vendredi 15 mars 2019

Taqawan d'Eric Plamondon

Taqawan d'Eric Plamondon aux éditions Le Livre de Poche, 7.40euros.

Réservez ce livre

Le 11 juin 1981, Océane a quinze ans lorsque des émeutes éclatent dans son village appartenant à la réserve indienne de la province du Québec.  Cette réserve est aussi sous la tutelle du gouvernement canadien, ce qui est à l'origine de nombreux débats et discordes politiques.
L'intervention des forces de l'ordre ce 11 juin est là pour endurcir les règles de chasse et pêche sur le territoire par les Amérindiens. Cependant, le lecteur est averti dès le départ: "Un Indien ne s'agenouille devant personne". Les autochtones entendent bien continuer d'exercer leur liberté de se nourrir de la nature qui les entoure, car ils ont toujours été là. 
Leur respect profond pour les éléments naturels, animaux et végétaux, est au cœur de ce petit roman remarquable. A travers des anecdotes historiques, des légendes et le récit des traditions amérindiennes, Eric Plamondon promène son lecteur vers un éveil politique et social.
Océane, personnage central, est quant à elle victime de violences policières et trouvera refuge chez un homme aussi attachant qu'énigmatique, Yves Leclerc, agent de la faune.
Impossible et inutile de définir le genre de Taqawan, tant il est plaisant de se laisser guider par ce mélange de récit d'aventures, polar, pamphlet écologique et essai historique. 
Et si l'on apprend l'incroyable épopée que fait le saumon pour remonter les rivières, le lecteur fait lui aussi un saut dans le passé pour remonter à la source des hommes. 

Nestor Burma, corrida aux Champs-Elysées de Nicolas BARRAL

 Nestor Burma, corrida aux Champs-Elysées de Nicolas BARRAL d’après Léo MALET aux éditions Casterman, 18 euros.
Voilà un hommage appuyé  à une tradition bien établie du polar français. Les univers de Michel Audiard et Jean-Patrick Manchette se rencontrent avec peut-être celui de Jean-Pierre Melville ou Henri Verneuil. Le cinéma est donc à sa place chez Nicolas Barral, on ne quitte pas d'une semelle le décor et les personnages qui alimentent l’imaginaire du monde cinématographique. 

Nestor Burma est là bien sûr, ses traits  s’acquittent d'un graphisme emprunté à Jacques Tardi (idée originale et réussie). Le détective imaginé par Léo Malet nous embarque  dans un polar bien français  (décalque  parfait de l’américain) en nous offrant au passage une balade ensoleillée au cœur d’un Paris estampillé années 50/60. 

Au sortir d’une séance de cinéma et alors qu’on se rend au domicile de l ’actrice vedette  que l’on veut féliciter pour son come-back réussi, Nestor Burma et un de ses amis journalistes découvrent celle-ci étendue morte sur son lit.
Dès lors, la machinerie policière s’enclenche et l’enquête roule sur les routes mal pavées du cinéma. 

Si le scénario paraît par moments retors, on se pique malgré tout de l’intrigue aux forts rebondissements parsemés de nombreux cadavres. Mais le plus palpitant demeure, si l’on peut dire, cette restitution de l’époque  avec une mention particulière  réservée aux dialogues. L’influence de Manchette est ici prégnante, de subtils jeux de mots apparaissent avec quelques clins d’œil appuyés pour certaines "gueules" de l’époque (Michel Constantin, Robert Alban, Lino Ventura (?) (et sûrement quelques autres…). Ceci renforce le respect et l’amour de Nicolas Barral pour le genre, lui qui en ne cherchant point à s’en affranchir le magnifie pour en faire un  objet purement artistique où, il est vrai,  le plaisir visuel est garanti.



Le chemin de la montagne de Marianne Dubuc

Le chemin de la montagne de Marianne Dubuc aux éditions Saltimbanque, 13.90euros.

Réservez cet album

Ceux qui connaissent le dessin doux et délicat de Marianne Dubuc savent son talent pour raconter de grandes aventures d'animaux tout en décrivant leur chemin intérieur.
Madame Blaireau escalade tous les jours une petite montagne, saluant chaque animal sur son passage, prenant des nouvelles de chacun et soin de quelques autres. Elle prend sous son aile un petit chat, Lulu, intrigué par Madame Blaireau. Celle-ci va l'éveiller aux merveilles de la nature, mais aussi lui apprendre à écouter son cœur, et à ne pas se dévaloriser.
Madame Blaireau est une dame d'un certain âge, et le jour où elle ne se sent plus capable d'escalader cette montagne, Lulu va devoir prendre sa vie en main et veiller à son tour sur les animaux qui se trouvent sur son chemin.
Une ode tendre à la vie et à notre nécessité de prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres.
A partir de 3 ans





vendredi 8 mars 2019

Pépites en stock: jeu concours du 7 au 16 mars 2019




Grand lancement ce week-end de notre jeu concours Pépites en stock.
 Pensez-vous bien connaître les libraires de La Librairie Générale? 
Venez tenter votre chance en magasin en remplissant le bulletin de participation sur lequel vous devrez relier chaque libraire à son coup de cœur.
 Mais ce n'est pas tout, si vous observez bien notre vitrine, vous pourrez trouver l'identité du livre mystère, et inscrire également son titre et son auteur sur ce bulletin. 
Rassurez-vous, vos libraires sont là et vous ont déjà préparé quelques indices!

Après tirage au sort des bonnes réponses, les gagnants repartiront
 avec un lot de livres et une surprise gourmande de la Torréfaction d'Arcachon.

 



La petite Russie de Francis DESHARNAIS

La petite Russie de Francis DESHARNAIS aux éditions Pow Pow, 19 euros.



Cette Bande Dessinée aurait pu s'appeler Guyenne comme le nom du village de pionniers dont il est question durant tout l'album. 
L'origine du nom ne nous est pas donnée. Située aux confins d'une région du canada français, l'Abitibi, Guyenne vaut sans doute par l'origine française d'un de ses fondateurs en 1934. Il ne s'agit pas de Marcel Desharnais, grand-père de l'auteur venu s'installer après sa création en 1947. 
Quiconque pouvait venir à ce moment-là, il fallait en effet conquérir ces zones boisées - le gouvernement canadien encourageait l'installation des pionniers qui formaient alors une communauté coloniale coopérative. 
La petite Russie fut surnommée ainsi en raison du soupçon communiste qui régnait à Guyenne. Les décisions du village étaient prises dans un local où les hommes discutaient ensemble des affaires qui les concernaient. 

Dans une langue patoisante, l'album de Francis Desharnais évoque l'intégration puis la totale implication de son aïeul dans ce système coopératif. D'une autre façon, ce sont les conditions de vies des bûcherons que l'on voit dessinées avec une intensité propre à l'environnement forestier qui les entoure.

Marcel Desharnais se battra pour devenir cultivateur. Mais peut-être est-ce sa femme qui combattra le plus, notamment contre la société masculine qui interdit aux femmes d'assister aux réunions et de prendre part aux décisions. Cette femme c'est Antoinette Desharnais qui n'en peut plus d'avoir tous les ans un marmot de plus.
Les discussions du couple tout comme celles tenues par les villageois deviennent par on ne sait quel enchantement tout-à-fait passionnantes. Les "sanababiche", "beau joualvert" ou autres "astheure"  y sont sans doute pour beaucoup à moins que le dessin de Francis Desharnais ne soit le vecteur de cette addiction à la vie de Guyenne. Un dessin légèrement rétro mais singulièrement poétique lorsqu'il entre dans cette forêt quotidienne que l'auteur ne se lasse pas de croquer.

le chansonnier Félix Leclerc s’arrête à Guyenne pour tourner le film Les Brûlés (ONF, 1959)

 

Sous la canopée, Arbres et légends du monde entier d' Iris Volant et Cynthia Alonso

Sous la canopée, Arbres et légendes du monde entier d' Iris Volant et Cynthia Alonso, aux éditions Gallimard Jeunesse, 18euros.



"Les arbres règnent sur notre planète depuis la nuit des temps. Les racines plongées dans le sol et la ramure bercée par le vent, les arbres, véritables poumons du monde, ont inspiré aux différents peuples de la terre leurs plus beaux mythes."

On apprend très jeune que la nature est importante et qu'il faut la respecter. Voici un livre qui va plus loin pour nous permettre à tous de prendre conscience de leur préciosité.
Le chêne, le bouleau, le marronnier, le pin, le pommier font partie de ceux que nous croisons le plus , mais nous avons beaucoup à apprendre des arbres qui vivent sur d'autres continents: le banyan, le cocotier, le baobab, le fromager... Tous ces conifères ont une histoire, et ont même nourri des légendes et mythes extraordinaires. Saviez-vous que l'aubépine sert aux fées de porte d'entrée vers d'autres mondes? L'If, quant à lui, arbre de vie de la mythologie nordique, a l'une de ses racines qui part du centre de la terre, symbolisant la sagesse et la connaissance universelle. 
Pour nos arbres familiers, il est bien sûr question de la fameuse pomme de Newton qui lui fit découvrir la loi de la gravité, également à découvrir le marronnier d'Anne Frank, si précieux lorsqu'elle a écrit son journal. Sans oublier la forêt de Sherwood, et le cyprès du peintre Van Gogh...

Vous l'avez compris, on apprend grâce à cet album tout l'intérêt de regarder à deux fois les arbres qui nous entourent, et ceux que nous rencontrerons lors de nos voyages. Accompagné d'indications sur les caractéristiques de chacun, il constitue une excellente introduction à l' Histoire de l'Homme, ses mythes et ses croyances.

A partir de 5 ans



jeudi 7 mars 2019

Rome éphémère de Gérard MACE

Rome éphémère de Gérard MACE (photographies de Ferrante FERRANTI) aux éditions Arléa, 9 euros.



Qui du Bernin ou de Borromini a le mieux incarné la Rome baroque ? Lequel a cherché le plus à nuire à l’autre ? Leur rivalité aurait surgi sur le chantier de la basilique Saint-Pierre, le premier reprochant au deuxième l’approche « gothique » de son architecture mais le second auparavant n'avait-il pas fait détruire une chapelle construite par le premier pour y édifier la sienne ? 

Voilà pour donner le ton d’une époque où l’influence de ces deux génies se fit ressentir au grand bénéfice de la cité romaine. Si Gérard Macé insiste sur cette période de la ville, il n’en oublie pas - car son érudition n’est jamais mise à mal sur le sujet - le passé antique et capital de Rome. Combien de lectures, combien de séjours, combien d’années aura t-il fallu pour atteindre une telle facilité d’écriture qui, en quelques cent trente pages (avec les photos), nous instruit avec élégance et précision sur cette ville d’exception ? 

On n’aurait de cesse de courir au plus vite à la rencontre de ces chefs-d’œuvre que sont les églises San Carlino et San't ivo alla sapienza ou les palais Barberini et Spada. Et plus encore, observer les détails, les coulisses du fonctionnement des fontaines ou cette machinerie employée pour créer une illusion plus étonnante qu'au théâtre qui fit apparaître une statue du Christ Enfant devant un miroir de Giovani Antonio Magini : Diverses machines hydrauliques placées autour faisaient en sorte que le visiteur ne voyait ni le miroir ni la statue, mais uniquement l'image de la statue en face du miroir. Oeuvre désormais invisible comme celle que les Pamphili commanditèrent et qu'ils renoncèrent au final à faire exécuter tant le projet proposé par Borromini pour leur villa installée au milieu des vignes leur parut trop audacieux. On n’en finirait pas d'être ébloui par la démesure qui agita cette période fascinante de l'histoire de Rome que les photographies sobres (en noir et blanc) et tout-à-fait éloquentes de Ferrante Ferranti illustrent.


Ce petit livre, qui est au demeurant un grand livre d’art, est un des plus beaux écrits sur Rome comme le commente Pietro Citati qui continue ainsi : 
Une Rome suspendue entre le clair et l’obscur, le ciel et les ruines, les enfers et l’au-delà : une ville de fontaines et de foudre, de fleuve et d’incendie, de fables et d’artifices; cité du théâtre et de l’illusion, élémentaire comme Isis, tragique comme Borromini, abyssale comme Piranèse… Et l’érudition est voilée comme chez Nerval, c’est une érudition qui joue, invente jusqu’au délire, tire des feux d’artifice, pâlit avec les couleurs et les reflets de la nacre, avant de s’éteindre dans la mélancolie.


vendredi 1 mars 2019

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea aux éditions Folio, 7.40 euros.

Une station service Shell située au milieu des collines et plateaux provençaux sert de décor au début de ce petit roman que l'on n'est pas prêt d'oublier. Et au cas où nous commencerions à l'oublier, sa sortie en poche est là pour nous rappeler ces images fortes vécues grâce aux éditions L'iconoclaste.

Un garçon de douze ans, rebaptisé "Shell", aide son père à la station, fait le plein d'essence aux clients de passage, et commence son adolescence dans le cambouis, dans un environnement rythmé par les véhicules et leurs passagers en transit.
Shell a une sœur, plus grande, déjà partie de la maison mais qui n'a de cesse de rappeler à ses parents de "libérer" son petit frère, de ne pas le laisser s'enfermer dans un quotidien délétère, et qui plus est, sans être scolarisé. L'école, Shell l'a connue, cruelle et moqueuse. Shell est différent des autres car déficient intellectuellement. 
Et pourtant, il nous dit être heureux. Se sentir utile à la station, avoir ses jouets préférés près de lui. Il ne demande pas grand chose de plus. Ce petit cocon qu'il s'est créé devient de plus en plus fragile lorsque le roman commence.

Un soir, de peur qu'on décide quelque chose à sa place, Shell s'en va. 
Sa nouvelle vie en tant que fugitif le mènera jusqu'à sa reine, une jeune fille de son âge nommée Viviane. 
Sa nouvelle raison d'être.
Tous les deux sont issus de milieux sociaux opposés mais tous deux s'accrochent à leur âme d'enfant.
Viviane vivrait dans un château, Shell a besoin de la croire pour continuer à vivre. De manière générale il a besoin d'envisager un bel avenir pour tous les deux afin de ne pas fondre en larmes à l'idée d'être loin de chez lui.

Ces instants qu'ils vivent en dehors du monde donnent, le temps de la lecture, une bouffée d'air pur. A la fois attendri par Shell et inquiet de la suite des événements, on suivra avec passion ce moment de vie si important pour un jeune adolescent, celui ou on apprend à être libre, quelque soit notre milieu ou nos contraintes. 










Iran Révolution de Michel Setboun

Iran Révolution de Michel Setboun aux éditions Les Arènes, 22.90euros.

Les photos de Michel Setboun sont connues à travers le monde entier. Son portrait de l'ayatollah Khomeyni est devenu l'emblême utilisé par des milliers de manifestants pour faire tomber le Shah Reza Pahlavi en 1978. 
Et pourtant personne ne pouvait prédire qu'une révolution était à venir en Iran. Michel Setboun sentait qu'il fallait être là, prêt à saisir le moment où le peuple se soulèverait. Dans un premier temps c'est auprès du Shah qu'il effectue ses premiers clichés et reportages,  puis il utilise la notoriété qu'il a acquise en se tournant vers la voix de la rue. 
Quarante ans plus tard, il a retravaillé ces photos d'une façon toute particulière. Le réalisme photographique fait place à de l'extraordinaire : en retouchant ses propres photos, en les déformant, il leur donne un aspect graphique tout à fait saisissant.
Mêlant reportage, récit à la première personne et illustrations éclairantes, Iran Révolution fait ainsi partie des ouvrages incontournables sur la révolution iranienne, au même niveau que l'inoubliable Persepolis de Marjane Satrapi (éditions l'Association).








L'impossible madame Bébé d'Agnès Desarthe

L'impossible madame Bébé d'Agnès Desarthe, illustré par Louis Thomas, éditions Gallimard Jeunesse, 9.50euros.

Cette année, Nadejda rentre en CP et sa grande sœur s'inquiète. Nadejda, que tout le monde appelle "Nana" n'a en effet pas la langue dans sa poche. Alors quand elle rentre en primaire, sa sœur la prévient des représailles d'une certaine "Madame Bébé" qui n'est autre que la surveillante de l'école.
 Mais Nana aime tout le monde, et donc Nana aime bien Madame Bébé. Madame Bébé, quant à elle, n'aime pas les enfants. Elle est à l'affût de chaque pas de côté, de la moindre petite bêtise pour la sanctionner. "Au coin!" sont les deux mots qu'elle préfère.

Et le jour ou Madame Bébé tombe malade, un vent de liberté souffle sur l'école. Nana, tous ses camarades, même les professeurs se sentent plus légers.
Mais alors pourquoi tout au fond d'elle, Nana ressent de la tristesse? C'est le début d'une jolie aventure humaine pleine d'humour qui invite chaque enfant à être tolérant et à l'écoute de soi.
A partir de 7 ans.