vendredi 24 janvier 2020

Festival international de la Bande-Dessinée d'Angoulême





La librairie vous donne rendez-vous pour la 47ème édition du festival international de la Bande-Dessinée d'Angoulême qui a lieu du 30 janvier au 2 février prochains. 
Comme tous les ans nous mettons à l'honneur le huitième art dans notre vitrine, et nous suivrons avec attention les prix décernés, car y figurent nombre de nos coups de cœur! 

Voir le programme https://www.bdangouleme.com/

La Bande-Dessinée à l'honneur! Payer la terre « Redonner à la nature ce que la nature nous a donné » de Joe SACCO

Payer la terre « Redonner à la nature ce que la nature nous a donné » de Joe SACCO aux éditions Futuropolis & XXI
Aller à la rencontre la rencontre des premières nations des territoires du nord-ouest canadien est l’autre façon d’appréhender ce volumineux reportage traité sous la forme de Bande-Dessinée par un des maîtres du genre déjà reconnu avec, entre autres, Gaza 1956, The fixer, Une histoire de Sarajevo et La Grande Guerre : le premier jour de la bataille de la Somme.

Cette histoire du peuple autochtone Dene peut intéresser un public impliqué dans l’écologie si tant est qu’il soit averti du problème central des ressources terrestres et de ce qu’elles ont précipité d’un point de vue humain, c’est à dire culturel.

Les Dene ont toujours habité ce lieu excentré des terres du nord-ouest du Canada où les températures avoisinent celles de la Sibérie. Peuple chasseur, piégeur, pêcheur, les Dene sont des hommes et des femmes de la forêt, autonomes, isolés et cependant parfaitement acclimatés à leurs rudes conditions d’existence. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le gouvernement arriviste blanc n’avait considéré ces terres éloignées comme détentrices de richesses qu’il se devait d’exploiter. Gaz, pétrole et pourquoi pas or ont amené les colons à investir non seulement les lieux mais aussi à forcer les Dene et d’autres peuplades autochtones à se plier à la civilisation blanche, à leur langue et bien sûr leur religion. 

Joe Sacco est venu et a interrogé une foule de personnes témoins de ce qui s’est produit sur ces terres. C’est donc un recueil que Joe Sacco a scrupuleusement retranscrit tout en dessinant les intervenants comme une procession qui amplifie au fur et à mesure la complexité d’une situation à première vue désastreuse. 

C’est au fond d’une mine que Joe Sacco émet un avis - son analyse est rare -  à plusieurs centaines de mètres sous terre, parce qu’on a voulu lui montrer comment, de l’extraction de l’or, il faut traiter de la poussière de trioxyde de diarsenic, substance mortelle même à très petites doses que l’on stocke (237 000 tonnes !) sur le site même de la mine. Une sorte de conclusion lui traverse l’esprit : 

« Je suis venu dans les territoires du Nord-Ouest pour rencontrer les Dene, qui ont de par leurs traditions, une perception de leur place dans la nature plus éloignée de moi que tout ce que j’avais pu connaître jusqu’alors. J’en ai appris un peu sur eux, mais surtout dans les domaines où leurs vies et nos besoins se recoupent. Je repartirai avec de nombreuses questions sans réponses au sujet de mes hôtes autochtones, mais pour l’instant, à plusieurs centaines de pieds sous terre, après que l’on m’a longuement vanté les merveilles technologiques de l’assainissement, ma principale interrogation porte sur mon espèce, sur nous. Quelle est la vision du monde d’un peuple qui ne murmure ni remerciements ni prières, qui extrait tout ce qu’il veut de la terre, et paie ses dettes avec de l’arsenic? »





Spécial nouvel an chinois : Shaolin, pays de Kung-Fu de Pierre Cornuel






Shaolin pays de Kung-Fu de Pierre Cornuel, éditions HongFei, 16.90 euros



Le bonheur est au-delà de la peur...

Mengmeng vit dans un petit village au cœur de la Chine, élevée par sa tante Lina qui tient un étal de fruits sur le marché.
Un jour, alors que des brigands viennent piller le village, Mengmeng s'enfuie le plus loin possible pour être finalement recueillie par des moines de Shaolin. Elle y rencontre Kun-Yi et Maître Jong, pour apprendre l'art du Kung-Fu.
Observer, être patiente, synchroniser ses mouvements, apprendre l'échec avec humilité, toutes ces étapes sont essentielles pour apprendre à maîtriser ses émotions, elle qui ne sait pas si sa tante est encore en vie.
A mesure qu'elle apprend la solidarité et la solidité mentale, aura t-elle le courage de les mettre en pratique pour revenir dans son village?
Ode à la maîtrise et au dépassement de soi, voici un album pour découvrir une tradition et pratique culturelle chinoise en apparence très connue grâce aux films d'arts martiaux, mais dont les valeurs et la discipline restent toujours mystérieux pour nous.
A partir de 6 ans.



Une pensée solidaire pour le peuple chinois qui subit en cette période traditionnellement festive des évènements tragiques.


Icebergs de Tanguy VIEL

Icebergs de Tanguy VIEL aux éditions de Minuit, 13 euros.


À la page des remerciements, Tanguy Viel révèle qu’Icebergs a réclamé plusieurs années - de cogitation (il ne le précise pas) - plutôt que de rédaction car le livre est court mais non dénué de terme choisis et souvent rares lorsqu’il fallait signifier au plus près la quête et l’enfoncement précieux que réclamait la pensée propre de l’auteur qui fait à coup sûr de ces « Icebergs » un livre unique dans son œuvre.

On peut justement ressentir, au terme de sa lecture qu’il est possible de croire difficile, une évolution probablement engendrée par la difficulté à atteindre au final une forme libératrice, et un plaidoyer pour une littérature que Tanguy Viel cherche à promouvoir à nouveau au moment où domine une autre littérature « si prête à se faire sociologie ou reportage au travers de la première fiction venue » et qui remporte tous les suffrages au détriment, écrit-il encore, de celle qui « laisse infuser dans la syncope d’une phrase, dans la fragilité d’un narrateur, dans la douceur inquiète d’un style, dans l’inachèvement d’une forme, cette grande fraternité du chuchotement, où ne nous console au fond que de croiser d’autres errances ».

En concluant ainsi son ouvrage, Tanguy Viel ne ramène rien à lui-même. Une culture multi-séculaire a fait depuis longtemps son chemin et toute l’histoire de la littérature en a été à son profit parcourue. Cicéron, Christine de Pizan, Sigmund Freud, Goethe, Henri-Frédéric Amiel, Montaigne, Anaïs Nin, Virginia Woolf, Sénèque, Dante, Jorge Luis Borges, Antonin Artaud, Henri Bergson, Marcel Proust, Aristote, Malcolm de Chazal, Italo Calvino, Rainer Maria Rilke, Boris Pasternak, Marina Tsvetaeva, Maurice Blanchot et bien sûr quelques autres sont convoqués dans Icebergs et justifient glorieusement son titre que l’on doit, précise humblement l’auteur, à une certaine Nadine.

vendredi 17 janvier 2020

Croire aux fauves de Nastassja Martin

Croire aux fauves de Nastassja Martin, éditions Verticales, 12.50 euros


"Anthropologie: science située à l'articulation entre les différentes sciences humaines et naturelles, qui étudie l'être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels".

Rien ne peut préparer une personne, quelle qu'elle soit, à se faire attaquer par un ours. Le 25 août 2015, alors qu'elle marche dans les montagnes du Kamtchatka, l'anthropologue se retrouve face à face avec un fauve. Si elle avait détourné le regard, peut-être tout aurait été différent, l'ours ne l'aurait pas attaquée, elle aurait gardé son beau visage, la bête aurait peut-être tourné les talons. Cette rencontre pure et simple aurait déjà pu alimenter l'écriture d'un livre.
Si on demande aujourd'hui à Nastassja d'imaginer sa vie sans cette "rencontre", cette confrontation physique, ce combat furtif durant lequel son visage et la gueule de l'ours n'ont fait qu'un, elle ne voudrait pas. Elle irait jusqu'à nous confier qu'elle recherchait cet événement, depuis toujours peut-être. Et cela malgré la lente, très pénible convalescence qu'elle a éprouvée, au cœur d'une guerre médicale entre hôpitaux russe et français, "détachée de son corps tout en l'habitant encore."
Que peut-elle faire pour chercher un sens à sa douleur? Ce qu'elle sait le mieux : faire de l'anthropologie. Sur les terres du Kamchatka, les êtres ne se rencontrent pas par hasard, ils sont guidés par leur traditions, leurs instincts, leurs croyances, leurs rêves et leur destinée sur Terre. 
Si elle est une victime en France, elle devient en Russie une miedka, mi-ourse, mi-femme. Avec une raison d'être, une ligne de vie, dans laquelle elle trouve, au contact des peuples indigènes, la juste corrélation entre la nuit et le jour, entre ses rêves et la réalité.

Croire aux fauves est un récit d'introspection, d'aventures et de découvertes sur une jeune femme croyant aussi bien au raisonnement scientifique qu'aux miracles de la vie.

 C'est toujours comme ça ici, rien ne se passe jamais comme on veut, ça résiste. Je pense à toutes ces fois où le coup ne part pas, où le poisson ne mord pas, où les rennes n'avancent pas, où la motoneige toussote. C'est pareil pour tout le monde. On essaie d'avoir du style mais on trébuche, on s'enfonce, on clopine, on tombe, on se relève.


Amertume Apache de Joann SFAR et Christophe BLAIN

Une aventure du Lieutenant BLUEBERRY d’après l’oeuvre de Jean-Michel CHARLIER et Jean GIRAUD, Amertume Apache de Joann SFAR et Christophe BLAIN aux éditions Dargaud, 14,99 euros.


Grande affaire que de reprendre Blueberry mais les non-initiés peuvent se rassurer, l’histoire d’Amertume Apache est d’autant plus réussie qu’elle annonce une suite intitulée Les hommes de non-justice.

Beaucoup de morts, de violence et de désir encadrent cet épisode du "Corto Maltese de l’ouest" mieux connu sous le nom de Mike Blueberry.
Dans ce Far West sauvage, qui sont les plus cruels ? Les Apaches parce qu'ils ont tué de sang froid une femme seule dans sa ferme (Brigitte Bardot apparaissant courtoisement pour le rôle) ou bien ces deux jeunes stupides fils du chef de la concession minière que l'ont voit au tout début tenter de violer une indienne sortant de la rivière ?
Toujours est-il, voilà deux victimes propres à mettre le lieutenant Blueberry dans une belle colère et dans un sacré pétrin. Homme de paix et de confiance auprès des Apaches, il n'en demeure pas moins un homme blanc. 

Alors quel meilleur endroit pour mettre un peu d'ordre dans ses pensées que le fort Navajo où l'attendent de pied ferme l'incandescente Ruth (Claudia Cardinale dans sa période Il était une fois dans l'ouest!) et, dans une moindre mesure, son chef de camp de mari avec qui il va tâcher d'éviter une guerre avec les Indiens ?

Comme chez Corto (décidément) les tracasseries pullulent aussi bien chez les Blancs que chez les Apaches dont ont découvre ici un sens aigu de l'enquête ainsi qu'un art bluffant au jeu de cache-cache.


Vous l'aurez compris, un peu d’humour n'est pas de trop au pays des cowboys et des Indiens, et d'ailleurs, quel message nous ont glissé les auteurs en introduisant un intrigant personnage promoteur du progrès (aux airs impénétrables de Charles Denner) qui propose à quiconque (et à Blueberry en particulier) de défier sa tireuse d'élite !



Notre maison de Walid Taher

Notre maison de Walid Taher, traduit de l'arabe (Egypte) par Mathilde Chèvre, éditions Le port a jauni, 13 euros.



"Notre maison est pleine d'escaliers et de pentes et, tout au long de la journée, on monte, on descend, on monte, on descend, sans autre but que de descendre et monter".

Cette maison est bien originale et parfois même étrange: véritable labyrinthe qui transforme l'album en "cherche et trouve", on y est le bienvenu. On peut y danser, faire du vélo, de la voiture, jouer à cache-cache, dessiner. On peut y voir, y imaginer ce que bon nous semble, au fur et à mesure des événements du quotidien (manger, se laver, dormir, regarder la télé).
Avant d'y entrer, n'ayez crainte, il n'y a pas de règles sauf les plus élémentaires: se respecter, s'aimer, partager et rire.
Les éditions Le port a jauni (voir leur site) nous offrent une nouvelle fois matière à rêver et se surpasser.
A partir de 4 ans.




vendredi 10 janvier 2020

Berta Isla de Javier MARIAS

Berta Isla de Javier MARIAS aux éditions Gallimard, 23 euros.


Qu'est-ce qu'être espion ?
Après que l'on a éludé toute l'imagerie propre à James Bond (de Ian Flemming of course), que l'on a frayé avec les tractations intellectuelles de Graham Greene (Le facteur humain, for example) ou encore disputé quelques parties d'échecs en compagnie de John Le Carré (celui qui venait du froid), une question néanmoins demeure: quel type d'existence "normale" (avec femme et enfants voire ami(e)s) est en droit de mener un espion ? Et quelle vie fait-il mener à ceux-là ? Que sauront-ils ? Cette femme qu'il considérera malgré tout comme la plus proche de lui, que lui dira t-il ? Que lui cachera t-il ?

C'est à cette femme-là qu'a pensé Javier Marias à l'origine de ce  roman. Aux tourments fatals qu'engendrerait une telle liaison du côté de l'ignorante, de celle qui immanquablement sera trompée.
Voici Berta Isla, jeune femme madrilène, épouse de Tomas Nevison qui est rentré de ses études en Angleterre (Oxford) avec un emploi au Foreign office et en prime une belle carrière qui s'annonce dans sa ville, Madrid.

Que faudra t-il à Berta pour comprendre que les absences régulières de Tomas ne sont pas liées à son prétendu métier diplomatique ? Ses voyages qu'il lui annonce à Londres sont un écran total à ses activités réelles.
Berta Isla doit se résoudre à cette ignorance absolue des relations et des actes de Tomas sitôt qu'il est parti (et d'ailleurs où ?).

Le lecteur du roman de Javier Marias a lu, en préambule, un épisode décisif qui a dérouté Tomas Nevison de la voie qu'il s'était choisie. Dès lors, ce coup d'avance, pris par le lecteur, ajoute à son accompagnement du cheminement de la conscience de Berta (jusqu'à sa résolution finale), une perspective que l'écriture de Javier Marias rend ensorcelante et qui n'est pas sans rappeler par endroits le livre d'Ira Levin Rosemary's baby (ou son adaptation au cinéma par Roman Polanski). Voilà une mesure de l'intensité atteinte par Javier Marias. 

Blake et Mortimer - tome 26 - La vallée des immortels tome 2 d'Yves SENTE, Teun BERSERIK, Peter VAN DONGEN

Blake et Mortimer - tome 26 - La vallée des immortels tome 2 d'Yves SENTE, Teun BERSERIK, Peter VAN DONGEN aux éditions Dargaud, 15,95 euros.


Les amateurs ne l'auront pas manqué, le tome 2 de La vallée des immortels est une pierre magistrale à l'édifice Blake et Mortimer repris depuis plusieurs années par le caméléonesque scénariste nommé Yves Sente.

Ce n'est pas un hasard si nous avons fait la chronique de l'une de ses productions récentes (la série XIII) dont il tient également les commandes depuis bon nombre d'épisodes et cela sans compter sa participation à une autre série majeure (Thorgal).

Yves Sente n'est bien évidemment pas le seul à collectionner aventures et personnages de prestigieuses ou moins prestigieuses séries. La vie de René Goscinny que Catel (et Anne Goscinny) nous ont proposé sous la forme d'un roman graphique (dont Catel s'est fait une spécialiste) est un exemple probant du statut de scénariste qu'il ne faut pas occulter au moment où le festival d'Angoulême va bientôt ouvrir ses portes (le 30 janvier).

Si les dessinateurs sont souvent les vedettes de ce type d'évènements, s'ils ont les honneurs des files d'attente (et doublement lorsqu'ils sont eux-mêmes scénaristes de leurs propres dessins), les scénaristes de profession, à l'image de ce que vient de fournir Yves Sente avec cette livraison numéro 2 de La vallée des immortels, sont les talents indissociables à une bonne Bande Dessinée car sans histoire...


Le marchand de bonheur

Le marchand de bonheur de Davide Cali et Marco Soma, éditions Sarbacane, 16.50 euros, 3/6 ans



Il est des albums jeunesse qui vous enchantent parfois et, si une chose est sûre, c'est bien que celui-ci émerveillera petits et grands. 

Monsieur Pigeon a l'un des plus beaux métiers du monde: il est colporteur de ... bonheur ! Et oui, ça existe. Avec sa camionnette remplie de pots de bonheur de tous les formats, Monsieur Pigeon est d'ailleurs très demandé et ne cesse de parcourir les chemins à la rencontre de Madame Huppe, Madame Rossignol, Monsieur Faisan ou même encore de cette vieille Madame Rouge-Gorge qui n'a pas beaucoup de moyens mais qui tient quand même à offrir quelques petits pots à tous ses petits-enfants. Ces derniers ont déjà tout d'ailleurs mais le bonheur de Madame Rossignol n'est-il justement pas dans ce plaisir de faire plaisir ?

Si l'histoire qui nous est contée est en elle-même déjà belle et poétique, la magie de ce livre se révèle peut-être encore davantage à travers les magnifiques illustrations de Marco Soma qui invente ici un univers unique et d'une très grande finesse.