samedi 2 décembre 2017

Commissaire Kouamé, un si joli jardin de Marguerite ABOUET et Donatien MARY

Commissaire Kouamé, un si joli jardin de Marguerite ABOUET et Donatien MARY aux éditions Gallimard Bandes Dessinées, 20,00 euros.

La carte postale africaine de Marguerite Abouet n’incite pas vraiment à se précipiter au cœur de la ville d’Abidjan. La métropole ivoirienne, à l’heure où le commissaire Kouamé, dit « Le scorpion », est nommé chef de toutes les polices par son ministre de tutelle, subit une criminalité croissante  et les grands discours politiques pour rassurer la population vont bon train. 

Le commissaire Kouamé se présente comme l’homme de la situation. Ses méthodes teintées de violence très américaine et d’observation aigüe du lieu des crimes à la manière d’un Sherlock Holmes aboutissent à un cocktail très spécial qui dévoile la vie surprenante des bas-fonds de la Côte d’Ivoire.

Le juge au nom spécifique de Compliqué a été découvert assassiné dans une chambre de passe. L’acariâtre Kouamé affublé de son adjoint, le virulent et néanmoins dévoué Arsène ,sont convoqués sur place. Kouamé est impliqué au premier chef par ce meurtre, c'est un ami proche que l’on vient d’abattre. L’enquête survoltée qui débute est un véritable casse-tête. Kouamé se heurte à une foule de bandits à la petite semaine qui l’enfoncent dans une impasse tandis que d’autres morts surviennent et que l’urgence de l’enquête s’amplifie.


L’exotisme omniprésent de cette première enquête du Commissaire Kouamé, même si elle est parfois confuse, apporte une vitalité nouvelle au genre polar. Kouamé et son adjoint, aussi inédit soit-il, composent un duo fantasque et drôle dont on ne sait où commence et où finit leur crédibilité. 
L’Afrique noire est une fois encore un imbroglio socio-politique que Marguerite Abouet semble pourtant parfaitement maîtriser à l’image de ce qu’elle avait déjà magistralement démontré dans la série phare de son oeuvre : Aya de Yopougon.



samedi 25 novembre 2017

La sagesse entre père et fils

Mercredi soir au restaurant Diego Plage, René Lenoir et son fils Frédéric Lenoir ont livré une présentation émouvante de leurs derniers ouvrages. Le père et le fils, réunis pour la première fois devant leur public, sont revenus sur leurs trajectoires de vie et leurs influences. A la lecture de leurs livres, on découvre en effet toutes les valeurs qui les unissent depuis toujours.
A commencer par une soif de donner un sens à l'existence.
"Il y a quelques millions d'années, l'Homme est apparu sur terre. Depuis il se demande ce qu'il fait là", nous dit René Lenoir dans son ouvrage Le chant du monde est là publié chez Albin Michel. A travers des souvenirs allant de l'enfance à l'âge adulte, il élabore un portrait édifiant de notre place dans le monde, et notre rapport aux autres espèces. La nature a toujours eu un rôle majeur dans sa vie,tout comme dans celle de son fils qui a évoqué mercredi ce que lui a transmis son père, et particulièrement son amour pour les animaux. Frédéric Lenoir a d'ailleurs fait paraître chez Fayard cette année une Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment), qui questionne la relation Homme-Animal dans le monde contemporain. La communion avec la nature nous permet en effet d'être plus à l'écoute de notre environnement, et cela nous amène à une forme de vigilance, de sagesse et de bienveillance indispensable pour penser l'Humain aujourd'hui.
"Sensibilité, langage et conscience de soi nous relient au monde" peut-on lire dans l'ouvrage de René Lenoir. Cette réflexion partagée par son fils nous permet de reposer notre âme dans nos sociétés où la vitesse des progrès scientifiques et technologiques nous dépasse. 
Pour Frédéric Lenoir, l'écoute de soi doit être au cœur de nos préoccupations. C'est à la lecture de l'Ethique du philosophe Baruch Spinoza qu'il a eu une révélation à ce sujet. Il publie une biographie intellectuelle du philosophe intitulée Le miracle Spinoza, chez Fayard. Celui-ci nous invite à réfléchir avant d'agir, à ne pas surréagir mais bien d'apaiser nos émotions. Tout ceci fait écho aux tensions politiques et sociales du monde d'aujourd'hui. René Lenoir et Frédéric Lenoir invitent leurs lecteurs à questionner au regard de la philosophie la montée des extrémismes et l’élection de Donald Trump l'année dernière à la Maison Blanche.
"Il est avant tout un sage qui cherche à changer notre regard afin de nous rendre libres". Spinoza analyse l'Homme à travers le prisme des émotions: joie et tristesse sont les deux socles qui régissent nos vies. Si nous apprenons à les dominer, à les accepter, nous grandissons et pouvons accueillir avec sagesses toutes les épreuves de la vie.
C'est donc avec bienveillance que le père et le fils se sont livrés à leur public, éveillant ainsi les consciences de chacun.
(Photos: MrRoudoudou.com )

Collection "Explique moi..." chez Nathan

La pauvreté et la faim de Louise Spilsbury et Hanane Kai,
 éditions Nathan 12.90 euros



Les réfugiés et les migrants de Ceri Roberts et Hanane Kai, éditions Nathan 12.90 euros










Voici une nouvelle collection initiée par les éditions Nathan qui est à mettre dans toutes les mains!
Cette collection intitulée "explique moi..." a le grand mérite de traiter de sujets loin d'être faciles à aborder et sur lesquels il est toujours difficile de trouver les mots justes pour expliquer des situations réelles que les plus jeunes ont souvent du mal à concevoir car éloignées de leur imaginaire. Rien n'est éludé mais tout est décrit pour aider l'enfant à comprendre sans l'effrayer sur des sujets pourtant durs.
Ces albums qui se lisent comme une histoire sont en revanche conçus comme de vrais outils pédagogiques avec, à la fin du livre, une bibliographie pour aller plus loin et et un glossaire pour expliquer les termes comme "famille d'accueil", "terrorisme", "camp de réfugiés", "banque alimentaire". Des termes et des situations qu'ils voient désormais malheureusement quotidiennement autour d'eux, ne serait-ce que dans la presse.

Nouvelles collections en papeterie!

Venez découvrir nos nouvelles collections de cartes pour toutes les circonstances: 
cartes pop-up, cartes "puzzle", cartes avec "Swarovski elements" please, 
de quoi ravir les yeux de ceux qui les recevront 
car elles sont toutes un cadeau en elles-mêmes!
Voici, en exclusivité, rien que pour vous, un échantillon:




...sans oublier de nouveaux marque-pages qui vous donneront encore plus envie de retrouver votre page!

samedi 18 novembre 2017

Discussion avec René et Frédéric LENOIR


RÉSERVATION CONSEILLÉE AU 05 56 83 53 32

Le grand Débat 24-25 Novembre 2017








Souvenirs dormants et Nos débuts dans la vie de Patrick MODIANO

Souvenirs dormants de Patrick MODIANO aux éditions Gallimard, 14,50 euros

Patrick Modiano est un auteur rare et attendu. Deux livres de lui paraissant, il est normal que les médias s’en emparent…

Le type de narration, la mise en scène, l’orchestration, le roman, s’il faut aussi le définir ainsi, chez Modiano, est une affaire connue et récurrente. 
Régulièrement, en effet, celui-ci a puisé dans des souvenirs qui ont accaparé sa jeunesse, livrant une mixture inédite d’histoires étranges et lointaines mais qui ont un fort pouvoir d’attraction grâce au style gracieux et épuré de l’auteur. 
Le Modiano qui accompagne le lecteur ou plutôt qui apparaît comme le vecteur de ces Souvenirs dormants n’a encore rien publié mais s’apprête à cette publication.  
Son errance parisienne intègre cette fois un monde ésotérique qui s’anime autour de l’œuvre de Gurdjieff, gourou influent dont le livre Rencontres avec des hommes remarquables est le plus connu. 
Tout cela est lointain et proche à la fois. Quarante ans nous annonce Modiano. 
Martine Hayward, Stioppa, Mireille Ourousov, Geneviève Dalame, Jacques de Bavière (ou Debavière!), Emil Stern et Madame Hubersen sont des noms qui clament un univers opaque en dépit des lieux parisiens familiers où ils se dissolvent.
Souvenirs dormants, donc, est un récit modianesque absolu d’où émane une atmosphère aussitôt  reconnaissable qui distille l’essence d’une époque révolue. 
Modiano est affecté par des rencontres essentiellement féminines nourries d’inquiétude et d’absence. 
Est-il bien sage d’en raconter plus ?  
La prescription est proche, dit l'auteur, à propos de ceux qui ont connu le Paris auquel il se sent à jamais associé. Un Paris qui n’est hélas plus celui où il vit aujourd’hui.




Nos débuts dans la vie de Patrick MODIANO aux éditions Gallimard, 12 euros 

Nos débuts dans la vie est, chose quasiment inédite chez Modiano, une pièce de théâtre avec une description de scène et des indications de lumière. 
Quatre personnages, Dominique, Jean, Elvire et Caveux vont discourir, le plus souvent par paire, dans un décor de théâtre. Les plus jeunes, Dominique et Jean, sont à l’orée d’une carrière que les plus âgés, Evire et Caveux, tentent de diriger ou de contrecarrer, inconscients de l’étendue de l’échec de la leur propre.
Il faut préciser qu’Elvire est la mère de Jean et Caveux, certainement l’amant de celle-ci. Dominique, quant à elle, est une amie proche de Jean et peut-être sa maîtresse. 
Comment éloigner Dominique de Jean ? Comment aider Jean à devenir l’écrivain « professionnel » que Caveux (qui a côtoyé Sartre) est devenu ? 
Dominique répète La mouette de Tchekhov qu’elle joue sous la direction d’un certain Salvesberg. Elvire, dans le théâtre voisin (une porte secrète réunit les deux théâtres), joue Bon week-end Gonzales (d’on ne sait qui). 

Cet affrontement, au demeurant simpliste, ne l’est plus lorsque le personnage d’Elvire rouvre une ancienne fêlure, celle de ses débuts au théâtre. Modiano alors touche au but. Il émeut. L’avenir confiant de Dominique et Jean se voile du témoignage d’Elvire. Un miroir leur est tendu. La nostalgie apparaît et clôt la pièce d’une façon déchirante.

Pour quelques gouttes d'eau

Pour quelques gouttes d'eau de Anne Jonas et Marie Desbons, éditions Le buveur d'encre, 16.00 euros:

Dans un lointain pays où le soleil assèche la terre, Zahina est une petite fille qui sait ouvrir grand les yeux sur le monde qui l'entoure. Dans ce pays l'eau est un trésor qui nécessite patience et partage, Zahina l'a appris jour après jour dès sa plus jeune enfance.
Sa gorge est sèche mais ses yeux observent, se nourrissent de chaque visage croisé, de chaque caillou qu'elle trouve sur le chemin qui l'amène au puits où elle se rend tous les jours avec son père. Son corps est là, mais son cœur et son esprit voyagent au loin, rêvent devant le buisson qui dessine la tête d'un lion, le bruit du tam-tam qui annonce la venue d'un nouveau-né. Cruche sur la tête, chaque pas sur le long chemin aride est douleur mais cette douleur n'est rien comparée à celle que la petite fille ressent à chaque fois que sa cruche vacille et que les précieuses gouttes tombent sur le sol. C'est pour elle à tout instant une perte effroyable qu'elle tait de longues années jusqu'au jour où la cruche se casse et où son père lui relèvera la tête pour lui montrer les merveilles apparues au fil de l'eau tombée.

Un album absolument magnifique
 où la poésie de l'histoire et de celle de l'illustration ne font qu'une!


Le Journal d'Anne Frank

Le journal d'Anne Frank Ari Folman, David Polonsky éditions Calmann Levy, 16 euros:

Lorsque la fondation Anne Frank a proposé à Ari Folman d'adapter en bande dessinée le fameux journal, la réflexion fut longue et intense : comment illustrer ce texte d'une richesse incomparable, tant par son caractère unique que par le nombre de ses lecteurs à travers le monde ? Il fallait donc non pas se mettre à la place d'Anne, mais respecter ses mots, ses pensées, ses peurs et ses idéaux. Isolée dans l'annexe de l’entrepôt du 263, Prinsengracht aux Pays Bas, Anne commence à écrire son journal à treize ans, en 1942.
Ari Folman et David Polonsky s'appuient sur cet isolement pour dresser des planches d'une grande beauté : à la fois sombres par le contexte oppressant des bombardements environnants, mais aussi lumineuses par l'ironie qui se dégage du discours d'Anne, sur les autres membres de sa famille et sur le couple Van Daan particulièrement. Les lettres qu'elle écrit à son journal, baptisé « Kitty », trouvent une belle résonance dans un dessin fantasmagorique et baigné par l'idée de solitude. Car c'est parce qu'elle se sent abandonnée qu'Anne éprouve le besoin de mettre des mots sur son expérience.
Les deux auteurs de ce roman graphique ont donc adopté un dessin respectant aussi bien le questionnement naturel de toute adolescente de cette âge tout en y ajoutant le spectre de la guerre et ses angoisses.



Une parution qui fait écho à celle de l'intégrale des lettres, carnets et contes écrits par la jeune fille, chez Calmann Levy également.

C'était William Finnegan à Arcachon

Quelques images du passage de William Finnegan, Prix Pulitzer, à Arcachon!