samedi 18 novembre 2017

Discussion avec René et Frédéric LENOIR


RÉSERVATION CONSEILLÉE AU 05 56 83 53 32

Le grand Débat 24-25 Novembre 2017








Souvenirs dormants et Nos débuts dans la vie de Patrick MODIANO

Souvenirs dormants de Patrick MODIANO aux éditions Gallimard, 14,50 euros

Patrick Modiano est un auteur rare et attendu. Deux livres de lui paraissant, il est normal que les médias s’en emparent…

Le type de narration, la mise en scène, l’orchestration, le roman, s’il faut aussi le définir ainsi, chez Modiano, est une affaire connue et récurrente. 
Régulièrement, en effet, celui-ci a puisé dans des souvenirs qui ont accaparé sa jeunesse, livrant une mixture inédite d’histoires étranges et lointaines mais qui ont un fort pouvoir d’attraction grâce au style gracieux et épuré de l’auteur. 
Le Modiano qui accompagne le lecteur ou plutôt qui apparaît comme le vecteur de ces Souvenirs dormants n’a encore rien publié mais s’apprête à cette publication.  
Son errance parisienne intègre cette fois un monde ésotérique qui s’anime autour de l’œuvre de Gurdjieff, gourou influent dont le livre Rencontres avec des hommes remarquables est le plus connu. 
Tout cela est lointain et proche à la fois. Quarante ans nous annonce Modiano. 
Martine Hayward, Stioppa, Mireille Ourousov, Geneviève Dalame, Jacques de Bavière (ou Debavière!), Emil Stern et Madame Hubersen sont des noms qui clament un univers opaque en dépit des lieux parisiens familiers où ils se dissolvent.
Souvenirs dormants, donc, est un récit modianesque absolu d’où émane une atmosphère aussitôt  reconnaissable qui distille l’essence d’une époque révolue. 
Modiano est affecté par des rencontres essentiellement féminines nourries d’inquiétude et d’absence. 
Est-il bien sage d’en raconter plus ?  
La prescription est proche, dit l'auteur, à propos de ceux qui ont connu le Paris auquel il se sent à jamais associé. Un Paris qui n’est hélas plus celui où il vit aujourd’hui.




Nos débuts dans la vie de Patrick MODIANO aux éditions Gallimard, 12 euros 

Nos débuts dans la vie est, chose quasiment inédite chez Modiano, une pièce de théâtre avec une description de scène et des indications de lumière. 
Quatre personnages, Dominique, Jean, Elvire et Caveux vont discourir, le plus souvent par paire, dans un décor de théâtre. Les plus jeunes, Dominique et Jean, sont à l’orée d’une carrière que les plus âgés, Evire et Caveux, tentent de diriger ou de contrecarrer, inconscients de l’étendue de l’échec de la leur propre.
Il faut préciser qu’Elvire est la mère de Jean et Caveux, certainement l’amant de celle-ci. Dominique, quant à elle, est une amie proche de Jean et peut-être sa maîtresse. 
Comment éloigner Dominique de Jean ? Comment aider Jean à devenir l’écrivain « professionnel » que Caveux (qui a côtoyé Sartre) est devenu ? 
Dominique répète La mouette de Tchekhov qu’elle joue sous la direction d’un certain Salvesberg. Elvire, dans le théâtre voisin (une porte secrète réunit les deux théâtres), joue Bon week-end Gonzales (d’on ne sait qui). 

Cet affrontement, au demeurant simpliste, ne l’est plus lorsque le personnage d’Elvire rouvre une ancienne fêlure, celle de ses débuts au théâtre. Modiano alors touche au but. Il émeut. L’avenir confiant de Dominique et Jean se voile du témoignage d’Elvire. Un miroir leur est tendu. La nostalgie apparaît et clôt la pièce d’une façon déchirante.

Pour quelques gouttes d'eau

Pour quelques gouttes d'eau de Anne Jonas et Marie Desbons, éditions Le buveur d'encre, 16.00 euros:

Dans un lointain pays où le soleil assèche la terre, Zahina est une petite fille qui sait ouvrir grand les yeux sur le monde qui l'entoure. Dans ce pays l'eau est un trésor qui nécessite patience et partage, Zahina l'a appris jour après jour dès sa plus jeune enfance.
Sa gorge est sèche mais ses yeux observent, se nourrissent de chaque visage croisé, de chaque caillou qu'elle trouve sur le chemin qui l'amène au puits où elle se rend tous les jours avec son père. Son corps est là, mais son cœur et son esprit voyagent au loin, rêvent devant le buisson qui dessine la tête d'un lion, le bruit du tam-tam qui annonce la venue d'un nouveau-né. Cruche sur la tête, chaque pas sur le long chemin aride est douleur mais cette douleur n'est rien comparée à celle que la petite fille ressent à chaque fois que sa cruche vacille et que les précieuses gouttes tombent sur le sol. C'est pour elle à tout instant une perte effroyable qu'elle tait de longues années jusqu'au jour où la cruche se casse et où son père lui relèvera la tête pour lui montrer les merveilles apparues au fil de l'eau tombée.

Un album absolument magnifique
 où la poésie de l'histoire et de celle de l'illustration ne font qu'une!


Le Journal d'Anne Frank

Le journal d'Anne Frank Ari Folman, David Polonsky éditions Calmann Levy, 16 euros:

Lorsque la fondation Anne Frank a proposé à Ari Folman d'adapter en bande dessinée le fameux journal, la réflexion fut longue et intense : comment illustrer ce texte d'une richesse incomparable, tant par son caractère unique que par le nombre de ses lecteurs à travers le monde ? Il fallait donc non pas se mettre à la place d'Anne, mais respecter ses mots, ses pensées, ses peurs et ses idéaux. Isolée dans l'annexe de l’entrepôt du 263, Prinsengracht aux Pays Bas, Anne commence à écrire son journal à treize ans, en 1942.
Ari Folman et David Polonsky s'appuient sur cet isolement pour dresser des planches d'une grande beauté : à la fois sombres par le contexte oppressant des bombardements environnants, mais aussi lumineuses par l'ironie qui se dégage du discours d'Anne, sur les autres membres de sa famille et sur le couple Van Daan particulièrement. Les lettres qu'elle écrit à son journal, baptisé « Kitty », trouvent une belle résonance dans un dessin fantasmagorique et baigné par l'idée de solitude. Car c'est parce qu'elle se sent abandonnée qu'Anne éprouve le besoin de mettre des mots sur son expérience.
Les deux auteurs de ce roman graphique ont donc adopté un dessin respectant aussi bien le questionnement naturel de toute adolescente de cette âge tout en y ajoutant le spectre de la guerre et ses angoisses.



Une parution qui fait écho à celle de l'intégrale des lettres, carnets et contes écrits par la jeune fille, chez Calmann Levy également.

C'était William Finnegan à Arcachon

Quelques images du passage de William Finnegan, Prix Pulitzer, à Arcachon!

samedi 11 novembre 2017

Rencontre avec William Finnegan pour Jours Barbares



Jours barbares de William FINNEGAN aux éditions du Sous-Sol, 23,50 euros.

Avec le prix Pulitzer en poche dans la catégorie « Mémoires », William Finnegan a posé les bases d’une vie dédiée au surf. Cet homme, qui, enfant, a découvert et débuté cette pratique audacieuse née dans l’océan Pacifique, bénéficia de dispositions particulièrement favorables puisqu’il débarqua, aux alentours de sa dixième année, sur l’île d’Hawaï où, comme chacun sait, le surf est érigé en religion. 

Les cinq cents et quelques pages de Jours barbares offrent par ailleurs une multitude de pistes sur la définition du surf, sur ce qu'il est réellement. 
Concernant Finnegan, la magie du surf opéra quelques années avant son arrivée décisive à Hawaï, elle se produisit à la fin d'une journée, en Californie, lorsqu’au détour d’une promenade avec ses parents, il aperçut sur l’océan des silhouettes à contre-jour glisser sur les vagues. Cela provoqua en lui un choc esthétique qui l’attira dès lors passionnément pour cette danse aquatique. 

C’est donc sous le soleil de Los Angeles où ses parents travaillaient pour le cinéma qu’il a réellement effectué ses débuts. Il s’ensuivit une initiation en règle à Hawaï où il côtoya bon nombre de surfeurs avec qui il noua ses premières amitiés. 
A la fin de son adolescence, William Finnegan partit avec un de ses amis pour un tour du monde inouï entamé aux iles Tonga puis à Fidji. Les deux compères s’aventurèrent ensuite en Australie, en Indonésie, à Bali puis en Afrique du Sud. 
William Finnegan eut, en ces années, l’obsession de la vague parfaite. Ce furent des Jours barbares, ceux où, délivrée de la civilisation occidentale, la vie redevint libre et sauvage, imperturbablement tournée vers le surf. En cela, le livre de Finnegan est un roman initiatique. 

Mais William Finnegan est aussi, dans l’écriture de ce livre, un talentueux journaliste et un excellent portraitiste car son immersion dans le monde du surf est une succession de rencontres et de caractères bien trempés. La fréquentation des impétueux Domenic, Beckett, Bryan, Mark et consorts a permis à l’auteur de nous instruire sur les attitudes et les modes de pensées qui ont circulé dans cette communauté à l'aune des années quatre-vingts. Il n’est même pas nécessaire de  porter un amour inconsidéré à cette pratique pour être suspendu aux descriptions dantesques de certaines sessions que Finnegan et ses amis ont affrontées dans leur vie. 

La mer n’est pas, à proprement dit, une amie pour l’être humain. Celui-ci a dû, bien souvent, renoncer à la dompter. La mer demeure un danger majeur sitôt que l’équilibre qui la régit est rompu. Pourtant, qu’ils soient pêcheurs, marins, nageurs ou surfeurs, la mer attire les hommes et leur suggère des défis renouvelables à l’infini. 
William Finnegan y a trouvé un sens très spécial à sa vie. Ses mémoires sont le récit inlassable de la quête d’un absolu entrevu durant seulement quelques secondes. Le but de ces chevauchées marines est le plus souvent inaccessible et, tout autant, terriblement dangereux. 

A soixante ans passés, William Finnegan continue de braver l’océan. Après San Francisco (Ocean beach), Madère (Jardim), New-York (Long island), le reporter du New Yorker déjà reconnu pour avoir couvert une multitude de conflits et autres événements comme la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud, est en passe d’entrer dans la légende du surf. Pas pour des prouesses que d’autres - qu’il admire - ont réalisées avant lui et parfois même sous ses yeux, mais pour l’acuité et la profondeur avec laquelle il a cherché sa vie durant une raison à l'existence du surf, une raison qui ressemble, sans aucun doute, à celle qui régit aussi la poésie.

Pas touche!

Pas touche! de Rachel Bright et Jim Field, éditions Gautier Languereau, 14 euros

A la fin de l'été, voici l'heure où tous les habitants de la forêt s'apprêtent à rejoindre grottes et terriers remplis des provisions faites depuis le début des beaux jours. Tous les habitants?! Non, pour notre écureuil Max il s'agit plutôt du moment où il se rend compte que son placard est ... désespérément vide! Commence alors la quête du Saint Graal, la quête de LA pomme de pin aux délicieux pignons. Seulement voilà, notre Max n'est pas seul sur le coup: il va également falloir compter sur Simon "le roi des provisions" dont les calculs sont formels: il lui manque une pomme de pin pour tenir l'hiver sans encombre. Nos deux écureuils vont se livrer une bataille sans merci qui les verra rencontrer les plus grands obstacles: nez d'ours, griffes d'aigle, chutes des plus grandes cascades: qui l'emportera? Aux plus jeunes de le découvrir...

Opération Copperhead de Jean HARAMBAT

Opération Copperhead de Jean HARAMBAT aux éditions Dargaud, 22,50 euros.

La très bonne surprise de la rentrée BD est signée Jean Harambat, auteur d’une superproduction dessinée à partir d’une histoire vraie et réellement magique. 

Un palace au bord du Nil ouvre l’Opération Copperhead et ravive la mémoire des cinéphiles qui reconnaîtront David Niven et Peter Ustinov jouant une scène du film Mort sur le Nil, adaptation du roman d’Agatha Christie tournée en 1977. Les deux acteurs anglais sautent sur l’occasion qui leur est offerte par une jeune femme leur servant le thé pour se remémorer le bon vieux temps de cette Opération Copperhead qui les fit se rencontrer en 1943. 

Niven, auréolé d’une carrière bien établie à Hollywood, représente alors la fine fleur de l’esprit anglais (juste après Lawrence Olivier !). Peter Ustinov n’est encore qu’un jeune auteur de théâtre que l’on affecte auprès du lieutenant-colonel Niven retourné en son pays pour combattre l’ennemi.

Ensemble ils participent à un film de propagande destiné à redonner une image plutôt glorieuse de l’armée britannique. Mais c’est en imaginant un autre film que l’Opération Copperhead prend forme. Le général en chef des armées Sir Bernard Law Montgommery, du moins l’acteur qui l’incarnera à l’écran, servira de leurre aux allemands qui apprendront nécessairement que le général mythique est en route pour l’Afrique du Nord pour un probable débarquement.  Copperhead, apprend-on, est un serpent qui agite sa queue colorée pour attirer sa proie afin de mieux le mordre…

Jean Harambat s’est appuyé sur cet épisode rocambolesque  pour nous délecter d’un esprit où l’humour est un prétexte à l’héroïsme et vice-versa. Niven, Ustinov et leurs comparses dont Winston Churchill himself jouent leur partition en virtuoses. Les bons mots fusent autant que les bombes du « baby blitz » qui tombèrent sur Londres en 1943. 

D’ailleurs cette remarquable plongée dans le Londres qui résista si bien aux allemands est la plus enthousiasmante aventure d’Opération Copperhead. Jean Harambat diffuse toute son admiration pour l’Angleterre avec le même détachement que ses personnages. L’histoire n’en prend que plus de valeur et s’avère en tout point réjouissante.


samedi 4 novembre 2017

Evenement : William FINNEGAN, mardi 14 novembre 2017


Nous vous annonçons dès aujourd'hui la venue exceptionnelle de
 William FINNEGAN, 
auteur consacré par le prix Pulitzer 2016 et le prix America 2017.
La semaine prochaine nous entrerons plus en détails dans Jours Barbares,
 l'autobiographie récompensée d'un surfeur au long cours...

Underground Railroad de Colson Whitehead par MrRoudoudou

Underground Railroad de Colson Whitehead, éditions Albin Michel, 22.90 euros

Livre d’une actualité brûlante. Cora est une jeune femme, fille d'esclaves dans une plantation, abandonnée par sa mère qui fuyait vers la liberté. Elle n’a qu’un rêve : faire de même et rejoindre les États abolitionnistes via un mystérieux train qui n’existe peut-être pas. Elle veut s’extirper des griffes du maître de la plantation dont les sévices sont encore plus odieux lorsqu’il reçoit des convives afin de les épater.

La force de ce roman quasi historique auréolé du National Book Award et du prix Pulitzer 2016 est de ne pas éluder les cauchemars vécus (arbre à pendu, cage etc) sans s’y complaire et de décrire une réalité bien plus complexe.
La vie dans les États abolitionnistes n’est pas un paradis, les choses sont encore fragiles et il suffit d’une pression populaire importante pour que les noirs pourtant libres puissent ne plus l’être du jour au lendemain, chacun étant le bouc émissaire idéal en cas de vol, meurtre etc, ce qui aujourd’hui trouve un écho particulièrement troublant.

Il permet par ailleurs de réaliser que ceux qui dans les États ségrégationnistes voulaient aider les noirs à se libérer connaissaient le même sort en cas de traque « pour l’exemple » puisqu’il existait des chasseurs d’esclaves, chargés de ramener « la chose » à son maître afin de pallier l’humiliation d’une évasion et raffermir son autorité.

Dans ces États ségrégationnistes il leur était interdit d’apprendre à lire, premier pas vers la liberté.

MrRoudoudou

Pierre Lapin bientôt au cinema!

2018 verra l'adaptation d'un classique de la littérature enfantine: Pierre Lapin!
Alors avant de vous jeter dans les salles obscures, replongez-vous d'abord dans les livres
 dont voici un tout petit aperçu, tellement la collection est grande:

 Le grand livre de Beatrix Potter, éditions Gallimard Jeunesse, 27.50 euros:
Retrouvez ici tout l'univers de Beatrix Potter! Dans cette intégrale de 23 contes, Pierre Lapin, Tom Chaton, Sophie Canétang et bien d'autres personnages sauront ravir les plus jeunes par leurs nombreuses aventures. Les illustrations d'origine apportent douceur et ravissement que les plus grands apprécieront tout autant!




Contes de fripons et polissons, Pierre Lapin et autres coquins, éditions Gallimard Jeunesse, 15.15 euros:
Un nouveau trésor dans un précieux coffret bleu métallisé, contenant 10 contes de Beatrix Potter, chacun accompagné d'un plan et d'une présentation ou d'une lettre de l'auteur qui permettent ainsi d'expliquer d'où venait son inspiration qui prenait souvent sa source dans des lieux, des personnes ou des animaux ayant existé.




Quelle heure est-il, Pierre Lapin? éditions Gallimard Jeunesse, 12 euros:
"Quelle heure est-il ? Il est dix heures et Pierre Lapin prend son petit casse-croûte matinal. Les enfants vont découvrir comment lire l'heure en suivant les activités quotidiennes de Pierre Lapin et de ses amis. L'horloge toute simple est visible à chaque page grâce à une découpe dans le livre et ses aiguilles mobiles permettent d'apprendre à lire l'heure facilement et en s'amusant."

Valerian, Shingouzlook inc., par LUPANO et LAUFFRAY

Valerian Shingouzlooz Inc de LUPANO et LAUFFRAY d'après CHRISTIN et MEZIERES aux éditions Dargaud, 13,99 euros.

Dans la série des reprises d’œuvres de BD, celle de Valérian, qui a même suscité un intérêt cinématographique, est une franche réussite. Inutile de bien connaître l'univers prolixe de Valérian que les bédéistes connaissent depuis plus de quarante ans. Les aventures des deux agents spatio-temporels (on voyage aisément dans le temps et dans l'espace) sont d'une étincelante rapidité et, par l'entremise des deux nouveaux auteurs Lupano et Lauffray, ils gagnent en humour.

Bref, plusieurs missions vont s'enchevêtrer au cours de Shingouzlooz inc.. Repérer Mr Zi-poje, un spécialiste de la fraude fiscale, assurer la livraison d'un thon bleu quantique, éviter une catastrophe galactique malencontreusement provoquée par les Shingouz et, in fine, éviter l'asséchement de la Terre dont le propriétaire est désormais Sha-oo l'assoiffeur, le trafiquant de mer.

Les thèmes de l'écologie et de la finance (furieuse !) se sont merveilleusement  infiltrés dans l'histoire où les rebondissements pullulent. Valérian, au four et au moulin, s'impatiente quelque peu après quelques réflexions bien senties de Laureline. Ils sont bel et bien à l'image d'un couple aux prises à des mouvements d'humeurs après bien des années de ménage en commun. 

Oui, Valérian et Laureline occasionnent de francs sourires à l'instar de la cohorte de personnages qui les soumettent à des épreuves galactiques réjouissantes.  

Après Manu Larcenet, il y a maintenant six ans, la paire Lupano et Lauffray s'offre un exercice de style qui réenchante la Science-Fiction. 



samedi 28 octobre 2017

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor POUCHET

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor POUCHET aux éditions Finitude, 16,50 euros.


Après Olivier Bourdeau l’auteur faramineux d’En atttendant Bojangles, les éditions Finitude lancent un nouvel auteur. Nous ne sommes heureusement pas dans l’univers du cinéma hollywoodien et c’est donc en toute discrétion que Victor Pouchet, normand avéré, représente en cette rentrée littéraire les désormais célèbres éditions Finitude dont la boîte aux lettres se remplit chaque jour de manuscrits prétendant succéder de la même manière à celui qui leur a apporté gloire et célébrité.

L’histoire de Victor Pouchet bénéficie d’une couverture alléchante tirée d’une planche zoologique du XIXème siècle d'Adolphe Millot, qui nous est détaillée à la fin du livre. Ces oiseaux, aussi beaux soient-ils sont, selon Victor Pouchet, menacés d’extinction. Ainsi l’auteur nous entraîne dans une fable où lui-même semble bien seul à s’émouvoir de chutes d’oiseaux récemment recensées dans les journaux. Celles-ci ne l’auraient pas autant affecté si elles ne s’étaient pas produites tout à côté du lieu de son enfance. L’adulte qu’il est devenu s’embarque alors depuis Paris à bord d’une péniche qui propose de découvrir les berges de la Seine jusqu’à son embouchure à Honfleur. C’est un moyen comme un autre d’enquêter puisqu’il se dirige effectivement vers le lieu où s’est déroulé cet étrange « suicide » de milliers d’oiseaux. 

Sur la péniche, Victor Pouchet se révèle inquiet de lui-même. Solitaire sans attache, le monde lui parait gris. Les rencontres parmi les touristes embarqués comme lui se révèlent distantes tout comme celles avec le personnel de bord  avant que ne se produise un soir la rencontre avec Cheval Blanc le pianiste et Clarisse la seconde du capitaine. 
L’écriture de Victor Pouchet emprunte à la descente du fleuve son style parfois tourbillonnant mais en gardant une allure tranquille presque paresseuse, dérivative. Il en surgit de beaux éclats, des métaphores poétiques et subtiles comme ces souvenirs de parties de scrabble avec la grand-mère du héros. Quand les lettres manquent pour offrir un joli mot et quand les points ne sont ni double ni triple et ne comptent que pour un, toute la philosophie de l’auteur semble alors s’échapper. 

Après la cathédrale de Rouen, arrive la visite du musée d’histoire naturelle. Victor Pouchet constate que son fondateur est un homonyme. Avec zèle il étudie tous les documents qui se rapportent à son histoire, notamment celle de l’échec retentissant de sa théorie de génération spontanée récusée par le jeune Louis Pasteur. Le mystère de la mort des oiseaux s’éloigne mais doit-on penser que tout peut être résolu ? Les scientifiques, les premiers, acceptent l’incompréhension qui règne sur leur recherche. Pourquoi les oiseaux meurent (en si grand nombre) s’ajoute à une liste infinie d’anomalies terriennes qu’il est impossible d’expliquer. Si Victor Pouchet n'a pas choisi de nous rassurer, il propose cependant, et avec fatalisme, de s’abandonner à l’état des choses, de lâcher prise comme on dit maintenant et d’avouer son impuissance.

Monsieur Poinsettou

Monsieur Poinsettou de Marie Tibi et Chiara Arsego, éditions De Plaines en Vallées, 13.50 euros

Ordre et rigueur, rigueur et ordre, voilà les maîtres mots de la vie de Monsieur Poinsettou.
Monsieur Poinsettou se lève toujours à la même heure, revêt toujours le même costume, coiffe toujours ses cheveux dans le même ordre, prend toujours le même chemin pour aller travailler.... jusqu'au jour où une déviation se met sur la route de Monsieur Poinsettou. Et qui dit déviation, dit plus d'ordre et plus de rigueur: voilà notre Monsieur Poinsettou qui entre dans un monde où son chapeau devient perroquet, où les policiers distribuent du pop-corn, où "un toutou à bajoues debout sur une licorne fait la course avec un échassier en tricycle". Bienvenue dans un monde où l'imaginaire est roi! Et après tout, ne serait-ce pas là le bonheur?!

Voici un album haut en couleurs qui montre aux plus jeunes le grand pouvoir de l'imagination!

Oublie mon nom de Zéro CALCARE

Oublie mon nom de Zéro CALCARE aux éditions Cambourakis, 23 euros.

A Rome on dit toujours de quel quartier on vient. Zero Calcare est de Rebbibia, soit, pour les plus avertis, de la prison (la plus grande d’Europe). Mais Zero Calcare n’est pas en prison, la prison d’ailleurs, il ne la voit plus. En revanche, il est plutôt fier d’être un romain de Rebbibia. 

Or voici qu’un événement tragique vient de surgir dans la vie de Zero. Sa grand-mère, très âgée, sans âge même, dessinée comme un petit Calimero au féminin, s’est éteinte. Zero Calcare est très atteint par cette disparition. Pourtant, en faisant le point avec Secco, son meilleur ami, il constate à quel point il ne sait pratiquement rien de sa vie. Elle fut, très jeune, au début du vingtième siècle, recueillie par des émigrés russes, des aristocrates déchus venus se réfugier à Nice. Oui, Huguette - elle s’appelait Huguette - est française, provençale et orpheline. 

Les choses périclitent un peu plus lorsque Zero comprend que sa mère est, elle aussi, ébranlée par la mort de sa propre mère. Comment une femme aussi forte, à tous les sens du terme, peut-elle ainsi défaillir ? Qui plus est devant son fils ? Car Zero, lui, aussi rebelle soit-il, en apparence, est un angoissé de première qui continue de s’entretenir avec une peluche protectrice et son tatou… 

L’histoire de sa grand-mère, telle qu’il la résume à Secco, est édifiante, troublante. Quel genre de type Huguette a-t-elle épousé ? Un escroc ? Zero, remontant le fil de la vie de sa grand-mère remonte aussi la sienne, celle d’un ado qui a grandi dans les années 90. Un drôle de garçon représentant une génération de gamins qui, la trentaine venue, ont besoin de faire le point. 
L’identité du jeune homme, les origines de sa famille sont un imbroglio colossal et superbement excitant. Le grand énervé que l’on soupçonnait au début a, au final, une éthique exemplaire et la complexité rugueuse de son parcours est tout à fait respectable. 

Zero Calcare s’est sans doute sauvé de son tempérament dépressif par le dessin, son graphisme hyper urbain atteint par endroit une virtuosité expressionniste impressionnante. Oublie mon nom regorge de symboles, c’est une sorte de psychanalyse à ciel ouvert qui ne se referme jamais sur elle-même.

La dimension fantastique qui prend le dessus à la fin de l’histoire est une expérience superbe du champ symbolique de la représentation. L’oeuvre de Zero Calcare, pour conclure, originale et attachante, nous fait part des peurs les plus intimes de l’auteur tout en nous renvoyant à un humour de cour d’école salvateur et réjouissant.


Rencontre sur Cocteau-Radiguet

"Pendant les étés 1920, 1921 et 1923, Jean Cocteau et le jeune poète Raymond Radiguet s’installent sur la côte sauvage du bassin d’Arcachon, la côte noroît, à Piquey, petite village de pêcheurs, un paradis dont le havre s’appelle Chantecler. Ouvrant grand ses yeux qu’il a myopes, Radiguet ne se lasse pas de contempler le décor inouï d’une terre inconnue à quelques heures de Paris.
Jean Cocteau assurait que « l’hôtel de planches » de Piquey était une sorte de théâtre. Nommé Chantecler en l’honneur de son illustre ami Edmond Rostand, l’hôtel était tel « un microphone où chaque son porte ». Quant à son « cher balcon » avec vue plongeante sur les eaux vives du bassin d’Arcachon, « c’est une avant-scène de spectacle ».
Si spectacle il y a, joué au huis clos de l’hôtel Chantecler, pourquoi ne pas relever les caractéristiques d’une authentique tragédie respectant la règle des trois unités du théâtre classique : unité de lieu (le bassin d’Arcachon), unité de temps (l’été), unité d’action (vacances studieuses), avec, pour résultat un événement culturel majeur : la rénovation de l’art d’écrire un roman.
Au final, il y a  la mort à vingt ans du héros, le jeune Raymond Radiguet, entre un best seller déjà publié Le diable au corps et un roman posthume Le bal du comte d’Orgel. C’est à Piquey qu’il finit par user ses forces à combattre la maladie qui allait l’emporter avant la fin de l’année 1923."

samedi 21 octobre 2017

Chantal THOMAS à La Librairie Générale

Souvenez-vous ! Nous avions choisi Souvenirs de la marée basse au mois d'août pour lancer la rentrée littéraire. Nous pensions aussi que l'auteur ne serait pas indifférente à une invitation provenant d'Arcachon. Le résultat est là, Chantal THOMAS sera à La Librairie Générale vendredi prochain et sa venue à toutes les chances d'être mémorable.
Pour ceux qui n'avait pas lu le blog au mois d'août, nous retranscrivons ce que nous en avions pensé à ce moment-là. En relisant le livre, d'autres pensées nous sont venues, vous pourrez venir les échanger avec nous lors de la rencontre organisée à l'Hôtel Ville d'Hiver (toutes les précisions sont sur l'affiche).
          
Souvenirs de la marée basse de Chantal THOMAS aux éditions du Seuil

Si Chantal Thomas n’est pas véritablement née à  Arcachon, les années cruciales de son enfance s’y sont déroulées quelque part entre la jetée d’Eyrac et la la pointe de l’Aiguillon. 

Arcachon fut pour elle et pour sa mère l’endroit où l’on pouvait nager disons, d’avril à octobre. Si cette dernière, depuis son enfance, se devait de faire ses longueurs sans quoi une journée n’était pas réussie, Chantal, elle, affronta depuis le rivage la puissance maritime. 
Moultes révélations se sont produites dans cet espace nommé plage où les rencontres apparaissent et disparaissent dans un va-et-vient propre aux stations balnéaires et dont le jeune âge s'accommode puisque les vacances, elles, demeurent. 

La famille Thomas s’installa donc dans cette ville idéale pour une mère adepte du crawl. Son mari, un lyonnais taciturne qui ne brigua aucune distinction après ses exploits dans la résistance vécut avec flegme ces années arcachonnaises avant qu'il ne meure soudainement. Sa veuve aussitôt déclara  qu’il lui fallait vivre ailleurs, sur d’autres rivages, en Méditerranée. 

Cependant Arcachon, dans la mémoire de Chantal Thomas est la ville de la plage, du mouvement de la mer qui d’un jour sur l’autre, pour qui sait l’observer, chaque jour se renouvelle. 

Ce profond travail effectué par cet écrivain si attentive au XVIIIe siècle qu’elle a considérablement étudié, ravive des souvenirs intacts qui vont de la mère à la mer, d’une aptitude à mesurer le temps et à le différencier du passé. Joueuse et vagabonde Chantal Thomas retrouve son enfance de liberté sur le sable. 

La chambre des époux d'Eric Reinhardt

La chambre des époux d’Eric REINHARDT aux éditions Gallimard, 16,50 euros.

Que penser en refermant La chambre des époux ? L’auteur pleinement présent dans ce livre signe ici l’un des derniers soubresauts de l’auto-fiction. Ce genre littéraire développé en ce début de siècle avec excès est peu à peu remplacé par des livres qui « réparent » , des « feel good book » lorsque l’on veut angliciser et, au passage, dénigrer une littérature qui se vend. 

L’uchronie et l’"exofiction" sont désormais à la mode. Les prix littéraires de novembre se chargeront de nous le rappeler. Eric Reinhardt ne sera pas de la fête. Son histoire, en partie vrai, en partie inventée, est une histoire d’amour dont l’auteur expose des extrémités difficiles à tenir qu’hélas notre époque impose. 


Après L’amour dans les forêts qui s’enfonçait dans la violence conjugale, La chambre des époux affronte la maladie. Eric Reinhardt ne joue pas à se faire peur, sa femme a réellement été atteinte d’un cancer qu’elle a vaincu. Eric Reinhardt écrivit, durant les mois où sa femme Margot combattait son mal, le roman Cendrillon qui lui valut reconnaissance et célébrité. Cependant, cette expérience traumatisante mais aussi synonyme de réussite est exploitée, à la moitié du livre, d’une manière symbolique dans un roman nommé Une seule fleur qu’Eric Reinhardt aurait, un temps, voulu  écrire.

Cette transposition certes risquée que nous lisons au cœur de La chambre des époux est un mélo où l’amour se tient en équilibre au-dessus du gouffre du ridicule et de l’obscène. Heureusement, la prose d’Eric Reinhardt parvient à maintenir une distance stylistique salvatrice qui n’épargne pas toutefois quelques longueurs. Le jeu de tiroirs s’ouvre et se ferme et le roman inséré, Une seule fleur, finit par détrôner le propos initial de La chambre des époux. Le risque était grand. Vraisemblablement conscient de cet écueil, Eric Reinhardt n’a pas voulu  réintroduire, sinon part des intermittences bien brèves, la part auto-fictive de son livre. Une part que l’on se prend à regretter tant les passages où l’auteur déchiffre sa vie de romancier sonnent extrêmement justes. L’histoire d’Une seule fleur qui n’est pas complètement ratée, n’est  pas non plus la symphonie annoncée.

Dessine-moi un Dieu

Dessine-moi un Dieu de Atiq Rahimi et Bruno Salamone, éditions Actes Sud Junior, 15.90 euros

Voici un album qui fait partie de ceux qui amènent à réfléchir.

Atiq Rahimi, réalisateur qui se tourna vers la littérature et fut auréolé du Prix Goncourt en 2008, rappelons-le, définit sa croyance religieuse ainsi: « Je suis bouddhiste parce que j'ai conscience de ma faiblesse, je suis chrétien parce que j'avoue ma faiblesse, je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse, je suis musulman parce que je condamne ma faiblesse, je suis athée si Dieu est tout puissant. »

Et c'est bien cet esprit d'ouverture que nous retrouvons dans l'histoire qu'il raconte ici pour les plus jeunes. Aucune religion n'est évoquée, seule la réflexion sur ce que peut être Dieu est abordée avec finesse. Comment est-il? Où est-il? A chacun de le déterminer. Eva, notre jeune héroïne, après plusieurs tentatives pour le dessiner sur sa feuille blanche, a fini par trouver la représentation qui la touchait le plus. Et c'est certainement bien là le plus important.

Astérix et la Transitalique

Astérix et la Transitalique de René. GOSCINNY et Albert.UDERZO, textes de Jean-Yves FERRI, dessin de Didier CONRAD aux éditions Albert René, 9,95 euros.

Gare ! Patrimoine national ! Chaque nouvelle parution du gaulois Astérix (et de son ami Obélix) affole le monde de l’édition. Tirage de 5 millions d’exemplaires nous dit-on. Enjeu colossal donc censé  trouver sa place dans (à peu près) tous les foyers de France.
La Transitalique est une invention formidable sortie de la bouche ensommeillée du sénateur Lactus Bifibus accusé de détourner l’argent destiné à l’entretien des voies romaines. On détectera par ailleurs de succulentes répliques de l’épouse de Lactus à propos de l’utilisation de ses fonds publics. Cependant, stupéfait d’avoir pu émettre une aussi géniale idée, l’assemblée puis César en personne le charge de l’organisation de la course de chars qui révèlera une fois encore la puissance et la supériorité des romains sur l’ensemble du monde connu. 
Les barbares pourront-ils en être ? Affirmatif. Astérix et Obélix ont vite fait d’avoir écho de ladite compétition et vont s’engager dans la course en tant que représentant de la Gaule.  

Saurez-vous reconnaître les personnalités cachées dans l’album ? Jouirez-vous de tous les bons mots parsemés tout au long de l’itinéraire emprunté par les chars ? De Modène à Naples, c’est une autre compétition qui démarre, celle de la langue française et des noms acrobatiques portés par cette internationale du sport. Celle aussi d’une histoire et d’une géographie colportée à la hussarde, celle enfin qui nous raccorde au présent, l’histoire se jouant de nos soucis quotidiens. Bref, tout ce qui faisait déjà le régal des Astérix de l’ère Goscinny/Uderzo. Faut-il néanmoins apposer un verdict à cet énergique volonté de garder vivant un héraut national ? Cela parait vain, mieux vaut se laisser porter par cet univers enchanté où la distribution de baffes fait loi.

samedi 14 octobre 2017

Les huit montagnes de Paolo Cognetti

Les huit montagnes de Paolo COGNETTI aux éditions Stock, 21,50 euros.

 On peut ne pas aimer la montagne. La pratique du ski peut tout de même ravir ceux que l’on retrouvera quelques mois plus tard se baignant au bord de la mer. Puis il y a ceux qui fuient les remontées mécaniques, qui attendent la fonte des neiges pour s’en aller sur les hauteurs, « à l’ancienne », en marchant des heures et trouver, comme le père du narrateur, l’altitude où ils se sentent enfin eux-même.

Les huit montagnes nous proposent de parcourir avec Pietro et son père une partie des Alpes italiennes à une centaine de kilomètres de Milan dans une région nommée le Grenon. Pietro n’est pas un inconditionnel comme peut l’être son père. Du haut de sa petite dizaine d’années, il galope néanmoins assez bien et tient la cadence jusqu’à parfois monter au-delà de deux mille mètres, là où justement son père trouve son altitude et le paysage qui lui convient : De la caillasse débarrassée d’arbres, une hauteur où l’air est plus pur que dans les vallées et un silence que perturbe à peine les éboulis provoqués par des chamois surpris de rencontrer des humains.

Le père de Pietro occupe durant de nombreuses pages le devant de la scène, Pietro se contentant de suivre ce père randonneur toujours d’attaque, alors que sa mère attend leur retour au village mais noue également des relations avec les villageois, et notamment avec la mère du jeune Bruno avec qui Pietro entame une amitié qui peu à peu donne une orientation nouvelle au livre. Leurs escapades estivales déterminent un lien qui forcira dans le futur. Pietro grandit, s'éloigne de ses parents et commence une carrière de documentariste. Il voyage au Népal et apprend un jour, là-bas, la disparition de son père ainsi que l’héritage que celui-ci lui a fait. Bruno resurgit alors dans sa vie et le titre du livre prend alors tout son sens.

A l’évidence Paolo Cognetti nous raconte une histoire autobiographique qu’il a transformé en conte philosophique. Son livre est profond, empathique, il communique des sentiments universels depuis une contrée isolée que l’on a tôt fait d’adopter. Toute la force de ce livre semble venir de ce Grenon, tel qu’il nous est décrit, des saisons qui le gouvernent et de l’attraction de ce lieu pour Pietro où qu’il se trouve.  

On peut ne pas aimer la montagne mais il est impossible de ne pas aimer ce livre. 

Un baobab pour Lady Lily

Un baobab pour Lady Lily de Caroline Hurtut et Amandine Dugon, Rêves bleus Editions d'Orbestier, 15 euros:

Lady Lily, dame d'un âge respectable, cultive avec passion son très beau jardin anglais dont l'élégance et le raffinement illuminent le quartier. Heureuse et fière d'un tel résultat, elle regarde chaque jour avec curiosité et émerveillement ses fleurs s'épanouir et s'amuse à en planter de nouvelles. Mais quel ne fut pas son étonnement de découvrir un matin un petit bananier se développer à l'endroit exact où elle avait planté la veille un pied de glycine! Et que dire quand les jours suivants le phénomène se reproduisit au point que son beau jardin anglais se transformait peu à peu en un jardin de plantes exotiques des plus luxuriants...
Une lettre trouvée au milieu de ses fleurs lui permettra de lever en partie le voile sur l'origine de ce mystère mais elle lui permettra d'ouvrir son cœur à la plus belle des magies.

Une histoire tendre empreinte de poésie et de finesse 
que l'illustration rend à merveille par ses couleurs et son style!

Corto Maltese Equatoria de Juan DIAZ CAZALES et Ruben PELLEJERO

Corto Maltese Equatoria de Juan DIAZ CAZALES et Ruben PELLEJERO aux éditions Dargaud, 16 euros.

Les aventures de Corto Maltese ont repris. Cette deuxième tentative de ressusciter le génie d’Hugo Pratt ne plaira évidemment pas à tout le monde. Pourtant un certain esprit règne sur Equatoria qui n’atteint certes pas la magie narrative qui porta si haut Corto Maltese, Hugo Pratt étant parvenu à extraire son personnage de l’espace alors confiné de la bande dessinée considérée comme un genre mineur destiné à la jeunesse. 

L’invention de Corto Maltese avait déjoué toutes les critiques et c’est en relisant les premiers Corto que l’on voit à quel point l’expérience aussi bien textuelle que graphique demeure aujourd’hui encore très intense. Il n’empêche que nos deux auteurs « repreneurs » du mythe parviennent à broder hardiment leur histoire autour d’un Corto Maltese  qui ne joue sans doute pas dans la même catégorie que son prédécesseur mais dont quelque chose indubitablement subsiste.  Equatoria débute à Venise où Corto embarque en galante compagnie mais délesté de son vague à l’âme. Au lecteur de tenir bon et de ne pas hériter à son tour de la mélancolie si particulière de son héros. 

A l’approche de Malte où l’on ne peut accoster en raison du choléra qui y sévit, une belle idée des auteurs transforme la côte lointaine de l’île en une silhouette féminine couchée sur la mer. Elle dialogue avec Corto : « Quand nous reverrons-nous ? » lui demande t-elle. 
Ce message languissant peut-être perçu comme une plus ou moins consciente requête d’Hugo Pratt lui-même regardant passer sa créature, impuissant à la faire venir à lui. L’allégorie est belle et donne une profonde inspiration à l’histoire.

Beaucoup de femmes entourent aussi Corto Maltese dont la présence semble suffire pour conjurer les dangers que ces dames encourent. A Alexandrie, première étape du voyage, Constantin Cavafis le poète et Winston Churchill en jeune diplomate imbu de ses bons mots font office de guest-star puis Henry de Monfreid apparait sur son bateau de marchand d’armes de la mer rouge.  Le suspense n’est, à vrai dire, pas vraiment la force d’Equatoria mais sa traversée de l’Afrique est, en revanche, convaincante.

Il faudra certainement encore quelques albums pour que les auteurs obtiennent tout le crédit des inconditionnels d’Hugo Pratt. Pour les autres, amateurs bienveillants d’aventures exotiques, Equatoria est tout à fait recommandable.