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vendredi 25 juin 2021

Footballeur du dimanche de Tronchet

Footballeur du dimanche de Tronchet aux éditions Delcourt, 12,50 Euros.

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A tous ceux (ou celles) que l’on a traité(e)s de footeux ou footeuse un jour, ce livre devrait fatalement vous être offert.


Tronchet pousse effectivement le bouchon très loin. Ses souvenirs dispersés de Footballeur du dimanche - dans la possible crainte de ne pas être suffisamment crédible - partent de l’enfance jusqu’à l’aube de ses soixante ans.

 

Tronchet a tout connu des joies et tristesses rencontrées sur un terrain. Et plus encore, dans les tribunes, devant la télé ou sur le bord d'un terrain à encourager son fils ou bien jouer lui-même dans tous les pays (ou presque) comme là-bas, très haut dans les Andes, quand le ballon sortait du terrain et roulait jusqu’en Amazonie…


Les amateurs de foot représentent une foule considérable qui leur a permis une intégration inédite dans notre société. Tronchet décline avec un grand sens poétique et humoristique ces figures d’intégration.

 

Si vous êtes allergiques au foot, Tronchet vous encourage à le détester plus encore car ce sport poussé à l’extrême atteint une forme philosophique ou religieuse. C’est du moins ce qu’affirme tendrement Tronchet avant de prouver tout le contraire en une case. 


Les travers des footeux - qui sont légions - sont ici mis en évidence. Tronchet se montre à ce titre d’une inspiration sans limite.


Voilà pourquoi ce livre peut très bien être offert aux opposants de ce sport énervant parce qu’il parvient à se glisser à peu près partout dans la vie y compris dans celle de ceux qui l’exècrent. 


Tronchet y met ce que d’autres ont mis avant lui - que ce soit en littérature, au cinéma ou en art d’une manière générale - l’incroyable puissance (ou nuisance) qu’est le foot et la vivacité des rêves qu’il procure quand bien même on lui octroie à peu près tous les vices que l’homme a produits sur terre. 


Tronchet à son tour s'insère dans cet inexplicable phénomène instauré et entre dans la bibliothèque qui lui est consacrée et qui ne cesse de s’enrichir.






vendredi 18 juin 2021

Mon album Platini, Génération Séville 82 de Sylvain VENAYRE

Mon album Platini, Génération Séville 82 de Sylvain VENAYRE, Christopher et Mathilda aux éditions Delcourt, 21,90 Euros.


Qui a dit que la Bande dessinée était une affaire de gosse, qui plus est quand elle parlait de foot ?
Celle-ci ou celui-ci avait parfaitement raison.

Mon album Platini est bel et bien une affaire d’enfant ou plutôt d’enfance revue par un personnage (l’auteur) devenu adulte. Et nous voici donc à nouveau plongé dans l’épique épisode du match France - RFA de 1982, du moins en grande partie. 

Michel Platini en est cette fois le héros ou le témoin convoqué pour donner sa version des faits. Mais avant cela, il y a le plus triste encore épisode du match de 1985 dit le « le drame du Heysel ». Ce soir là Platini offrit sur penalty la Coupe d’Europe des Champions à la Juventus de Turin face au Liverpool FC. Bien au-delà du score, on déplora la mort de plus de trente personnes côté italien en raison de la sauvagerie des hooligans anglais et de la vétusté des tribunes qui cédèrent sous la poussée de la foule fuyant les charges des voyous de Liverpool. Platini dira platement que celui qui n’a jamais marqué de but dans sa vie ne peut comprendre la joie éprouvée au moment de celui-ci. 

Michel Platini n’est pas le seul à être convoqué pour cette séance non pas d'un tribunal mais d’une analyse aux apparences psychanalytiques puisque Sigmund Freud en personne apparaît tel un néophyte du foot à qui on doit donner quelques explications sur les mœurs du football. 
L’auteur lui-même accompagné de son double, une réplique de lui-même en 1982 quand il avait 12 ans se charge de lui apprendre les règles du jeu vite comprises par le psychanalyste et promptement décryptées comme s'il s'agissait d'un exercice somme toute distrayant.

Cependant, qu’est-ce que le foot peut bien apporter à tous ces gens ivres de victoires qui s’entassent dans les stades ou derrière les écrans de télévisions ? Le débat s'engage à la relecture des événements du fameux match de Séville auquel viennent s’ajouter Thierry Roland ressuscité d’entre les morts ainsi que Michel Hidalgo. Le premier commenta le match pour la télévision française tandis que l’autre avait sélectionné ladite équipe de France avec Platini comme joueur star. Voilà beaucoup de monde pour parler avec passion de ce que l’on a très vite appelé « Le match du siècle ».

Contrairement aux Fantômes de Séville* qui relatait le match en essayant d'y trouver une explication finale, Mon album Platini s'intellectualise, historicise. De Platini à Hidalgo en passant par Thierry Roland  un dialogue s'instaure ponctué par l’histoire personnelle de l’auteur et celle bien plus détachée de Sigmund Freud. S’il fallait donner une raison esthétique à l’intérêt de cette Bande Dessinée, elle passerait par la beauté et la subtilité du dessin. Un sourcillement de Platini, une moue de Thierry Rolland, un regard illuminé de Freud captivent autant que la narration de Sylvain Venayre. Mais cette narration demeure malgré tout primordiale. Elle relate le drame vécu enfant par l’auteur. Un fait qui sous-tend tout l'ensemble du propos et engage une réflexion profonde sur le sens de la vie. 

Christian Venayre appuie sa thèse sur le football comme une affaire sérieuse qui ne peut être traitée que par des gens sérieux (comme lui)  à condition d'être toujours porteur de l'enfant qui demeure en eux susceptible de juger les adultes qu’ils sont devenus. Tout est là.



vendredi 11 juin 2021

Les fantômes de Séville de Tronchet - J & A.C. JOUVRAY

Les fantômes de Séville de Tronchet - J & A.C. JOUVRAY aux éditions Glénat, 22,00 Euros.


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Mardi 15 juin 2021, 21 heures à Munich, certains y penseront, d’autres pas. Toujours est-il que l’équipe de France de football affrontera celle d’Allemagne. Les Fantômes de Séville se réveilleront-ils ? Que feront Patrick Battiston, Michel Platini et Harald Schumacher ? 


Ceux qui, trop jeunes, n'ont pas vu le match de Séville de 1982 peuvent toujours en comprendre le trauma d’une génération voire d’un pays lors de cette nuit sévillane en se plongeant dans la Bande Dessinée de Tronchet durablement affecté par ce match.


Didier est le personnage éminemment sympathique de cette histoire dès lors qu’il n’est pas question de foot. Au fond de lui Didier bloque toujours sur cette demi-finale de coupe du monde où l’équipe de France buta sur son homologue allemande. Buter, le mot est sans doute faible. S’empaler plutôt, comme Patrick Battiston sur Harald Schumacher. Les images du choc entre les deux hommes à la 50 ème minute du match sont disséquées par Didier qui tente de comprendre comment l’arbitre a pu ne rien voir, pourquoi Battiston n’a pu éviter le gardien de but allemand et enfin pourquoi Battiston, un défenseur, a-t-il remplacé Bernard Genghini, un milieu offensif ?


Les allergiques aux foot vont devoir s’abstenir car le décortiquage tactico-tactique de Didier est par moment poussif. Plus inattendue demeure l’enquête de terrain menée par ce mono-maniaque qui est cependant accompagné d’un ami aussi fidèle que patient. Celui-ci, attentif aux dérives hallucinantes de Didier, décide malgré tout de l’aider. Il travaille à L’Equipe.


Les deux compères vont ainsi se rendre en Allemagne et croiser la carrure d’Harald Schumacher désormais président d’honneur du FC Cologne puis traquer jusque chez lui Charles Corver l’arbitre hollandais aujourd’hui octogénaire, accompagner Battiston dans ses démarches commerciales (il vend des jacuzzis !!!), faire le pèlerinage en Suisse chez Michel Platini devenu bonze tel Marlon Brando dans Apocalypse Now et enfin trouver une réponse possible auprès de Michel Hidalgo convalescent sur une plage de Marseille.


Bien au-delà de cette démonstration somme toute caricaturale sur la passion du foot, un autre voyage est commencé dans la tête de Didier qui est aussi un homme marié et le père d’un enfant qui joue lui aussi au foot. L’histoire s’achève un certain jour de juillet 2018 quand l’équipe de France remporte son deuxième titre de champion du monde face à la Croatie. Didier partage cet instant avec son fils. Quelque chose s’est enfin produit. Didier n’est plus l’impossible râleur dont son fils avait honte quand il hurlait ses consignes sur le bord du terrain. Gagner ou perdre n’a plus d’importance.


Mardi 15 juin, 21 heures, gageons qu’il n’y ait pas surabondance de Didier ancienne formule devant les écrans.




vendredi 4 juin 2021

Le jardin secret

Le jardin secret de Maud Begon, d'après le livre de Frances H. Burnett, éditions Dargaud, 16.50 euros.A partir de 8 ans.

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Il en faut du courage pour affronter Mary, jeune fille espiègle au mauvais caractère. Après la mort de ses parents aux Indes, elle est hébergée en Angleterre chez son oncle. Ayant réponse à tout, se réfugiant derrière un regard sombre et insolent, Mary s'adoucit soudainement alors qu'elle effectue une promenade dans les jardins du manoir, à la vue d'un jeune rouge-gorge qui a l'air de l'apprécier. C'est bien de cela qu'elle a besoin, Mary, être aimée malgré sa carapace. Et de reprendre goût à la vie grâce à la nature. 

Les secrets du manoir seront autant de mystères à percer pour s'épanouir : pourquoi son oncle ne souhaite-t-il pas la voir? Pourquoi ne parvient-elle pas à trouver la porte d'un jardin fermé et abandonné? Il y a pourtant dans ce jardin de quoi ravir tous les amoureux des fleurs. Derrière les branches mortes, on devine des petites pousses, crocus, jacynthes, rosiers, prêts à s'ouvrir. Ils attendent patiemment qu'une jeune fille les délivre, et se délivre elle-même de ses lianes qui l'empêchent de grandir. Le premier tome de cette adaptation du roman éponyme de Frances H.Burnett est une belle réussite! 


Et retrouvez des livres sur le thème du jardin dans notre vitrine!







vendredi 28 mai 2021

Les Scorpions du désert d’Hugo PRATT

Les Scorpions du Désert d’Hugo PRATT aux éditions Casterman, 35 Euros.

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L’œuvre du génialissime créateur de Corto Maltese est bien plus riche qu’il n’y parait et ne se réduit pas à la filiforme silhouette du marin aventurier. Cependant, à l’ouverture de cette intégrale (cinq épisodes étalés sur vingt ans (1972-1993)) l’élégance prime encore et un défilé de personnages en costume (de guerre) apparaît donnant comme une réplique magnifique au port altier de Corto Maltese. 


L’époque des Scorpions du Désert n’excède pas deux ans. De 1941 à 1942, le lieutenant Koïnsky, appartenant à un détachement d’élite de l’armée anglaise, est engagé sur le front Est-africain de la Deuxième Guerre mondiale. Cette partie du monde est tout aussi agitée que l’Europe. Les Italiens et les Anglais (avant que les Allemands ne viennent apporter leur soutien aux hommes de Mussolini) s’affrontent dans une guerre de position dans les contrées indéfinies d’Ethiopie et de Somalie. 


Koïnsky est d’origine polonaise, un dur à cuire aux objectifs mouvants. Les Scorpions du Désert rend compte des ambiguïtés de cette région du monde, de la multitude des forces présentes et parfois contradictoires, des humeurs des combattants presque tous loin de leur pays d’attache et en proie à la mélancolie et la peur de mourir. 


Rappelons qu’Hugo Pratt a vécu, jeune garçon, en Ethiopie où son père menait lui-même une carrière militaire qui s’acheva avec sa mort en captivité en 1942. Hugo Pratt avec cette Bande Dessinée évoque une part de son enfance et montre un paysage qui lui fut familier. Un décor d’aventures exceptionnel avec alliances et mésalliances qui rythment sans cesse l’histoire. 


Tous les moyens possibles sont convoqués car la guerre monopolise tout ce qui est à sa portée. Les gens bien évidemment et tout le matériel qui lui est dévolu, armes en tout genre, engins motorisés de toutes sortes, avions, bateaux, trains, camps retranchés, forts et fortins, dromadaires et surtout une collection complète d’uniformes (nous y revenons) qui esthétise le propos quand bien même les morts s’accumulent et le destin des survivants tombe en désuétude. 


Quelques valeurs subsistent malgré tout, l’honneur militaire, la patrie et la volonté de s’enrichir.

Après Corto Maltese qui officiait au début du XXème siècle, les aventures de Koïnsky ont beaucoup perdu du romantisme enchanteur de son prédécesseur mais ont gagné une narration plus orchestrée. L’espace-temps plus restreint des Scorpions du Désert donne au récit une valeur historique éblouissante sans occulter la complexité de ce qui se tramait alors. L’âme humaine y déborde du pire vers le meilleur.





vendredi 21 mai 2021

La petite dernière de Susie Morgenstern et Johann G.Louis

 

La petite dernière de Susie Morgenstern et Johann G.Louis, éditions Dargaud, 17euros

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Etre la dernière d'une fratrie est un statut un peu particulier. Surtout lorsqu'on appartient à une famille juive dont la fratrie est uniquement composée de sœurs.  Et particulièrement lorsqu'on s'appelle Susie Morgenstern, née en 1945 dans le New Jersey, à Newark.

Lorsque nous la rejoignons, elle a 8 ans, écrit déjà, pose déjà "trop" de questions. Le grenier est son lieu favori, inondé de livres. Dernièrement, elle lit un journal, celui d'Anne Frank. Aussi, sa famille accueille des cousins venus de Pologne, qui auraient apparemment vécu l'"enfer". Elle, qui vient de perdre son grand-père, n'attend pas d'être grande pour comprendre la portée de l'écriture. Elle décide de ne pas s'arrêter aux concours d'orthographe de l'école et de rédiger une véritable histoire de sa famille.

Adaptation du roman de Susie Morgenstern écrit en 2015, cette Bande-Dessinée est une bouffée d'air frais. On y découvre une enfance heureuse, des parents bienveillants et deux sœurs excentriques et divinement drôles. Les couleurs, feutrées, joyeuses et douces, apportent une vivacité au texte, faisant de l'enfance cette parenthèse enchantée dans laquelle surgissent des questionnements fondamentaux, ici piliers de la création littéraire et artistique.




vendredi 14 mai 2021

La folle histoire de la mondialisation

La folle histoire de la mondialisation d'Enzo, Isabelle Bensidoun et Sébastien Jean, éditions Les Arènes BD, 24.90euros

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Enzo, journaliste et dessinateur pour "Alternatives Economiques", s'est associé à deux économistes membres du CEPII (centre de recherche et expertise sur l'économie mondiale), Isabelle Bensidoun et Sébastien Jean, pour réfléchir à une façon claire et précise de parler du concept de mondialisation.

Voilà donc une Bande-Déssinée qui tombe à point nommé. Grâce à une mise en scène imagée de la conversation qu'ils ont eue tous les trois pour vulgariser au mieux ce concept, nous sommes plongés dans une notion qui concerne de façon permanente notre quotidien. D'où viennent les produits que nous consommons? Les entreprises sont-elles toutes mondialisées? La mondialisation favorise-t-elle la croissance économique? En nous resituant dans l'histoire, nous apprenons les étapes qui ont mené au monde tel qu'il est aujourd'hui, avec ses richesses et ses failles, pour nous interroger finalement sur l'avenir de la mondialisation. 

Quoi de mieux en pleine crise sanitaire, et à un an des élections présidentielles, que de faire le point sur les dérives de ce système et les diverses solutions que nous pouvons y apporter? Le dessin d'Enzo adoucit parfaitement l'abondance des chiffres et statistiques. Tour à tour le lecteur s'immerge dans ces notions économiques, en escaladant une montagne, en faisant le grand huit, ou en montant à bord d'un bateau, le tout pour rendre encore plus indispensable notre questionnement sur l'économie mondiale.





vendredi 7 mai 2021

Le ministère secret 1 - Les héros de la république de Joann SFAR et Mathieu SAPIN.

 

Le ministère secret 1 - Les héros de la république de Joann SFAR et Mathieu SAPIN aux éditions Dupuis, 14,95 euros.

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Qui l'eut cru ? La rumeur persistait depuis quelques temps déjà comme quoi Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient réunis dans une histoire mais le secret devait rester absolu. Il faut dire qu'il y a tellement de célébrités impliquées dans cette affaire que l'on comprend très bien que Mathieu SAPIN se soit engagé à ne rien divulguer.

Calqué sur les films à grand spectacle qui unissent suspense et complot planétaire, nos deux superstars Sfar et Sapin ont mis les petits plats dans les grands et nous servent un impressionnant scénario qui fort heureusement ne se prend pas du tout au sérieux.

Comment évolueront ces héros missionnés par une instance supérieure ulta secrète ? Le rythme effréné s'apaisera-t-il ? Combien d'autres guest stars apparaîtront ? Ou bien tout cela n'aura-t-il tout compte fait aucune suite ? Tout parait ici possible mais l'on se prend à rêver d'une adaptation au cinéma avec Nicolas Sarkozy, François Hollande, Donald Trump, Vladimir Poutine, Eric Cantona, Albert de Monaco et Greta Thunberg dans leur propre rôle bien sûr.  

 



vendredi 30 avril 2021

Un papa, une maman de Florence CESTAC

Un papa, une maman de Florence CESTAC aux éditions Dargaud, 14,50 Euros.

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Une famille formidable (la mienne) ajoute en complément Florence Cestac dont il faut signaler en passant l'imminente place au sein de la Bande Dessinée. Cet album est en quelque sorte une genèse : enfance, adolescence, jeunesse sont ici racontées sous le soleil (noir ?) paternel plus ou moins accompagné du consentement maternel. Les trente glorieuses comme le définit en préface Daniel Pennac sont régies par la loi des cinq B (nous laisserons les lecteurs en découvrir la teneur)...

Elles furent épiques ces années-là surtout du côté de ceux qui empruntèrent l'ascenseur social à grande vitesse comme monsieur Cestac originaire du bassin d'Arcachon (!) qui vint s'installer et réussir sa vie professionnelle en Normandie après avoir rencontré celle qui lui fournira sa progéniture dont une certaine Florence.

Ce portrait de famille n'y va pas de main morte, on est très vite projeté au cœur du débat avec les propos du père d'emblée rapportés lors d'un repas entre amis : "Si je me suis marié, c'est pour me faire servir !"... Jacques Cestac diplômé de l'école des Arts et Métiers a gagné le Jackpot en obtenant un poste commercial fructueux. Il pourra "flamber" à bord des dernières voitures, Buick, Ford Mustang, DS cabriolet... acheter un terrain au Cap-Ferret, construire, s'offrir un bateau et mener à la baguette sa tribu du haut de son salaire.

Bien évidemment la caricature est drôlissime y compris du côté de la femme de Jacques, Camille, soumise et corvéable tout en restant l'indéfectible alliée. Restent les enfants, témoins privilégiés des colères homériques du père, en subissant les foudres avant que ne pointe chez Florence le logique épanouissement de sa rébellion. 

Comment Florence Cestac parvient-elle à maintenir un élan de sympathie pour ce père quasi-fouettard ?

La réponse réside dans la trajectoire de cet homme issu d'une époque révolue mais dont la particularité agressive ne dévia jamais. Ses propos infamants s'éteindront sur le lieu de sa retraite dans une ville idéale : Arcachon... 



vendredi 16 avril 2021

Lightfall Tome 1 de Tim Probert

Lightfall tome 1 la dernière flamme de Tim Probert, éditions Gallimard Bande Dessinée, 19.90 euros:
 

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Disons-le tout de suite, ce qu'il y a de terrible avec un tome 1 c'est qu'attendre le tome 2 peut devenir une vrai torture. Donc malheureusement de ce point de vue, préparez-vous à souffrir...

Le pire étant dit, rassurez-vous, le reste n'est qu'éloge et il y aurait de quoi être intarissable en la matière tant Lightfall est une belle lecture. 

Béa est une petite fille qui vit chez son grand-père, un cochon-sorcier, un peu farfelu, ayant surtout quelques soucis de mémoire avec l'âge. Une profonde tendresse les lie tous les deux. Quand celui-ci disparaît pour partir soudainement à la recherche du Sceau du Dormeur sans Repos alors que de son propre aveu il ne sait plus où il se trouve, Béa ne peut qu'essayer de partir sur les traces de son grand-père pour le protéger. Il faut dire que parcourir la contrée d'Irpa n'est pas sans embûche... surtout quand on détient avec soi une fiole enfermant la dernière flamme de l'une des lumières construites par les Galduriens pour lutter contre les ténèbres qui se sont abattus sur le monde des siècles auparavant. Heureusement sur sa route Béa a eu la grande chance de rencontrer Cadwallader, un Galdurien justement, parti à la recherche des siens. Grâce à sa parfaite connaissance de la contrée et à son immense force, il va pouvoir la guider et déjouer quelques pièges comme ceux de ce filou de Kippen Rauken Barnabus, fin voleur qui a tout de suite perçu la valeur de la précieuse fiole de Béa....

Nous ne vous en dirons pas plus, à vous de venir découvrir ce vrai bijou de poésie !







vendredi 9 avril 2021

Thérapie de groupe 1. L'étoile qui danse et 2. Ce qui se conçoit bien de Manu LARCENET


Thérapie de groupe 1. L'étoile qui danse et 2. Ce qui se conçoit bien de Manu LARCENET aux éditions Dargaud, 15 Euros chaque exemplaire.


"Au départ, au départ" comme dit la chanson*, il y avait le projet de créer une série sobrement intitulée Jean-Jacques et Bruno ou L'aventure au bureau. C'eût été "l'idée du siècle", celle après quoi tout créateur qui se respecte - de Bandes Dessinées de surcroît - court indéfiniment. 

Mais il faut se méfier des idées géniales qui rétrécissent après la première nuit et qui démoralisent les créateurs les plus exigeants. Manu Larcenet a le pouvoir de s'embraser dès qu'une idée surgit de son imagination explosive. Alors pourquoi ne pas en faire la démonstration et en faire un livre ? 

Les affres de la création sont donc une fois encore** mises à l'honneur et nous succombons de rire au devant de cette avalanche de gags qui ne durent guère plus d'un jour. 

(Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter) une étoile qui danse concédait Manu Larcenet en 2020 avant de poursuivre en 2021 en assénant Ce qui se conçoit bien (s'énonce clairement) formule que Nicolas Boileau soudainement revenu parmi nous professe doctement lors d'un homérique débat télévisé avec ce renfrogné de Friedrich Nietszche survenu lui aussi de nulle part.. 

Manu Larcenet a le talent magnifique d'explorer toutes les pistes possibles dans tous les styles possibles. Les hommages sont innombrables dont une extraordinaire référence à Jean Giraud. Précipitez-vous sur l'épisode Le gang des glorieux prédécesseurs. C'est aussi une réflexion inédite sur l'art de la Bande Dessinée ou plus simplement du dessin ou encore de l'art dans son ensemble jusqu'à Dieu tant qu'on y est. Larcenet convoque toutes les figures qui ont hanté sa progression artistique ce qui peut l'amener, avec une sincérité confondante, à nous faire l'aveu de ses réguliers séjours en clinique psychiatrique.

La confession cachée de Manu Larcenet n'est pas jouée, elle annonce les risques que procure la création. Tout n'est pas enviable mais la leçon du rire en demeure fort heureusement la thérapie finale.

*Alex Beaupin (2011)

** Blog du 5 février 2021 Oleg de FredErik PEETERS




vendredi 2 avril 2021

Gianna d'Arianna Melone

Gianna d'Arianna Melone, éditions Albin Michel, 19 euros

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Gianna est de celles qui ne passent pas inaperçues. Le regard fuyant mais l'air sûr d'elle, cette jeune femme suscite autant de jalousie que de fascination. Dans l'Italie des années 70, vivre sa féminité et sa sexualité en toute liberté bouscule les idées des uns et des autres, et Gianna est bien décidée cependant à revendiquer ses droits au plus fort des années de plomb.

Ce combat ne s'arrête pas à elle, mais à tous. Elle milite pour le droit des femmes à l'avortement, pour l'égalité des sexes, et la liberté de manifester. Gianna s'engage et se revendique, tout en s'interrogeant sur sa condition de femme. Est-elle débridée, dévergondée, ou simplement libre? Le lecteur de cette petite pépite se posera aussi cette question, grâce à un dessin au plus près de ces bouleversements. La technique d'Arianna Melone, qui allie crayons de couleur et aquarelles, souligne à merveille l'impact des tensions politiques et sociales sur chaque individu.

vendredi 26 mars 2021

Le don de Rachel de Pandolfo et Risbjerg

Le don de Rachel de Pandolfo et Risbjerg, éditions Casterman, 24.50euros 

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1848, Paris. Rachel Archer est capable d'écrire un poème que Victor Hugo écrira...dix ans plus tard. Elle intervient dans des salles obscures pour prédire l'avenir à qui le souhaite, aux risques et périls de celui qui le demande. Rachel peut, en effet, vous dire précisément ce qu'il y a d'écrit sur un petit bout de papier bien caché au fond de votre poche, mais elle ne manquera pas non plus de vous annoncer que votre enfant est malade et qu'il a besoin de vous à son chevet.

Son don attire, obsède, scandalise, enchante. Rachel et son regard hypnotique servent de spectacle dans un dix-neuvième siècle ou le spiritisme et les croyances mystiques sont très en vogue. Elle intervient ainsi dans les salons littéraires, les réunions très privées, et même auprès de la princesse Mathilde.

Ils l'aimaient parce qu'ils voyaient leur propre reflet dans ses yeux.

Rachel Archer devient un objet de divertissement et de curiosité, quasi animale. Ce manque de considération pour sa personne au détriment de son pouvoir la fait basculer dans la folie, puis dans l'oubli.

Ce sont deux femmes, des années plus tard, qui font réapparaître sa légende pour restituer sa mémoire. La première s'appelle Liv NexØ et s'apprête à vivre un triomphe grâce à l'adaptation au ballet d'un texte anonyme intitulé "Le don de Rachel", au Théâtre royal de Copenhague. La seconde est photographe et se prénomme Virginia Day. A Londres, de nos jours, elle retrouve la photo d'une jeune femme aux yeux vert émeraude...

Les passerelles entre ces trois femmes et ces trois époques se dessinent à merveille. Ce regard si particulier se fait désirer et promène le lecteur du salon parisien d'Alexandre Dumas au Londres underground contemporain, sublimant ainsi le monde littéraire et artistique de ces deux derniers siècles. Pandolfo et Risbjerg font le portrait de trois femmes magnifiques en quête d'identité et de leurs racines familiales. 






vendredi 19 mars 2021

Palais Bourbon de Kokopello

Palais Bourbon de Kokopello aux éditions Dargaud, 18 Euros.

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Qui n’a pas rêvé d’assister une fois dans sa vie aux débats enfiévrés de l’Assemblée Nationale ? Qui n’a pas rêvé d’arpenter ce lieu emblématique de la République Française ? Enfin qui n’a pas rêvé de rencontrer et de parler avec ceux qui entretiennent ce lieu sacré de nos institutions ? 

Cette bande dessinée à de quoi fournir bon nombre de réponses à la réalisation de ces rêves. Un homme s’en est donné les moyens arguant qu’il réaliserait un album sur le rôle de l’Assemblée Nationale et de ceux qui la font vivre : les députés.  

Ce travail s’est constitué aux alentours de l’année 2019 quand les gilets jaunes investissaient Paris. Mais ce contexte particulier ne transparaît pas vraiment dans la narration, l’auteur se consacrant au plus près du fonctionnement du lieu en se donnant les moyens de comprendre la vie de celles et ceux qui nous représentent, de leur pouvoir véritable et de sa limite. 

Kokopello, dès lors qu’on lui attribue le badge passe-partout et que la sécurité le distingue des autres visiteurs, va mener son enquête de terrain, passer du temps avec quelques élus et leur poser toutes sortes de questions. Il en ressort un fort quota de sympathie pour ces femmes et ces hommes de devoirs, une transparence très au-delà de leur penchant politique, une croyance en leur mission et une foultitude d’anecdotes à même de ravir le néophyte.

Peut-être subsiste-t-il une part de naïveté à l’affaire mais le lecteur a vite fait de l’oublier tant le sujet passionne et interpelle. Il faut vraiment jouer le jeu pour apprendre comment se manie cet indispensable outil à notre démocratie. Que ce soit François Rufin, Jean Lassalle ou quelque autre député moins connu interviewé et accompagné par Kokopello dans leur circonscription, une grandeur s’en dégage et nous rend fier d’être français. 

Une bande dessinée donc émouvante et a fortiori très drôle car l’humour ne manque pas au sein de l’hémicycle, y compris lorsque celle-ci nous entraîne jusqu’aux premières heures du matin : les séances de nuit se révèlent très spéciales comme toute activité nocturne qui se respecte. Comme on dit - et nous ne le disons pas souvent -  à lire toutes affaires (politiques) cessantes.


 

vendredi 12 mars 2021

Incroyable de Zabus et Hippolyte

 

Incroyable ! de Zabus et Hippolyte, éditions Dargaud, 21euros

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Si l'on visite la chambre de Jean-Loup, on pourra y trouver un classement minutieux de petites fiches savantes aux sujets remarquables. On lira sur les étiquettes les divers thèmes pour lesquels il s'est passionné: les trous noirs, la préhistoire, la tectonique des plaques, la vie des cellules, ou encore, moins évident, la reproduction des gnous en Sibérie. Pour certains, Jean-Loup est lui-même rangé dans une case, celle des enfants bizarres.

Si la science est une mine d'or, la vie quotidienne est une véritable épreuve du combattant. Pour remplacer ses parents qui, à première vue sont absents de la maison, il doit compter sur un personnage facétieux qui n'est autre qu'une miniature du roi de Belgique sur son cheval. En compagnie de ce curieux personnage issu de son imagination débordante, Jean-Loup sort de sa zone d'inconfort pour vivre une aventure hors-norme, celle d'aller à Bruxelles rencontrer le vrai roi, afin de lui demander une idée de sujet pour son prochain exposé.

A la façon des Vermeilles de Camille Jourdy, la Bande-Dessinée est ici un formidable support pour décrire l'imaginaire de l'enfance. En s'appuyant sur des vérités et théories scientifiques, les deux auteurs envisagent les relations humaines comme le big bang, improbables. Si Jean-Loup n'est qu'un grain de sable dans l'univers, son désir de s'affirmer et s'affranchir du poids familial est ici plus fort que tout. Le tour de force des deux auteurs est d'avoir réussi, grâce à cette BD "incroyable", à toucher aussi bien la jeunesse que le monde des adultes.

 


vendredi 5 mars 2021

Blanc Autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

 


Blanc Autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert, éditions Dargaud, 19.99 euros:

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Quand instruction rime avec danger, voilà qui résume en quelques mots le sujet de la dernière Bande Dessinée de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert dont ce n'est pas ici la première collaboration.

En 1832, aux États-Unis mais plus sensiblement dans l’État du Connecticut il ne fait pas bon avoir la peau noire. Surtout depuis que Nat Turner, esclave révolté a mené une lourde expédition sanglante contre les blancs. Même si, trente ans avant l'abolition de l'esclavage, la voix des abolitionnistes se fait de plus en plus entendre, la terreur règne. 

C'est dans ce contexte des plus tendus que Prudence Crandall décide d'ouvrir une école pour jeunes filles noires. Mais quelle ineptie de vouloir instruire non seulement des jeunes filles mais en plus des noires.... Et quand on sait que Nat Turner savait lire et écrire, cette école devient alors une arme qu'il est impossible de voir naître aux yeux de la charmante petite ville de blancs bien-pensants à qui les bancs de l'église sont bien sûr exclusivement réservés.

Si le sujet est difficile, il n'en reste pas moins qu'il fait partie de l'Histoire de notre Humanité et Lupano et Fert réussissent parfaitement à le rendre accessible à tous et même à ajouter quelques traits d'humour qui rendent les quelques pensionnaires de cette école attachantes. Malgré la réalité qui leur est hostile, elles sont avant tout des jeunes filles heureuses d'apprendre ensemble.



vendredi 26 février 2021

Yellow Cab de Christophe CHABOUTE

 

Yellow Cab de Christophe CHABOUTE aux éditions Vents d'Ouest, 22 Euros.

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Voici un travail d'immersion au cœur de New-York qui méritait amplement sa version illustrée. Le récit de Benoît Cohen existe*, il bénéficie du travail exemplaire de Christophe Chabouté. Exemplaire car il fait preuve d'une remarquable observation de la ville, de ses buildings, des panneaux de signalisation et des mythiques taxis jaunes qui la sillonnent. Mais surtout, des silhouettes, des visages, des looks portraiturés le temps d'un voyage en taxi que conduit Benoît Cohen. Une année entière à transporter des voyageurs le plus souvent mutiques, une année de boulot invisible à déposer d'une street à l'autre toute sorte d'hommes et de femmes de nuit comme de jour.

L'expérience était volontaire, ardue et patiente. On ne devient pas Yellow Cab du jour au lendemain. Le mérite se situe sur le trottoir, dans les files d'attente d'enregistrement puis dans la paperasserie administrative et enfin dans les garages où l'on vous confie le précieux véhicule qu'il s'agira de conduire dans la grande tradition de ce qui est l'un des symboles les plus forts de New-York avec ses gratte-ciels.

Dessin et narration font cause commune et s'épousent à merveille, le sentiment du lecteur est d'être à son tour pris dans le suspense inhérent à l'inconnu qui s'installe à l'arrière du taxi et que l'on ne distingue souvent qu'à travers un rétroviseur. Qui sont-ils ces gens qui à tout heure effectuent un transit? Voilà tout l'enjeu de Yellow Cab, nous faire imaginer des vies par des attitudes bien souvent muettes mais ouvertes à tous les possibles. Benoît Cohen s'était lancé dans l'aventure avec l'intention de réaliser une fiction. Il aura vécu quelque chose de bien plus intense que ce qu'il prévoyait, un enrichissement plus profond, et peut-être qu'une vocation lui aura un temps effleuré l'esprit.

* Flammarion 2017 et J'ai Lu 2021



vendredi 19 février 2021

Tunnels de Rutu MODAN

Tunnels de Rutu MODAN aux éditions aux éditions Actes Sud, 25 Euros.

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Pour quelle raison - enthousiasmante - sommes-nous amenés à vous parler de Tunnels ?  Est-ce les personnages ? Est-ce le dessin ? Est-ce l'histoire ? Un peu des trois assurément.

Tunnels emprunte à Hergé son esprit d'aventure, ses personnages résolus et la ligne claire si chère au génie belge de la Bande Dessinée. Une différence cependant tient au contexte car l'auteure, israélienne, ne s'interdit rien et prend en dérision quelques thèmes propres à son pays. Les ultra-orthodoxes, l'armée et les palestiniens sont tournés en dérision mais dans un joyeux concert qui tourne le plus souvent au burlesque.

Si l'action se situe de nos jours celle-ci se tourne - archéologie oblige - vers les temps fondateurs de la chrétienté. C'est effectivement une femme archéologue qui nous tient en haleine, mère d'un jeune garçon d'une huitaine d'années intoxiqué par les jeux vidéos dès lors qu'il parvient à se saisir d'un smartphone. 

Cet attachant duo est très vite entouré d'une constellation de personnages tous plus fantasques les uns que les autres. Qu'est-ce qui va les réunir ? L'Arche de l'Alliance. Où se trouve t-elle ? Quelque part dans les sous-sols de Jérusalem. C'est du moins la thèse soutenue par le père de l'héroïne qui a perdu sa faculté de parole ainsi que quelques neurones en cours de route. Sa fille, financée par un richissime collectionneur, entreprend de poursuivre ses recherches. Pour cela, un tunnel doit être creusé, il en rejoindra un autre se trouvant en territoire palestinien, de l'autre côté d'un mur séparant les territoires. Deux tunnels donc pour atteindre l'objet de toutes les convoitises car la concurrence va être rude dès lors que la nouvelle se répand dans le monde de l'archéologie.

Tintin disions-nous ? Oui mais accommodé avec une sauce pimentée par notre modernité et "ravageusement" drôle. Pour achever de vous convaincre sachez que Rutu Modan née en 1966 a été formée au 9eme art par Art Spielgelman.




vendredi 12 février 2021

Chroniques de Jeunesse de Guy DELISLE

 

Chroniques de Jeunesse de Guy DELISLE aux éditions Shampoing, 15,50 Euros.

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Ce n’est pas un portrait de l’artiste en jeune homme que Guy Delisle propose mais une observation, avec le recul nécessaire, d’une expérience professionnelle pour laquelle il n’avait de motivation sinon à court terme. Cependant, l’usine de papier où il travailla pendant quelques étés relevait pour le dessinateur d’un défi. Une scène vers la fin de la Bande Dessinée montre le jeune Guy Delisle sur le toit de l’usine confirmant sa fascination pour ce complexe édifié en 1927 à Quebec (Guy Delisle est canadien), gros fournisseur de papier pour la presse.

Le détail des tâches attribuées au saisonnier semble de prime abord fastueuse voire ridicule. Le débutant s’échine à faire entrer des montagnes de papier dans une fosse destinée à le recycler. La fragilité des rouleaux fabriquant la texture du papier contraint le personnel à une surveillance constante. Les machines, comme les hommes, sont mises à contribution 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

 

Guy Delisle a été incorporé dans l'équipe de nuit qui embauche à 19 heures jusqu’à la relève de 7 heures. Douze heures de temps donc ponctuées de pauses et de rencontres avec les collègues uniquement masculins. Les confidences affluent dans la salle de repos, elles sont intimes et en même temps simples et directes. C’est peut-être ces discussions qui ont incité Guy Delisle à se plonger dans ce passé. Il est à ce moment-là bien décidé à devenir dessinateur et ce statut lui confère un regard curieux de la part des autres qui n’ont que l’usine comme point de mire professionnel. 

Guy Delisle les observe d’autant plus qu’il sait que lui ne partagera pas cette vie, il n’est que de passage. Son intérêt pour le travail ne s’en départit pas pour autant. Les manœuvres qu’il exécute sur les rouleaux le réjouissent. Il n’y a pas que le reflux de papier dans la fosse qui compte. Le monde de l’usine se dévoile peu à peu, sa dangerosité également et ses légendes qui ont le pouvoir d’attiser l’imagination de l’artiste.

 

Ce travail éreintant que l’auteur a effectué de bon cœur durant quelques mois suscite un intérêt surprenant pour le lecteur qui aurait pu se montrer rétif à l’entame de ce récit. Tout au contraire,  un charme s’instaure et cette vie mystérieuse dans l'antre d’une « cathédrale » industrielle s’apparente à un conte un peu magique dans lequel nous sombrons avec délice, envoûté par le dessin et l’apparition constante d’une couleur orange venue des hautes cheminées de l’usine. Cette couleur symbolise l’odeur peu engageante que ces dernières dégagent et que nous avons l’avantage de ne pas sentir.

 


 

vendredi 5 février 2021

Oleg de Frederik PEETERS

Oleg de Frederik PEETERS aux éditions Atrabile, 18 euros.

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Petite crise passagère chez Oleg qui ne parvient pas à lancer sa prochaine histoire. Oleg est un auteur de Bandes-Dessinées confirmé, dessinateur virtuose qui peut s'adonner à tous les genres.

Cette fois, il s'agit de sa vie dont les préoccupations, somme toute banales, l'amènent à repenser le monde dans lequel il vit - dans lequel nous vivons. Sans être non plus un rebelle -  il est père d'une ado et toujours très amoureux de sa femme - il voit bien que quelque chose ne tourne plus rond chez lui. Grosso modo, il s'ennuie. Mais le dessin demeure son domaine d'expression alors il commence à raconter sa vie, à la dessiner et tout cela se révèle passionnant, intelligent et drôle.

Sauf qu'un événement imprévu se produit. Il sera le catalyseur de cette œuvre en marche, de ce "work in progress"  que nous tenons entre nos mains. 

Ce sont un peu les abysses de la création que l'auteur confronte à la vie de famille. Les échanges avec sa fille sont réjouissants, ils distillent l'amour inconsidéré entre un père et son ado en proie à des interrogations auxquelles Oleg s'évertue à répondre dans un élan de complicité et de générosité sans égal. 

Oleg, sous son air de dilettante, va démontrer son sens des responsabilités, sa grandeur également envers l'être qu'il chérit le plus au monde : sa femme. Voilà la raison essentielle, s'il en fallait une, pour découvrir Oleg derrière qui se cache forcément Frederik Peeters.