vendredi 31 août 2018

Un problème avec la beauté de Jean-Marc PARISIS

Un problème avec la beauté  de Jean-Marc PARISIS aux éditions Fayard, 19 euros

Le succès de ce livre, quoiqu’on dise, quoiqu’on pense, tiendra à l’admiration ou à la détestation portée sur Alain Delon. Jean-Marc Parisis a pris ce risque et s’expose de ce fait aux préjugés de ceux qui à la seule évocation du nom d’Alain Delon claquent la porte.
Le livre débute logiquement par l’enfance de Delon et, d’emblée, toute la problématique du personnage est en place. Fresnes, sa prison, est le décor qui entoure les jeunes années de celui qui, rapidement sinon immédiatement, sera au contact du cinéma. Il aura une approche différente de ce métier, il y mourra beaucoup et ne jouera que tardivement des rôles de flics.  
Avec des phrases courtes, nerveuses et précises, l’auteur se lance dans un corps à corps avec son sujet qui, à l’instar de quelques autres, mais ils sont rares, a été soumis à une passion publique d'abord française puis mondiale.
L’utilisation de la troisième personne du singulier qu'Alain s’est lui-même appliquée lors d’un tournage correspondait au fait qu'il jouait et réalisait en même temps. Ainsi Jean-Marc Parisis défend l'acteur. Sa relation avec Romy Schneider, ses rapports avec Visconti, Melville, Belmondo sont dénoués jusqu’à la grande affaire Markovic inextricablement liée à Delon.
Mais bien au-delà du roman reportage dont la lecture est, de bout en bout, envoûtante, demeure ce problème avec la beauté que Delon aura supporté sa vie durant. Jean-Marc Parisis y vient à la page 192 : 
"Quels effets la beauté produit-elle sur l’âme et les organes ? On voudrait bien le savoir à défaut de l’avoir. Difficile d’admettre que la beauté parlât banalement, avec réticence. On y voit de la condescendance, de l’afféterie ou un affront. Delon poussait le mystère, l’injustice, le scandale de la beauté à son comble. L’évidence de la sienne redoublait son opacité. Tout homme est un mystère à lui-même et aux autres, beau ou laid, il s’y débat, s’y cogne constamment, mais la beauté scelle ironiquement cette énigme aux yeux du monde; inutile de poser la question qui brûle les lèvres et le coeur, de se demander ce qu’on peut attendre, entendre de la beauté, qui crève tant les yeux qu’on en est réduit à l’écouter, à mendier ses oracles. Elle ne les divulguera pas. Le plus bel homme du monde ne peut donner que ce qu’il a."

Didier la 5e roue du tracteur

Didier, la 5e roue du tracteur de RAVARD et  RABATE aux édions Futuropolis, 17 euros.



Didier est-il un spécimen rare ? Pas plus que Régis, semble t-il, dès lors qu’il nous parvient quelques échos de la vie paysanne. Il a suffit à Ravard et Rabaté, outre d’unir leur talent de dessinateur et de scénariste,  de grossir le trait sur deux problèmes majeurs du monde agricole que sont le surendettement et le célibat. 

Régis jouera l’homme ruiné et Didier celui qui n’a jamais connu le grand amour comme il l’énonce un jour à son médecin. 

Didier a récupéré Régis lors d’une vente aux enchères quand il s’agit de liquider une exploitation agricole. Au lieu de la moissonneuse escomptée, Didier a ramené son propriétaire avec qui il a prit une grosse cuite.
Heureusement, lors de ces (fréquents) écarts alcoolisés, Soizic, la sœur de Didier, est là pour traire les vaches. D'ailleurs Soizic s’occupe quasiment seule de la ferme car Didier, accompagné de son fort embonpoint, n’en a que pour son  poirier qu’il a affublé de bouteilles qui  enferment les fruits depuis leur bourgeonnement jusqu’à leur maturité et qui aromatiseront les futures eaux-de-vie qu’il destine sans aucun doute à sa consommation personnelle. 

Mais Soizic et Régis qui s’accommodent plutôt bien l'un de l'autre, ourdissent avec méthode le plan prôné par le médecin pour trouver une partenaire à Didier. Le plan s’appelle meetic.fr.

Cette savoureuse chronique de la ferme ordinaire est la caricature bienveillante d’un métier que l’on sait difficile et peut-être en voie de disparition. Si l’amour est « possiblement » dans le pré, on doit tout de même prendre quelques précautions…

L'école de Léon de Serge Bloch / L'école fait sa rentrée de Christian Robinson

L'école de Léon de Serge Bloch aux éditions Albin Michel Jeunesse, 10.50 euros.

Pour le plus grand bonheur de tous, ou pour le plus grand désarroi... c'est LA RENTREE!! Lundi, préparez vos mouchoirs, armez-vous de patience, c'est reparti pour une année scolaire!
Et pour les plus petits, ceux dont le seuil de l'école n'est pas encore franchi, rien de mieux que de préparer cette rentrée avec Léon.
Léon a vécu sa rentrée des classes comme tout un chacun, entre excitation et appréhension. Il raconte ses découvertes et ses épreuves avec humour pour faire de ce premier jour d'école une formalité! L'école de Léon est devenu un classique incontournable, tendre et touchant à la fois.

L'école fait sa rentrée de Adam Rex et Christian Robinson aux éditions Little Urban, 14.50euros.
Et que dire des écoles elles-mêmes? Elles aussi ont eu des vacances, deux mois pour hiberner en attendant l'ouragan de septembre! Pour celle de ce bel album, elle vient juste d'être construite. Entre ses quatre murs, rien pour l'instant, des lignes tracées sur le sol, de temps à autre des personnes faisant le ménage. Quelque chose se trame, et l'école commence à se poser des questions... Que va t-il lui arriver? Les cris des enfants ne vont-ils pas lui casser les oreilles?
Original et amusant, cet album, à lire à des enfants entre 3 et 5 ans, est une jolie manière d'appréhender la différence et le respect des lieux.




vendredi 24 août 2018

Les dédicaces à ne pas manquer!


JEUDI 30 AOÛT de 11h00 à 13h00

Alain du Beaudiez

pour
 "La Grande Guerre, autopsie d'un séisme 1870 -1935"


"La Grande Guerre doit-elle être consi­derée comme un accident de l’Histoire? Ou ne fut-elle pas, plutôt un séisme, inévitable conséquence de la plus rapide et profonde transformation que le monde ait connu depuis ses origines?
Une accélération du temps sans précédent s’était, en effet, produite dans le dernier tiers du 20ème siècle et la Révolution industrielle avait déjà bouleversé l’Europe, ses possibilité techniques, le mode de vie de ses habitants, tout comme la hiérarchie dans la puissance des États.
La Grande Guerre doit être perçue comme le chant du cygne de l’Europe qui abandon­nera aux États-Unis, entrés tard dans la guerre, le leadership du monde. Toutefois, le nouvel Ordre Mondial qui sera mis en place s’avèrera fragile.
Ni la disparition des empires vaincus, ni la nouvelle carte du monde qui sera dessinée, ni la Société des Nations, organisme censé assurer la paix du monde, n’empêcheront, tant dans l’Italie frustrée, que dans ­l’Allemagne humiliée, des régimes fascistes de prendre le pouvoir et de chercher leur revanche. Un deuxième conflit, véritable réplique du précédent, s’avérera alors inéluctable."

Monsieur Viannet de Véronique Le Goaziou

Monsieur Viannet de Véronique Le Goaziou aux éditions La Table Ronde, 16 euros.

Notre rôle de libraire est aussi, en cette rentrée littéraire, de partager avec vous des textes plus intimes et hors des sentiers battus. Monsieur Viannet fait partie de ces inclassables que la lecture laisse tantôt songeur tantôt abasourdi.
L'idée de l'auteur est brillante: mettre en scène un entretien entre une cadre d'un cabinet d'études réalisant des sondages sur des faits de société, et un homme juste sorti d'un centre de réinsertion. Le but étant, pour la narratrice, d'étudier l' "après".
Ce dialogue s'inscrit donc en apparence dans un cadre très strict d'entretien sociologique, entre une professionnelle et un homme qui sort de prison.

Le lecteur est pris alors dans un véritable huis-clos: dans cet appartement très étroit de banlieue parisienne, pas de meubles, juste des matelas posés au sol. Pas de décoration, juste des canettes de bière vides et une rangée prêtes à être consommées dans l'heure. Il fait froid, il n'y a pas de chauffage et nous sommes en plein hiver. On pourrait dire: "il n'y a rien". Et pourtant, il y a tant à dire... A commencer par un troisième personnage: Madame Viannet. En apparence effacée, dans un coin du salon, toujours repliée sur elle-même, les cheveux tombants sur ses jambes, elle développe au fil du roman une force puissante et essentielle pour comprendre le lien entre elle et son mari, entre eux et leurs enfants... 
L'entretien se fait en plusieurs sessions, et à mesure que la narratrice rend visite à Monsieur et Madame Viannet, quelque chose se passe: une fascination à leur égard, une sympathie certains jours et un rejet à d'autres moments. Vous l'avez compris, ces rendez-vous amènent la narratrice à repenser sa place, à s'interroger sur elle-même.

Dans ce roman intime et troublant, Véronique Le Goaziou, sociologue de formation, dresse un portrait magnifique et désolant d'un homme sur le déclin, tout en peignant une société à la dérive. Le lecteur se trouve comme au théâtre, au plus près des voix et des émotions, donnant au récit toute la force du savant mélange entre littérature et sciences humaines.


Tao de Manel Olle et Neus Caamano

Tao de Manel Olle et Neus Caamano aux éditions Philippe Picquier, 13.50euros.

« Ne cherche pas et tu trouveras ». C’est avec cet adage que commence la lecture apaisante de cet album. Ode à la réflexion, la rêverie et la spiritualité, les phrases essentielles du Tao sont ici illustrées d’un dessin doux et poétique, mettant à l’honneur la simplicité de la vie et des éléments naturels. Ainsi, de délicats reliefs de collines, de bambous, de nuages, accompagnent les bases du Taoisme pour l’appliquer au quotidien des enfants. Ils permettent de mettre un frein au désir de compétition, d’accepter la différence, et d'accueillir la patience.

A lire à partir de 5/6 ans.

Les Schtroumpfs et le village des filles

Les Schtroumpfs et le village des filles tome 2 "La trahison de Bouton d'Or", de Peyo, par Luc Parthoens, Thierry Culliford, Alain Maury et Paolo Maddaleni, éditions Le Lombard, 10.95 euros

Oyez, oyez! Nos amis les petits hommes bleus sont de retour! Du moins devrions-nous dire nos amies les petites femmes bleues car après la série des Schtroumpfs, voici la série des Schroumpfettes, et le temps passe tellement vite que nous voilà déjà au tome 2 qui confirme ce qui semblait déjà prometteur!
Que les puristes se rassurent, chez les Schtroumpfettes, même ordre hiérarchique que chez les Schtroumpfs: à chaque clan son chef à bonnet rouge. Mais quand viennent les Grands Jeux de l'Arbre-aux-Schtroumpfs organisés chaque année par les filles, chacun retient son souffle: qui de Schtroumpf Costaud ou de Schtroumpfette Tempête va l'emporter? Ce pourrait être un suspens insoutenable si un mystère bien plus grand n'entrait pas en scène en pleine joute fluviale et n'entraînait pas alors une expédition où toutes les forces seront nécessaires pour que la nature, chère à nos petits être bleus, reprenne ses droits.
Une aventure trépidante pour les plus jeunes et un incontournable à savourer comme une madeleine de Proust pour les un peu moins jeunes!

vendredi 17 août 2018

A son image de Jérôme Ferrari

 A son image de Jérôme FERRARI aux éditions Actes Sud, 19 euros.

La destinée d’Antonia, héroïne tragique d’A son image, contient de multiples thèmes déjà chers à Jérôme Ferrari dont le plus prégnant est celui de la Corse. 
Cette fois il en va des heures (glorieuses et moins glorieuses) de l’indépendantisme, dont l’auteur propose une version tragi-comique, qui feront le miel des chroniqueurs de la cause.
Mais si cet aspect si accaparant de l’île de beauté tient une place prépondérante, il n’en est pas, loin s’en faut, central. Le déplacement effectué par l’auteur aborde un autre thème essentiel à l’œuvre de Ferrari: les guerres. 
Antonia donc, femme corse en lutte avec les idées préconçues sur le rôle de la femme dans l’identité corse, est amoureuse d’un des leaders indépendantistes. Elle transporte tout au long du roman le potentiel colérique de l’auteur quant à la stupidité et l’incompréhensible voire insoutenable injustice que la guerre génère. 
Antonia toujours, sera donc confrontée à celle dite d’ex-Yougoslavie. Un choix qui intervient vers la fin du livre au moment où la vision de son métier de photographe pour un journal local ne lui procure plus aucune satisfaction. Mais, avec Jérôme Ferrari, la modernité ne tient plus compte de l'implacable force caractérielle de ses personnages. Ces derniers sont chahutés jusque dans leurs convictions les plus essentielles. Ainsi, le prêtre et aussi oncle d’Antonia, dont il serait idiot de révéler l’importance, est un être tout aussi bousculé par les événements que sa nièce. Plus encore, son ressentiment prédomine et Jérôme Ferrari, qui a tutoyé avec bonheur le roman philosophique, dissémine dans A son image le questionnement religieux qu’Emmanuel Carrère pourrait par ailleurs lui envier. 

Cette écriture gorgée d’intensité de Jérôme Ferrari ne s’embarrasse d’aucune lourdeur métaphorique, elle est tranchante et donne, crûment, s’il le faut, la vérité de l’auteur. Antonia c’est moi, pourrait énoncer Ferrari mais c’est aussi tous ses autres personnages - des hommes principalement - rendus avec précision dans leurs moments de plus grande faiblesse.

Prochaines dédicaces à ne pas manquer!

Lundi 20 août de 11h à 13h

Guy Rechenmann


"Il est des sourires qui camouflent la peine. D'autres cachent la malice, voire le vice, tel celui qu'Anselme Viloc voit se dessiner sur les lèvres de l'une des personnes présentes à l'enterrement de son ami Augustin. Augustin, le colosse, l'indestructible, pourtant mort subitement. Un viager, une mort inattendue, et ce sourire... Un sourire qui le dérange, le hante même... Anselme, le flic de papier, doit comprendre, mener l'enquête pour chasser cette peine qui l'étreint."

Le secret du rocher noir de Joe Todd-Stanton

Le secret du rocher noir de Joe Todd-Stanton aux éditions L'école des loisirs, 12.20euros.


Un bel album jeunesse aux reflets marins pour faire perdurer l'été qui s'étire. Un peu à l’image de L'Ile noire de Tintin, l’histoire se passe dans un village au large des côtes, aux traditions bien ancrées, et où la pêche nourrit le quotidien et l’estomac des habitants. Une légende et un mystère rôdent autour d’un rocher noir, source de toutes les craintes de marins, et de de tous les cauchemars des enfants…sauf ceux d'Erine, qui elle, a bien envie de percer le secret du rocher diabolique. Elle profite d’une virée en mer de sa maman pour grimper sur son bateau, sans que celle-ci s’en aperçoive. Les découvertes qu'elle va faire sont bien au delà des racontars des villageois, et dépassent les limites de son imaginaire d'enfant.
Pour tous les enfants à partir de 2/3 ans, cette fable écologique nous fait passer un merveilleux moment. En quelques pages magnifiquement illustrées sont abordés les thèmes de l’interdit, de la peur de l’autre, de l’environnement et de la prise d'indépendance. Une belle découverte !