vendredi 30 novembre 2018

Tea Time de Noël

Pour glisser doucement dans l'esprit festif de Noël,

La Librairie Générale 

 poursuit son cycle de dégustations

avec la Torréfaction d'Arcachon

Vendredi 7 Décembre

Dès 10 heures venez découvrir la boisson (chaude) offerte à toute personne effectuant un achat à la librairie.

Une invitation pensée sous le signe de l'amitié qui nous lie aux bienveillants officiants de cette institution de qualité.

Le bruit du dégel de John Burnside

Le bruit du dégel de John BURNSIDE aux éditions Métailié, 22 euros.

A l’évocation de l’éditrice Anne-Marie Métailié (qui aura trente ans d’activités en 2019), l’Amérique latine aussitôt surgit. Ce serait passer sous silence un travail de longue haleine sur de grands noms de la littérature allemande, portugaise, italienne, scandinave et écossaise. 

Keith Dixon dirige la Bibliothèque écossaise constituée de chefs-d’œuvre aussi impérissables et éclectiques tel le mythique et visionnaire Lanark d’Alasdair Gray, l’insolite et fascinant Young Adam d’Alexander Trocchi, le splendide et poignant Poinçonneur Himes de James Kelman ou encore l’intense et historique Sunset song de Lewis Grassic Gibbon.

A l’ombre de ces géants, John Burnside est un écrivain porteur d’une œuvre singulière qui débuta en France avec l’étrange et glaçante Maison muette et continua par de régulières traductions jusqu’à Scintillations, son livre jusqu’ici le plus connu. 

Le bruit du dégel qui a paru à l’automne ne vient nullement démentir le grand talent de cet auteur, il semblerait au contraire l’amplifier. 

La prose de John Burnside a la douceur de ses deux principaux personnages que sont Jean Culver et Kate Lambert. Deux femmes représentant l’état psychologique d’une Amérique provinciale pourvue d’une réflexion apaisée et néanmoins critique sur l’histoire de leur pays. 

Jean Culver est une femme âgée d’une petite ville de Virginie qui vit dans une maison très différentes de ses voisines. La végétation de son jardin y est plus dense au point que l’on croirait qu’elle vit au fond des bois. Le jour où Kate Lambert lui rend visite, Jean Culver coupe du bois.

Kate Lambert se présente comme une enquêtrice travaillant pour un cinéaste, son ami Laudrits, artiste expérimental qui l’a envoyé dans les rues de la ville pour recueillir des histoires. 

En pénétrant chez Jean Culvert, Kate Lambert ignore qu’une profonde amitié va se tisser avec cette femme qui accepte de lui confier quelques histoires en rapport avec sa vie. Elles décident de se revoir dans un café que fréquentent Jean Culver ainsi que d’autres gens à la fois discrets et singuliers. 

Commencent alors les révélations de Jean Culver à propos de sa famille et d’elle-même. Kate Lambert qui sent combien sa propre vie se trouve dans une impasse s’imprègne de ces histoires. 

Le bruit du dégel est une musique apaisante et bienveillante qui s’écoule à la sortie de l’hiver. De la glace en train de fondre.

John Burnside y fait apparaître une série de personnages, pudiques et attentionnés, à la recherche d’une cohérence au cœur d’un pays où la violence demeure toujours et malgré tout tapie quelque part.

Cyberfatale, si ça sort, on est morts de Clément OUBRERIE & CEPANOU

Cyberfatale, si ça sort, on est morts de Clément OUBRERIE & CEPANOU aux éditions Rue de Sèvres, 15 euros.

Diantre! Une bande dessinée aurait contrarié les sphères les plus hautes de la sécurité française y compris l’éminent constructeur national d’avions militaires. 
Voilà ce que nous a révélé, il y a quelques semaines, un journal satirique bien connu. 

Vérification faite, Cyberfatale plonge effectivement dans l’univers, parait-il, ultra-protégé de la défense nationale. 
Le Balardgone est le (nouveau) siège du ministère de la défense où s’échinent 24h/24h dans une salle remplie d’écrans les surveillants du cyberespace qui protègent la France des cyberattaques. Sont-elles russes ? chinoises ?« barbues » ? américaines ?

Une petite nouvelle débarque un matin dans cet univers. Affublée du grade de lieutenant elle se plie au rituel du cross matinal. En petites foulées, elle entend de drôles de conversations énoncées dans un langage HTML où les acronymes déterminent ou non une appartenance au monde cyber. Signalons, si besoin, qu’un glossaire a été glissé à la fin de l’ouvrage et permet, selon ses propres motivations, un repérage au cœur de cette redoutable jungle langagière. 

Notre débutante vit cette expérience comme un rêve. Le lieu décidant de la bonne marche du monde. 
Une de ses supérieures, plus aguerrie, lui confie en aparté, le temps d’une descente en ascenseur vers les sous-sols sacrés, qu’en tant que femme promue dans un monde de machos, ne jamais sourire et, mieux, faire la gueule est une règle. De plus, il faudrait qu’elle cesse de se mettre au garde à vous à tout bout de champ.

Dans ce sanctuaire du grand secret, tout irait pour le mieux, si, pour quelques secondes, juste assez pour créer une tempête, une apparition du président de la république en slip kangourou sur les écrans du Balardgone ne sidérait nos amis de la cybercontre-attaque. Loufoque et sans aucun doute volée, l’image est une provocation venue de nulle part mais avec un pouvoir de destruction massif à l’encontre de ceux chargés de la sécurité nationale. 
Il va falloir rendre compte auprès de l’Elysée de cet affront. 

Il s’agit d’un simple amuse-bouche au vu de l’affaire bien plus sérieuse qui va s’ensuivre au large de la Méditerranée orientale où une mission aérienne se prépare depuis le porte-avion de la marine française.

Un avion décolle en direction de la Syrie mais son pilote perd soudainement le contrôle de son appareil et doit se poser en urgence sur une route déserte en Turquie au milieu d’un troupeau de brebis. Que s’est-il passé ? Comment récupérer l’appareil et son pilote ? Comment ne pas ébruiter cet incident au moment où se négocie la vente d’une cinquantaine de ce type d'avions en Inde ?
Cette fois, c’est certain, une cyberattaque a bien eu lieu. 


On peut comprendre que l’on se soit ému en haut lieu du scénario proposé par Cyberfatale. L’aspect risible de l’affaire est parfaitement entretenu. Les protagonistes tout galonnés qu’ils soient sont croqués comme de grands enfants jouant dans une cour d’école que l’on trouvera un peu spéciale mais le contenu de leurs jeux reste à l’évidence le même. 



Les riches heures de Jacominus Gainsborough

Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rebecca Dautremer aux éditions Sarbacane, 19.50euros.

Le dernier album et l'univers de Rebecca Dautremer nous laissent sans voix, mais nous allons quand même devoir vous parler des Riches heures de Jacominus Gainsborough. L'ambition de l'auteur était de nous parler d'un sujet aussi vaste que commun: la vie. De quoi est faite justement la vie de Jacominus, depuis le moment où ses petites oreilles de lapin ont vu le jour, jusqu'à l'instant fatidique de sa mort? Vous pensez bien qu'une vie de lapin peut être extraordinaire, surtout quand on a une grand mère extra, des amis tous aussi présents et attentionnés, des parents bienveillants malgré leurs failles. Une vie faite de joies et de peines, de concessions, de renoncements, de courage, et surtout de rêveries, de rires partagés, et d'espoir. 
Chaque page de cet album est un émerveillement, une découverte d'un univers animal aux couleurs marquées et marquantes, avec des regards tantôt vifs, tantôt graves. De quoi nous faire rêver à notre tour, et apprécier notre propre vie, qui est tout aussi extraordinaire.



vendredi 23 novembre 2018

Dédicace de Michel Boyé samedi 24 novembre de 10h à 12h


Le Grand Débat au théâtre Olympia, c'est ce week-end!


Il s’agit d’une série de débats animés par philippe LAPOUSTERLE, ancien rédacteur en chef de RMC, autour des thèmes de société qui agitent nos consciences: philosophie, religion, libre opinion…
Sur scène : 
Philosophes, écrivains, observateurs de notre temps s’expriment autour de leurs derniers ouvrages.
Participez à ce rendez-vous et rencontrez ceux qui font l’actualité.
Au programme :
Vendredi 23 novembre, 18h : Nina Bouraoui « Tous les hommes désirent naturellement savoir »

Vendredi 23 novembre, 19h15 : Alexandre Adler « Le temps des apocalypses »

Samedi 24 novembre, 15h30 : Laure Adler « Dictionnaire intime des femmes »

Samedi 24 novembre, 16h45 : Fabrice Lhomme « Inch’allah : l’islamisation à visage découvert »

Samedi 24 novembre, 17h45 : Raphaël Glucksmann « Les Enfants du vide. De l’impasse individualiste au réveil citoyen »

Vendredi 23 et samedi 24 novembre
Événement gratuit: Les débats se déroulent sur la scène du Théâtre Olympia. Ils seront suivis de rencontres-dédicaces à l’espace Arlequin.
En partenariat avec la Librairie Générale et la Librairie des Marquises
Tél. 05 57 52 97 97

Dédicace d' Alain Juppé samedi 1er décembre de 11h à 13h


Le coeur converti de Stefan HERTMANS

Le cœur converti de Stefan HERTMANS aux éditions Gallimard 21,50 euros.

Vigdis Adelais et David Todros étaient de jeunes amoureux à Rouen en l’an 1070. Tous deux sont issus de familles aisées. Elle était la fille d’un des hommes influents de la ville, un descendant des vikings. Il était le fils du rabbin de Narbonne et il était venu étudier auprès des grands érudits de la ville de Rouen qui abritait alors une importante communauté juive. 

Vigdis et David amorcent ainsi une histoire parvenue jusqu’à nous grâce à deux parchemins retrouvés en Égypte  près de l’ancienne et aujourd’hui disparue synagogue de la ville (qui s’appelait alors Fustat). Les découvreurs ont mis à jour un lieu où s’entassaient des textes où était écrit Yahvé (le nom de Dieu) et que les juifs s’interdisaient de détruire. Les deux parchemins qui, parmi beaucoup d’autres, sont partis à destination des plus prestigieuses universités (dont Cambridge) sont deux trésors du patrimoine juif. 

L’histoire que reprend Stefan Hertmans de David et Vigdis est donc vraie. 
 Stefan Hertmans procède à une description de ce début de millénaire hanté par d’incessantes annonces de fin du monde et du retour de Satan. L’insécurité se propage à travers les campagnes et accompagne les deux héros qui ont fui Rouen. 

Vigdis Adelais par amour a choisi d’adopter la religion de David Todros. Choix rarissime car les juifs vivaient repliés sur eux-mêmes car ils étaient la cible de nombreuses persécutions. Le père de Vigdis a d’ailleurs tôt fait de lancer des chevaliers aux trousses des fugitifs qui vont, à pied, rejoindre Narbonne où les attend la famille de David. 

Il n’est pas souhaitable de dévoiler plus loin les épreuves qui attendent Vigdis et son futur époux. Stefan Hertmans lui-même ménage le suspense et dévoile avec un grand sens romanesque les différentes séquences de son récit. Minutieux, il se rend, quelques mille ans après Vigdis et David, à Rouen, à Clermont-Ferrand, à Narbonne mais aussi à Monieux le village du Vaucluse (où il réside l’été). Il va au plus près des monuments encore présents que Vigdis a peut-être vus. Stefan Hertmans s’est très fortement attaché à son héroïne dont l'histoire lui procure des émotions qui exacerbent son imagination. 

Le coeur converti est un grand voyage éblouissant vers un temps éloigné que l’on sent prodigieusement vivant.  

Le port des marins perdus de Teresa Radice et Stefano Turconi

Le port des marins perdus de Teresa Radice et Stefano Turconi aux éditions Glénat, 22 euros.Traduit de l'italien par Frédéric Brémaud.

Les lecteurs avertis reconnaitront les deux auteurs de cette Bande-Dessinée qui ont déjà fait l'objet d'un coup de cœur sur ce blog, pour Un amour minuscule. Dans ce dernier, nous suivions l'histoire d'un amour mis à l'épreuve par les guerres et les fantômes du passé.
Dans Le port des marins perdus, nous retrouvons cet densité de lecture au service d'une autre époque, celle des guerres napoléoniennes vues par le côté anglais, dans le domaine maritime. 

Alors qu' Abel, jeune homme aux traits lisses et innocents, se réveille sur une plage en ayant perdu la mémoire, il se remet très vite au travail en tant que mousse à bord du navire L'Explorer, au service du capitaine Roberts qui l'a pris sous son aile. Il se révèle au fil des jours très efficace malgré son jeune âge, doté de bons instincts de marin, solidaire avec ses compagnons, capable de jouer du violon comme personne, et même de faire tomber la pluie! Se posent alors les questions inévitables: qui était-il avant de perdre la mémoire?
Alors qu'il commence cette longue quête de soi sur la mer, il devra se confronter à la terre pour l'élucider. C'est à Plymouth que les marins posent le pied pour aller à la rencontre du monde, se ravitailler et profiter des plaisirs de la chair. C'est aussi pour Abel le moment de faire la rencontre de quatre femmes qui changeront sa vie à jamais: trois sont les filles d'un certain Abel Reynold Stevenson, la quatrième tient une sorte de maison close, et révèlera à Abel la clé du mystère lié à son existence.

La puissance du Port des marins perdus tient à cette richesse des relations humaines, qu'elles soient amicales, amoureuses, maternelles. L'accent du dessin est mis sur ces regards, ces non-dits, cette rage qui anime les personnages au moment où se scelle leur destin. Pour accompagner cette lecture, de nombreuses références à de la poésie et des chants plongent le lecteur dans une ambiance simplement géniale, faisant de cette Bande-Dessinée un ovni que les auteurs eux-mêmes appellent, à juste titre, "opéra graphique".


Aspergus et moi de Didier Levy et Pierre Vaquez

Aspergus et moi de Didier Levy et Pierre Vaquez aux éditions Sarbacane, 17.50 euros.

Le "moi" du titre est une souris qui travaille dans le cabinet d'artiste du grand peintre Franz Aspergus. Ils sont nombreux à apporter leur aide à la réalisation de ses peintures: assistants peinture, assistants couleurs, huiles, pinceaux, encadreurs, etc. Mais Aspergus est un chien taciturne qui crée sans passion, las de son succès:

"Moi, vois-tu, j'aimerais ne plus savoir peindre. Pour peindre à nouveau comme un enfant, tu comprends ça?"

Retrouver l'envie d'oser et renouveler sa création est alors la nouvelle mission du petit héros qui propose à Franz Aspergus de drôles de façons pour être ranimé par le plaisir de peindre. A mesure de ces épreuves, une amitié se crée entre les deux, tandis que les œuvres d'Aspergus prennent une tonalité inattendue...

Les enfants à partir de 6/7 ans adoreront découvrir cette histoire sur la perception de l'art, tout en observant la technique qui est utilisée pour les dessins: Pierre Vasquez procède en effet à un travail de gravure remarquable appelé "manière noire" qui fait surgir sur du noir une belle lumière sur les personnages. 
Aspergus et moi a obtenu cette année le prix Landerneau jeunesse, qui récompense cette jolie création!