vendredi 31 janvier 2020

Vies à vies : rencontre avec Corinne Bret à l'Hôtel Ville d'Hiver

 Vies à vies : rencontre avec Corinne Bret à l'Hôtel Ville d'Hiver le 7/02 à 16h




VIES À VIES 重なる水平線 Un livre tête-bêche, entièrement bilingue, pour des portraits croisés de femmes et d'hommes de la baie de Kesennuma et du Bassin d'Arcachon....
9 ans après le tsunami qui a anéanti les trois régions du Nord-Est du Japon ( Iwate, Miyagi, Fukushima ), villes et villages se reconstruisent lentement, bien loin des néons de Tokyo.
L'idée de ce livre, bilingue, de portraits croisés de femmes et d'hommes de la baie de Kesennuma et du Bassin d'Arcachon est née lors d'une visite à des sinistrés d'un centre d'hébergement en 2014. Corinne Bret a eu envie de leur dire «On ne vous oublie pas». Elle s'est alors souvenue que vers 1970, les huîtres de la région de Miyagi ont sauvé l'ostréiculture du Bassin d'Arcachon.
Au-delà de ce lien qui unit les deux régions, l'ouvrage dévoile une aspiration commune : celle d'aller de l’avant, de (re)construire et d'évoluer dans le respect d'un environnement naturel et culturel. Écoliers, lycéens, pêcheurs, ostréiculteurs, agriculteurs, défenseurs de la nature, artistes... autant de "Vies à Vies", si éloigné(e)s et si proches à la fois.
Corinne BRET a vécu plus de trente ans au Japon, où elle a été correspondante de presse et auteur de plusieurs ouvrages en japonais (essais, livres d’art pour enfants).

Le courage des autres d'Hugo Boris

Le courage des autres d'Hugo Boris, éditions Grasset, 17 euros


Hugo Boris nous réserve bien des surprises dans le choix de ses sujets de romans qui, à chaque fois, sont aussi divers que passionnants. 
Le courage des autres pose une question que chacun d'entre nous se contentera d'éluder, de peur d'en connaître la réponse : quel comportement avons-nous dans les transports en commun?
L'auteur se met en scène lui-même comme spectateur de situations qui vont des plus cocasses aux plus injustes et révoltantes, nous impliquant dans une posture qui s'apparente à celle qui, justement, nous habite dans le métro, le RER ou le bus.
Que faire si l'on entend ou voit une altercation, une dispute virulente, une conversation dont le sujet nous dérange? Que ressentir à la vue d'un bulletin de salaire misérable déplié par une femme au beau milieu de la rame bondée ? Au contraire, comment se comporter devant une démonstration d'humanité et de fraternité qui survient, là, quelque part sur le trajet de la ligne B du RER?
Est-on en dehors de tout ça ou sommes-nous profondément concernés? Ainsi à la lecture de ce livre nous ne regardons plus Hugo Boris dans le métro parisien, mais bien nous-mêmes, dans notre lâcheté parfois, dans notre bravoure à d'autres moments. Prévenir un homme qui est assis au bord du quai qu'un métro arrive dangereusement tient pour certains de l'héroïsme, là ou d'autres verraient une réaction normale. 
L'auteur lui-même ceinture noire de karaté affronte ce paradoxe entre sa rigueur et sa force mentale dans la vie, et cette capacité à s'évaporer une fois qu'il est en contact avec l'inconnu. Le métro devient un lieu qui a la fois annihile les sentiments et les exacerbe.
Le travail d'Hugo Boris dépasse la littérature pour devenir un outil d'analyse sociologique. En se posant lui-même en "témoin", il part de l'intime pour rejoindre un mal du siècle, celui d'être difficilement capable de vivre les uns avec les autres.

Ma retraite d'Abraham Martinez

Ma retraite d'Abraham Martinez, éditions Bang, 20 euros


A l'heure de la réforme des retraites, il y en a une à laquelle nous n'avons jamais pensé, et pour cause, l'homme en question est mort avant de pouvoir y prétendre.
Abraham Martinez reprend la controverse selon laquelle Adolf Hitler ne s'est pas suicidé dans son bunker en 1945, mais aurait organisé sa fuite en Argentine.
Prendre sa retraite, pour un dictateur, signifie devenir anonyme alors même qu'on a fondé sa réputation sur son charisme, sa capacité à manipuler, et à être à l'origine des pires des décisions. Dès le lendemain de sa fuite, Adolf Hitler, moustache rasée et cheveux en bataille, s'apprête à se mêler à la foule et à vivre l'angoisse de se faire démasquer. Avant de faire table rase du passé, une dernière mission l'obsède, tuer Ludwig Wittgenstein, son compagnon de classe d'école. Un dernier juif avant de se faire définitivement oublier. Il a oublié la pire des épreuves: voir le monde tourner sans lui, l'Europe basculer dans le communisme, l'Allemagne punir ses criminels de guerre.
Non sans humour, vous l'aurez compris, Abraham Martinez revisite l'Histoire en remettant au cœur de l'actualité le mécanisme de la dictature.

Charivari à Cot-Cot-City de Marie Nimier et Christophe Merlin

Charivari à Cot-Cot-City de Marie Nimier et Christophe Merlin, éditions Albin Michel Jeunesse, collection panda poche, 5.50 euros
"Bienvenue à Cot-Cot-City, le village du bonheur! 
Ici, tout marche comme sur des roulettes. 
Ici tout le monde mange à sa faim. 
Médaillée "charme" et tradition, cette bourgade, située dans le département de la Crête d'or, est devenue en quelques années la capitale gastronomique du poulet."

Et les poulets dans tout ça, s'ils avaient leur mot à dire? C'est ce qu'a imaginé Marie Nimier dans cette histoire qui vient de paraître en petit format pour être lue partout. On y lira la rébellion des poulets, après qu'un des leur, le numéro 69, ait goûté la liberté et l'amour pour une girouette (qui n'a pas beaucoup de répondant, du haut de son clocher).
Résister à l’oppression quitte à y laisser des plumes, voilà le grand défi des poulets de Cot-Cot-City pour retrouver leur dignité.
A partir de 6 ans









vendredi 24 janvier 2020

Festival international de la Bande-Dessinée d'Angoulême





La librairie vous donne rendez-vous pour la 47ème édition du festival international de la Bande-Dessinée d'Angoulême qui a lieu du 30 janvier au 2 février prochains. 
Comme tous les ans nous mettons à l'honneur le huitième art dans notre vitrine, et nous suivrons avec attention les prix décernés, car y figurent nombre de nos coups de cœur! 

Voir le programme https://www.bdangouleme.com/

La Bande-Dessinée à l'honneur! Payer la terre « Redonner à la nature ce que la nature nous a donné » de Joe SACCO

Payer la terre « Redonner à la nature ce que la nature nous a donné » de Joe SACCO aux éditions Futuropolis & XXI
Aller à la rencontre la rencontre des premières nations des territoires du nord-ouest canadien est l’autre façon d’appréhender ce volumineux reportage traité sous la forme de Bande-Dessinée par un des maîtres du genre déjà reconnu avec, entre autres, Gaza 1956, The fixer, Une histoire de Sarajevo et La Grande Guerre : le premier jour de la bataille de la Somme.

Cette histoire du peuple autochtone Dene peut intéresser un public impliqué dans l’écologie si tant est qu’il soit averti du problème central des ressources terrestres et de ce qu’elles ont précipité d’un point de vue humain, c’est à dire culturel.

Les Dene ont toujours habité ce lieu excentré des terres du nord-ouest du Canada où les températures avoisinent celles de la Sibérie. Peuple chasseur, piégeur, pêcheur, les Dene sont des hommes et des femmes de la forêt, autonomes, isolés et cependant parfaitement acclimatés à leurs rudes conditions d’existence. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le gouvernement arriviste blanc n’avait considéré ces terres éloignées comme détentrices de richesses qu’il se devait d’exploiter. Gaz, pétrole et pourquoi pas or ont amené les colons à investir non seulement les lieux mais aussi à forcer les Dene et d’autres peuplades autochtones à se plier à la civilisation blanche, à leur langue et bien sûr leur religion. 

Joe Sacco est venu et a interrogé une foule de personnes témoins de ce qui s’est produit sur ces terres. C’est donc un recueil que Joe Sacco a scrupuleusement retranscrit tout en dessinant les intervenants comme une procession qui amplifie au fur et à mesure la complexité d’une situation à première vue désastreuse. 

C’est au fond d’une mine que Joe Sacco émet un avis - son analyse est rare -  à plusieurs centaines de mètres sous terre, parce qu’on a voulu lui montrer comment, de l’extraction de l’or, il faut traiter de la poussière de trioxyde de diarsenic, substance mortelle même à très petites doses que l’on stocke (237 000 tonnes !) sur le site même de la mine. Une sorte de conclusion lui traverse l’esprit : 

« Je suis venu dans les territoires du Nord-Ouest pour rencontrer les Dene, qui ont de par leurs traditions, une perception de leur place dans la nature plus éloignée de moi que tout ce que j’avais pu connaître jusqu’alors. J’en ai appris un peu sur eux, mais surtout dans les domaines où leurs vies et nos besoins se recoupent. Je repartirai avec de nombreuses questions sans réponses au sujet de mes hôtes autochtones, mais pour l’instant, à plusieurs centaines de pieds sous terre, après que l’on m’a longuement vanté les merveilles technologiques de l’assainissement, ma principale interrogation porte sur mon espèce, sur nous. Quelle est la vision du monde d’un peuple qui ne murmure ni remerciements ni prières, qui extrait tout ce qu’il veut de la terre, et paie ses dettes avec de l’arsenic? »





Spécial nouvel an chinois : Shaolin, pays de Kung-Fu de Pierre Cornuel






Shaolin pays de Kung-Fu de Pierre Cornuel, éditions HongFei, 16.90 euros



Le bonheur est au-delà de la peur...

Mengmeng vit dans un petit village au cœur de la Chine, élevée par sa tante Lina qui tient un étal de fruits sur le marché.
Un jour, alors que des brigands viennent piller le village, Mengmeng s'enfuie le plus loin possible pour être finalement recueillie par des moines de Shaolin. Elle y rencontre Kun-Yi et Maître Jong, pour apprendre l'art du Kung-Fu.
Observer, être patiente, synchroniser ses mouvements, apprendre l'échec avec humilité, toutes ces étapes sont essentielles pour apprendre à maîtriser ses émotions, elle qui ne sait pas si sa tante est encore en vie.
A mesure qu'elle apprend la solidarité et la solidité mentale, aura t-elle le courage de les mettre en pratique pour revenir dans son village?
Ode à la maîtrise et au dépassement de soi, voici un album pour découvrir une tradition et pratique culturelle chinoise en apparence très connue grâce aux films d'arts martiaux, mais dont les valeurs et la discipline restent toujours mystérieux pour nous.
A partir de 6 ans.



Une pensée solidaire pour le peuple chinois qui subit en cette période traditionnellement festive des évènements tragiques.


Icebergs de Tanguy VIEL

Icebergs de Tanguy VIEL aux éditions de Minuit, 13 euros.


À la page des remerciements, Tanguy Viel révèle qu’Icebergs a réclamé plusieurs années - de cogitation (il ne le précise pas) - plutôt que de rédaction car le livre est court mais non dénué de terme choisis et souvent rares lorsqu’il fallait signifier au plus près la quête et l’enfoncement précieux que réclamait la pensée propre de l’auteur qui fait à coup sûr de ces « Icebergs » un livre unique dans son œuvre.

On peut justement ressentir, au terme de sa lecture qu’il est possible de croire difficile, une évolution probablement engendrée par la difficulté à atteindre au final une forme libératrice, et un plaidoyer pour une littérature que Tanguy Viel cherche à promouvoir à nouveau au moment où domine une autre littérature « si prête à se faire sociologie ou reportage au travers de la première fiction venue » et qui remporte tous les suffrages au détriment, écrit-il encore, de celle qui « laisse infuser dans la syncope d’une phrase, dans la fragilité d’un narrateur, dans la douceur inquiète d’un style, dans l’inachèvement d’une forme, cette grande fraternité du chuchotement, où ne nous console au fond que de croiser d’autres errances ».

En concluant ainsi son ouvrage, Tanguy Viel ne ramène rien à lui-même. Une culture multi-séculaire a fait depuis longtemps son chemin et toute l’histoire de la littérature en a été à son profit parcourue. Cicéron, Christine de Pizan, Sigmund Freud, Goethe, Henri-Frédéric Amiel, Montaigne, Anaïs Nin, Virginia Woolf, Sénèque, Dante, Jorge Luis Borges, Antonin Artaud, Henri Bergson, Marcel Proust, Aristote, Malcolm de Chazal, Italo Calvino, Rainer Maria Rilke, Boris Pasternak, Marina Tsvetaeva, Maurice Blanchot et bien sûr quelques autres sont convoqués dans Icebergs et justifient glorieusement son titre que l’on doit, précise humblement l’auteur, à une certaine Nadine.

vendredi 17 janvier 2020

Croire aux fauves de Nastassja Martin

Croire aux fauves de Nastassja Martin, éditions Verticales, 12.50 euros


"Anthropologie: science située à l'articulation entre les différentes sciences humaines et naturelles, qui étudie l'être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels".

Rien ne peut préparer une personne, quelle qu'elle soit, à se faire attaquer par un ours. Le 25 août 2015, alors qu'elle marche dans les montagnes du Kamtchatka, l'anthropologue se retrouve face à face avec un fauve. Si elle avait détourné le regard, peut-être tout aurait été différent, l'ours ne l'aurait pas attaquée, elle aurait gardé son beau visage, la bête aurait peut-être tourné les talons. Cette rencontre pure et simple aurait déjà pu alimenter l'écriture d'un livre.
Si on demande aujourd'hui à Nastassja d'imaginer sa vie sans cette "rencontre", cette confrontation physique, ce combat furtif durant lequel son visage et la gueule de l'ours n'ont fait qu'un, elle ne voudrait pas. Elle irait jusqu'à nous confier qu'elle recherchait cet événement, depuis toujours peut-être. Et cela malgré la lente, très pénible convalescence qu'elle a éprouvée, au cœur d'une guerre médicale entre hôpitaux russe et français, "détachée de son corps tout en l'habitant encore."
Que peut-elle faire pour chercher un sens à sa douleur? Ce qu'elle sait le mieux : faire de l'anthropologie. Sur les terres du Kamchatka, les êtres ne se rencontrent pas par hasard, ils sont guidés par leur traditions, leurs instincts, leurs croyances, leurs rêves et leur destinée sur Terre. 
Si elle est une victime en France, elle devient en Russie une miedka, mi-ourse, mi-femme. Avec une raison d'être, une ligne de vie, dans laquelle elle trouve, au contact des peuples indigènes, la juste corrélation entre la nuit et le jour, entre ses rêves et la réalité.

Croire aux fauves est un récit d'introspection, d'aventures et de découvertes sur une jeune femme croyant aussi bien au raisonnement scientifique qu'aux miracles de la vie.

 C'est toujours comme ça ici, rien ne se passe jamais comme on veut, ça résiste. Je pense à toutes ces fois où le coup ne part pas, où le poisson ne mord pas, où les rennes n'avancent pas, où la motoneige toussote. C'est pareil pour tout le monde. On essaie d'avoir du style mais on trébuche, on s'enfonce, on clopine, on tombe, on se relève.


Amertume Apache de Joann SFAR et Christophe BLAIN

Une aventure du Lieutenant BLUEBERRY d’après l’oeuvre de Jean-Michel CHARLIER et Jean GIRAUD, Amertume Apache de Joann SFAR et Christophe BLAIN aux éditions Dargaud, 14,99 euros.


Grande affaire que de reprendre Blueberry mais les non-initiés peuvent se rassurer, l’histoire d’Amertume Apache est d’autant plus réussie qu’elle annonce une suite intitulée Les hommes de non-justice.

Beaucoup de morts, de violence et de désir encadrent cet épisode du "Corto Maltese de l’ouest" mieux connu sous le nom de Mike Blueberry.
Dans ce Far West sauvage, qui sont les plus cruels ? Les Apaches parce qu'ils ont tué de sang froid une femme seule dans sa ferme (Brigitte Bardot apparaissant courtoisement pour le rôle) ou bien ces deux jeunes stupides fils du chef de la concession minière que l'ont voit au tout début tenter de violer une indienne sortant de la rivière ?
Toujours est-il, voilà deux victimes propres à mettre le lieutenant Blueberry dans une belle colère et dans un sacré pétrin. Homme de paix et de confiance auprès des Apaches, il n'en demeure pas moins un homme blanc. 

Alors quel meilleur endroit pour mettre un peu d'ordre dans ses pensées que le fort Navajo où l'attendent de pied ferme l'incandescente Ruth (Claudia Cardinale dans sa période Il était une fois dans l'ouest!) et, dans une moindre mesure, son chef de camp de mari avec qui il va tâcher d'éviter une guerre avec les Indiens ?

Comme chez Corto (décidément) les tracasseries pullulent aussi bien chez les Blancs que chez les Apaches dont ont découvre ici un sens aigu de l'enquête ainsi qu'un art bluffant au jeu de cache-cache.


Vous l'aurez compris, un peu d’humour n'est pas de trop au pays des cowboys et des Indiens, et d'ailleurs, quel message nous ont glissé les auteurs en introduisant un intrigant personnage promoteur du progrès (aux airs impénétrables de Charles Denner) qui propose à quiconque (et à Blueberry en particulier) de défier sa tireuse d'élite !



Notre maison de Walid Taher

Notre maison de Walid Taher, traduit de l'arabe (Egypte) par Mathilde Chèvre, éditions Le port a jauni, 13 euros.



"Notre maison est pleine d'escaliers et de pentes et, tout au long de la journée, on monte, on descend, on monte, on descend, sans autre but que de descendre et monter".

Cette maison est bien originale et parfois même étrange: véritable labyrinthe qui transforme l'album en "cherche et trouve", on y est le bienvenu. On peut y danser, faire du vélo, de la voiture, jouer à cache-cache, dessiner. On peut y voir, y imaginer ce que bon nous semble, au fur et à mesure des événements du quotidien (manger, se laver, dormir, regarder la télé).
Avant d'y entrer, n'ayez crainte, il n'y a pas de règles sauf les plus élémentaires: se respecter, s'aimer, partager et rire.
Les éditions Le port a jauni (voir leur site) nous offrent une nouvelle fois matière à rêver et se surpasser.
A partir de 4 ans.




vendredi 10 janvier 2020

Berta Isla de Javier MARIAS

Berta Isla de Javier MARIAS aux éditions Gallimard, 23 euros.


Qu'est-ce qu'être espion ?
Après que l'on a éludé toute l'imagerie propre à James Bond (de Ian Flemming of course), que l'on a frayé avec les tractations intellectuelles de Graham Greene (Le facteur humain, for example) ou encore disputé quelques parties d'échecs en compagnie de John Le Carré (celui qui venait du froid), une question néanmoins demeure: quel type d'existence "normale" (avec femme et enfants voire ami(e)s) est en droit de mener un espion ? Et quelle vie fait-il mener à ceux-là ? Que sauront-ils ? Cette femme qu'il considérera malgré tout comme la plus proche de lui, que lui dira t-il ? Que lui cachera t-il ?

C'est à cette femme-là qu'a pensé Javier Marias à l'origine de ce  roman. Aux tourments fatals qu'engendrerait une telle liaison du côté de l'ignorante, de celle qui immanquablement sera trompée.
Voici Berta Isla, jeune femme madrilène, épouse de Tomas Nevison qui est rentré de ses études en Angleterre (Oxford) avec un emploi au Foreign office et en prime une belle carrière qui s'annonce dans sa ville, Madrid.

Que faudra t-il à Berta pour comprendre que les absences régulières de Tomas ne sont pas liées à son prétendu métier diplomatique ? Ses voyages qu'il lui annonce à Londres sont un écran total à ses activités réelles.
Berta Isla doit se résoudre à cette ignorance absolue des relations et des actes de Tomas sitôt qu'il est parti (et d'ailleurs où ?).

Le lecteur du roman de Javier Marias a lu, en préambule, un épisode décisif qui a dérouté Tomas Nevison de la voie qu'il s'était choisie. Dès lors, ce coup d'avance, pris par le lecteur, ajoute à son accompagnement du cheminement de la conscience de Berta (jusqu'à sa résolution finale), une perspective que l'écriture de Javier Marias rend ensorcelante et qui n'est pas sans rappeler par endroits le livre d'Ira Levin Rosemary's baby (ou son adaptation au cinéma par Roman Polanski). Voilà une mesure de l'intensité atteinte par Javier Marias. 

Blake et Mortimer - tome 26 - La vallée des immortels tome 2 d'Yves SENTE, Teun BERSERIK, Peter VAN DONGEN

Blake et Mortimer - tome 26 - La vallée des immortels tome 2 d'Yves SENTE, Teun BERSERIK, Peter VAN DONGEN aux éditions Dargaud, 15,95 euros.


Les amateurs ne l'auront pas manqué, le tome 2 de La vallée des immortels est une pierre magistrale à l'édifice Blake et Mortimer repris depuis plusieurs années par le caméléonesque scénariste nommé Yves Sente.

Ce n'est pas un hasard si nous avons fait la chronique de l'une de ses productions récentes (la série XIII) dont il tient également les commandes depuis bon nombre d'épisodes et cela sans compter sa participation à une autre série majeure (Thorgal).

Yves Sente n'est bien évidemment pas le seul à collectionner aventures et personnages de prestigieuses ou moins prestigieuses séries. La vie de René Goscinny que Catel (et Anne Goscinny) nous ont proposé sous la forme d'un roman graphique (dont Catel s'est fait une spécialiste) est un exemple probant du statut de scénariste qu'il ne faut pas occulter au moment où le festival d'Angoulême va bientôt ouvrir ses portes (le 30 janvier).

Si les dessinateurs sont souvent les vedettes de ce type d'évènements, s'ils ont les honneurs des files d'attente (et doublement lorsqu'ils sont eux-mêmes scénaristes de leurs propres dessins), les scénaristes de profession, à l'image de ce que vient de fournir Yves Sente avec cette livraison numéro 2 de La vallée des immortels, sont les talents indissociables à une bonne Bande Dessinée car sans histoire...


Le marchand de bonheur

Le marchand de bonheur de Davide Cali et Marco Soma, éditions Sarbacane, 16.50 euros, 3/6 ans



Il est des albums jeunesse qui vous enchantent parfois et, si une chose est sûre, c'est bien que celui-ci émerveillera petits et grands. 

Monsieur Pigeon a l'un des plus beaux métiers du monde: il est colporteur de ... bonheur ! Et oui, ça existe. Avec sa camionnette remplie de pots de bonheur de tous les formats, Monsieur Pigeon est d'ailleurs très demandé et ne cesse de parcourir les chemins à la rencontre de Madame Huppe, Madame Rossignol, Monsieur Faisan ou même encore de cette vieille Madame Rouge-Gorge qui n'a pas beaucoup de moyens mais qui tient quand même à offrir quelques petits pots à tous ses petits-enfants. Ces derniers ont déjà tout d'ailleurs mais le bonheur de Madame Rossignol n'est-il justement pas dans ce plaisir de faire plaisir ?

Si l'histoire qui nous est contée est en elle-même déjà belle et poétique, la magie de ce livre se révèle peut-être encore davantage à travers les magnifiques illustrations de Marco Soma qui invente ici un univers unique et d'une très grande finesse.



vendredi 3 janvier 2020

Avant que j'oublie de Anne Pauly

Avant que j'oublie d' Anne Pauly, éditions Verdier, 14 euros


Il y a deux raisons qui nous poussent à ouvrir un livre dont le sujet peut paraître difficile, osé, voire pour certains, insurmontable.
La première, c'est que nous avons vécu, de près ou de loin, le même évènement que le personnage principal, et nous voulons avoir son interprétation, le regard de l'auteur comme une sorte de miroir de notre vie.
La seconde, et c'est sur celle-là que nous nous rejoindrons tous, c'est parce que nous croyons au pouvoir infini de la littérature de nous emmener sur des terrains glissants dont l'issue est salvatrice.

Anne Pauly, dans un texte court de 130 pages, parvient à nous inclure dans son deuil sans nous y enfermer. Elle décrit avec simplicité le jour d'après la mort de son père, puis les suivants. Pour comprendre ses émotions, nous replongeons dans la vie de cette maison en région parisienne, à Carrières-sous-Poissy, où son père a accumulé un nombre incommensurable d'objets du quotidien, bibelots, cadres, listes, etc.
Au lendemain de sa mort, Anne gère l'urgence, "ce qu'il faut faire", les appels, les actes de décès, la préparation de la cérémonie. Puis vient le temps du questionnement: qui est ce père qui peut aussi bien paraître violent que fervent lecteur de spiritualité zen? A travers les livres de sa bibliothèque, Anne retrace son histoire et son ascension sociale, lui qui était issu d'un monde ouvrier et parvenu à gravir des échelons pour trouver le confort d'un travail en informatique.
Elle retrace en même temps son histoire à elle tout en portant un regard juste et respectueux sur ses parents, désirant avant tout comprendre ce qui reste de lui. C'est en creusant qu'elle trouvera une réponse correspondant à ses attentes, grâce à une amie d'enfance de son père dont le point de vue va la bouleverser, de même qu'elle nous touchera nous, à mesure que l'on découvre le contenu d'une lettre qu'elle lui envoie.
Que reste t-il des personnes qui partent? Le plus fondamental, c'est la trace qu'ils laissent en nous. On peut, comme le titre de ce roman l'indique, oublier les détails, les objets, mais jamais ce que ces personnes ont fait de nous. Avant que j'oublie est un témoignage puissant, libérateur et paradoxalement teinté d'une belle légèreté, sur le pouvoir des mots après le départ de ceux qui les ont prononcés.



Moi, maman? de Tiffany Cooper

Moi, maman? de Tiffany Cooper, éditions Eyrolles, 14.90 euros


La maternité vue par Tiffany Cooper est bien proche de ce que peut être le télescopage entre les désirs et la réalité. "Trouver l'amour, se marier et faire des enfants" fait partie des litanies qu'elle détestait entendre et qu'elle s'était juré de rejeter toute sa vie.
Elle n'avait pas pensé que l'amour pouvait lui tomber dessus sans qu'elle le cherche, et qu'un enfant pouvait lui tomber dessus sans qu'elle ait forcément travaillé ou pensé la question.
Chaque planche de cette Bande-Dessinée, aussi drôles les unes que les autres, nous emmène dans l'univers plus qu'imparfait de sa grossesse à la naissance de son fils, en passant par tous les questionnements, remarques, épreuves que cela comporte. 
Une lecture humoristique parfaite pour relativiser, rire un bon coup de nos petites manies à l'approche de l'arrivée d'un bébé.





Othon, le roi qui interdisait tout, d'Hubert Ben Kemoun et Sébastien Pelon

Othon, le roi qui interdisait tout, d'Hubert Ben Kemoun et Sébastien Pelon, éditions l'Elan vert, 15 euros


Comment peut-on oublier nos rêves d'enfant? Othon s'était pourtant juré de toujours rester heureux, libre et d'admirer toute sa vie les merveilles de la nature.
Seulement voilà, son destin le mène sur le trône pour succéder à la place du roi. Avide de pouvoir et de nourriture, très susceptible, Othon ne tarde pas à interdire tout ce qu'il ne domine pas, à commencer par la musique.
Son royaume devient triste et austère, montré du doigt par ceux qui y sont étrangers. C'est tout seul, emprisonné dans une tour, qu'Othon retrouvera les parfums de l'enfance et de la liberté.

Un texte rimé et chantant pour évoquer les dérives du pouvoir et célébrer très joliment la magie de l'enfance.