l'inspiration tandis que sa fille à qui il ment au sujet de ses voyages (et pour cause) est aussi une bombe à retardement.

La vie de bandit menée tambour battant n'exclut pas un questionnement existentiel et de profonds troubles psychiques. L'âge d'or du western est bien révolue, la vie au plein air que Clem aime tant ne correspond plus avec la vie à San Francisco que lui impose sa famille. Quelque chose d'inconciliable lamine Clem qui, en entreprenant de nouveaux assauts chaque fois plus téméraires pour récolter gloire et argent, semble se jeter volontairement dans la gueule du loup. Alors Happy Clem ? Oui quand une héroïne de sa trempe se joint à lui mais l'étau se resserre, Clem est plus que jamais recherché et les risques qu'il prend courent à sa perte.

Arsène Lagriffe Donne la patte Jennifer Gray

 Arsène Lagriffe  Donne la patte  Jennifer Gray aux éditions Pocket 6.60 euros.

 "J'ai bien aimé ce livre car il y a plein de suspens et de mystère !
Arsène est très drôle .

Mes personnages préférés sont les chatons .

J'adore les livres qui parlent de personnages qui ont des descendants connus . 

Les noms des personnages sont amusants ...Zénia Klob, Ginger Spekulos, Arsène Lagriffe et l'inspecteur Cheddar ! 

Ce que je n'ai pas beaucoup aimé, c'est la présence d'humains ; j'aurais préféré ce livre avec juste des animaux .

Je n'ai pas lu les deux premiers ouvrages de la série mais la collection peut se lire dans le désordre.

Ce livre est bien pour ceux qui ont entre 8 et 12 ans .

Je conseille ce livre pour ceux qui aiment rigoler et qui adorent les mystères ..."

Note : 9/10

Anouk Calas




Retour sur la rencontre avec Eric Holder

Une rencontre aux parfums médocains, avec simplicité, poésie et humour, voilà ce que nous a offert l'écrivain Eric Holder samedi dernier.

Nous avons très vite perçu chez l'écrivain un désir d'aller à la rencontre de son public, un souhait d'être à l'écoute de celui-ci et une recherche du plaisir pur d'être là, parmi nous.

Nous le remercions vivement de sa venue, et vous remercions, chers lecteurs, d'avoir contribué à cette belle ambiance.



 Photo: Mr Roudoudou






     








Les uns , les autres : Cécile LADJALI

Les uns , les autres de Nathalie AZOULAI, Patrick BESSON, Arnaud CATHRINE, Emmanuelle DELACOMPTEE; Jean-Michel DELACOMPTEE, Jean-Paul ENTHOVEN, Yves HARTE, Cécile LADJALI, Franck MAUBERT, Céline MINARD, Eric NAULLEAU, Martin PAGE aux éditions Robert LAFFONT 17 euros.

Ce livre dont les bénéfices iront au Secours populaire français est le fruit d’une collaboration entre l’Hôtel Ville d’Hiver, La Librairie Générale et les éditions Robert Laffont. 

Le principe que nous avions initié avec les éditions bordelaises Bijoux de Famille s’est affermi cette année avec la participation des éditions Robert Laffont. Les douze auteurs invités à séjourner en résidence à l’Hôtel Ville d’Hiver ont chacun accepté de rédiger une histoire qui mettrait en scène une personnalité artistique, certes disparue mais dont l’œuvre continue d’inspirer et invite, si besoin était, à ajuster notre culture. 

Chaque semaine, nous vous proposons un morceau choisi des douze nouvelles censé rendre hommage au talent des auteurs qui ont su admirablement répondre au jeu auquel on les conviait.


Cette semaine : Cécile LADJALI

Charles Baudelaire au Père-Lachaise à Paris

  En fait, je crois que je finis par trouver l'extravagant du banc assez sympathique. Je lui demande s'il m'autoriserait à prendre une photographie de lui. Il me déclare qu'il n'aime pas cet art de l'instantané mais qu'en son temps il y céda, même si sur les clichés de Nadar il ressemblait déjà à son propre fantôme... Il prend la pose, glisse sa main droite sous sa blouse pour ressembler à Baudelaire devant l'objectif de Carjat en 1861. J'enclenche l'application sépia afin d'aller jusqu’au bout d'une comédie que je suis sur le point de prendre au sérieux. Il me demande s'il peut voir le cliché sur l'Iphone et récite encore : Un bon portrait m'apparaît toujours comme une biographie dramatisée, ou plutôt comme le drame naturel inhérent à tout homme...
"Sur votre photographie, on devine que mes cheveux sont verts. Vous me rendez là un bien bel hommage. Je vous remercie, demoiselle. Car sachez-le, en leur temps, ils n'ont pas tous été là.
- De quoi parlez-vous ?
- Du 2 septembre 1867. Jour de mes funérailles. On crevait de chaud. Moi dans ma boite et eux sur le chemin qui reliait l'église Saint-Honoré de Passy au cimetière Montparnasse, avenue de l'Ouest.  Asselineau et Banville ont prononcé de beaux discours. Banville prenait sur lui, toujours impeccable, même en temps de canicule, mais Asselineau pestait. Bien sûr, foin de Gautier ! Ni de Sainte-Beuve, lequel était malade. On ne peut pas toujours compter sur ses meilleurs amis dans les cas funèbres. Je suppose que Gautier préférait se souvenir de nos soirées quai d'Anjou et des nymphes aux plafonds peints que nimbaient les volutes de Hashish. Je ne lui en veux plus.
Quant à Sainte-Beuve... 
- Il est tard. Je vais y aller, monsieur"
L'étranger sort une montre à gousset de la poche de sa blouse.
" Une que le charognard du mont-de-piété n'a pas eue. Vous ne restez pas encore un peu ? Vous ne m'offrez pas un texte ?
- J'ai oublié mon carnet.
- Alors c'est à moi de vous écrire quelque chose.
- Où donc ?
- Dans votre main. Donnez-la moi.
- Tenez."
Sa main est glacée. Il écrit dans la mienne : Ô toi que j'eusse aimé, Ô toi qui le savais...


vendredi 16 février 2018

Eric Holder à La Librairie Générale!


Classé sans suite de Claudio MAGRIS

Classé sans suite de Claudio MAGRIS éditons de l’Arpenteur, 24 euros.

Pénétrer dans le nouveau livre de Claudio Magris est le début d’une visite inédite d’un musée ayant réellement existé ou dont l’ébauche fut suffisamment accomplie pour que l’on ait recensé l’incendie qui le ravagea et mit de ce fait un point final à sa conception.
Ce musée orienté sur tout ce qui a un rapport avec la guerre fut imaginé par un homme dont Magris se fait en sorte le porte-voix en commentant les différentes salles, imaginaires ou pas, constituant le dit musée. Un tank, un casque à pointe, une épée ou un sabre de samouraï, une DCA, bref, l’arsenal à jamais complet de tout ce qui a été conçu pour la destruction et ceci pour en montrer l’étendue, la dénoncer et, dans un but utopique évident, amener à mieux considérer la paix.
C’est à Trieste que ce musée a été imaginé et perpétué après la mort de son créateur (dans l'incendie du musée) par une secrétaire dévouée dont l’itinéraire tourmenté nous est conté en alternance par Claudio Magris.
On peut tout a fait prendre au hasard un chapitre de Classé sans suite et tomber dans le flux de prose de l’auteur où tantôt l’on reconnaît la quête des origines de Luisa, la secrétaire du musée, tantôt le passé de la ville de Trieste et surtout celui de la deuxième guerre mondiale qui lui valut la réputation à peu près ignorée de tous, d’être le seul lieu occidental nanti d’un camp d’extermination nommé la Rizerie. C’est là que se trouve le nœud du livre justement titré Classé sans suite car tout a été fait pour oublier cette réalité triestine et Magris opère un indéniable réajustement de l’Histoire en travaillant au plus près sur ce moment où sa ville fut le théâtre d’exactions non retenues après la fin de la deuxième guerre mondiale de la libération de laquelle il fait l'incroyable récit.
La richesse du propos peut effrayer par endroits ou lasser mais ce serait sans compter sur la puissance narrative de l’auteur, son érudition sans fin, sa perception aiguë du politique ainsi qu’une finesse émotionnelle qui touche l’intimité et les profondeurs psychologiques que la vie de tout un chacun procure.

En conclusion, Classé sans suite est un livre signé par l’un des écrivains majeurs de notre époque que certains auront découvert avec Danube ou Enquête sur un sabre et qui persiste avec ce livre-ci, inoubliable et monumental.

Merdre de Daniel Casanave et Rodolphe, éditions Casterman


Cornegidouille!Vous avez sûrement entendu parler d'Ubu, personnage fantasque, grossier et intrigant de la pièce de théâtre Ubu roi, dont la première représentation sur scène a lieu en 1888. Peut-être connaissez-vous l'adjectif "ubuesque" qui fait partie aujourd'hui de notre langage courant.
Même si Alfred Jarry n'est pas un auteur systématiquement étudié ni au lycée ni en fac, il n'en reste pas moins un acteur incontournable de la période fin de siècle en France.

A la première représentation d'Ubu étaient présents dans la salle de grands noms tels Edmond Rostand, Courteline, Léon Blum, Jules Renard, Catulle Mendès. La pièce d'Alfred Jarry dérange, bouscule. Soit on adore, soit on crie au scandale. Qu'est ce qui est scandaleux? Le langage n'a plus de sens, la grossièreté des personnages. Et ce "Merdre", quel idée!



 Alfred Jarry lui-même est un personnage de théâtre. Il parle de lui à la troisième personne, s'esclaffe avec des expressions que peut lui envier le capitaine Haddock. Aux côtés de ses deux amis les plus proches, Rachilde et Alfred Vallette, sa vie est une plongée vertigineuse dans les excès et la création littéraire et théâtrale.
L'intérêt d'une bande dessinée sur sa vie, est de le rendre plus proche, plus humain. Et surtout d'enlever ce masque provocateur. Le dessin en noir et blanc donne la part belle à l'épaisseur du trait, à la noirceur des périodes difficiles de sa vie, aux soirées où la discussion et les idées sont noyées par l’absinthe. Le travail de dessin de Rodolphe se libère des frontières de la BD: il met en scène trois personnages fascinés par Alfred Jarry, qui eux-mêmes content sa vie au lecteur, en s'exclamant "à la Jarry", en introduisant les rencontres majeures d'Alfred avec humour et légèreté.


Merdre est une lecture active, drôle et mélancolique. Elle remplit tout à fait sa fonction première: nous donner l'envie irrépressible de (re)lire Ubu roi et l'ensemble de ses ouvrages, tant l'homme et son œuvre sont liés.



Michel et Edouard, Myriam Picard et Jérôme Peyrat, éditions Père Fouettard.


 Michel et Edouard sont deux moineaux qui ont "la belle vie": ils mangent tout ce qui leur fait envie, n'ont jamais froid, regardent la télé, ne sont jamais fatigués. Leur secret? Ils vivent dans un...supermarché! Quelle drôle d'idée!


 

Alors quand un oiseau qui vit dehors atterrit dans leur vie, voilà ce que ça donne:

-Même plus besoin de déménager pour aller au soleil, ici on a chaud tout l'année!
-Ca veut dire que vous ne voyez jamais la couleur du ciel?
-Beuh non, pour quoi faire?
-Pour respirer pardi! Moi j'ai besoin de grands espaces.
-Nous, on préfère les grandes surfaces.



 Michel et Edouard passent leur vie à la mode des humains: ils profitent de tous les avantages de la société de consommation sans réaliser tous les risques qu'ils encourent. Dodus jusqu'au bec, ils se moquent instantanément de cet oiseau exotique qui vient les provoquer sur leur terrain.
L'air pur, le vent, le ciel bleu, l'effort de créer son nid, la préoccupation de se chercher à manger. Toutes ces épreuves du quotidien sont bien loin de la vie de Michel et Edouard, mais au cœur du bonheur de celle de José, l'oiseau rabat-joie. Michel et Edouard vont-ils sortir de leur zone de confort pour se confronter au monde réel? Vous le saurez en lisant ce joli album qui donne bonne matière à réfléchir avec nos tout petits.