samedi 18 novembre 2017

Le Journal d'Anne Frank

Le journal d'Anne Frank Ari Folman, David Polonsky éditions Calmann Levy, 16 euros:

Lorsque la fondation Anne Frank a proposé à Ari Folman d'adapter en bande dessinée le fameux journal, la réflexion fut longue et intense : comment illustrer ce texte d'une richesse incomparable, tant par son caractère unique que par le nombre de ses lecteurs à travers le monde ? Il fallait donc non pas se mettre à la place d'Anne, mais respecter ses mots, ses pensées, ses peurs et ses idéaux. Isolée dans l'annexe de l’entrepôt du 263, Prinsengracht aux Pays Bas, Anne commence à écrire son journal à treize ans, en 1942.
Ari Folman et David Polonsky s'appuient sur cet isolement pour dresser des planches d'une grande beauté : à la fois sombres par le contexte oppressant des bombardements environnants, mais aussi lumineuses par l'ironie qui se dégage du discours d'Anne, sur les autres membres de sa famille et sur le couple Van Daan particulièrement. Les lettres qu'elle écrit à son journal, baptisé « Kitty », trouvent une belle résonance dans un dessin fantasmagorique et baigné par l'idée de solitude. Car c'est parce qu'elle se sent abandonnée qu'Anne éprouve le besoin de mettre des mots sur son expérience.
Les deux auteurs de ce roman graphique ont donc adopté un dessin respectant aussi bien le questionnement naturel de toute adolescente de cette âge tout en y ajoutant le spectre de la guerre et ses angoisses.



Une parution qui fait écho à celle de l'intégrale des lettres, carnets et contes écrits par la jeune fille, chez Calmann Levy également.

C'était William Finnegan à Arcachon

Quelques images du passage de William Finnegan, Prix Pulitzer, à Arcachon!

samedi 11 novembre 2017

Rencontre avec William Finnegan pour Jours Barbares



Jours barbares de William FINNEGAN aux éditions du Sous-Sol, 23,50 euros.

Avec le prix Pulitzer en poche dans la catégorie « Mémoires », William Finnegan a posé les bases d’une vie dédiée au surf. Cet homme, qui, enfant, a découvert et débuté cette pratique audacieuse née dans l’océan Pacifique, bénéficia de dispositions particulièrement favorables puisqu’il débarqua, aux alentours de sa dixième année, sur l’île d’Hawaï où, comme chacun sait, le surf est érigé en religion. 

Les cinq cents et quelques pages de Jours barbares offrent par ailleurs une multitude de pistes sur la définition du surf, sur ce qu'il est réellement. 
Concernant Finnegan, la magie du surf opéra quelques années avant son arrivée décisive à Hawaï, elle se produisit à la fin d'une journée, en Californie, lorsqu’au détour d’une promenade avec ses parents, il aperçut sur l’océan des silhouettes à contre-jour glisser sur les vagues. Cela provoqua en lui un choc esthétique qui l’attira dès lors passionnément pour cette danse aquatique. 

C’est donc sous le soleil de Los Angeles où ses parents travaillaient pour le cinéma qu’il a réellement effectué ses débuts. Il s’ensuivit une initiation en règle à Hawaï où il côtoya bon nombre de surfeurs avec qui il noua ses premières amitiés. 
A la fin de son adolescence, William Finnegan partit avec un de ses amis pour un tour du monde inouï entamé aux iles Tonga puis à Fidji. Les deux compères s’aventurèrent ensuite en Australie, en Indonésie, à Bali puis en Afrique du Sud. 
William Finnegan eut, en ces années, l’obsession de la vague parfaite. Ce furent des Jours barbares, ceux où, délivrée de la civilisation occidentale, la vie redevint libre et sauvage, imperturbablement tournée vers le surf. En cela, le livre de Finnegan est un roman initiatique. 

Mais William Finnegan est aussi, dans l’écriture de ce livre, un talentueux journaliste et un excellent portraitiste car son immersion dans le monde du surf est une succession de rencontres et de caractères bien trempés. La fréquentation des impétueux Domenic, Beckett, Bryan, Mark et consorts a permis à l’auteur de nous instruire sur les attitudes et les modes de pensées qui ont circulé dans cette communauté à l'aune des années quatre-vingts. Il n’est même pas nécessaire de  porter un amour inconsidéré à cette pratique pour être suspendu aux descriptions dantesques de certaines sessions que Finnegan et ses amis ont affrontées dans leur vie. 

La mer n’est pas, à proprement dit, une amie pour l’être humain. Celui-ci a dû, bien souvent, renoncer à la dompter. La mer demeure un danger majeur sitôt que l’équilibre qui la régit est rompu. Pourtant, qu’ils soient pêcheurs, marins, nageurs ou surfeurs, la mer attire les hommes et leur suggère des défis renouvelables à l’infini. 
William Finnegan y a trouvé un sens très spécial à sa vie. Ses mémoires sont le récit inlassable de la quête d’un absolu entrevu durant seulement quelques secondes. Le but de ces chevauchées marines est le plus souvent inaccessible et, tout autant, terriblement dangereux. 

A soixante ans passés, William Finnegan continue de braver l’océan. Après San Francisco (Ocean beach), Madère (Jardim), New-York (Long island), le reporter du New Yorker déjà reconnu pour avoir couvert une multitude de conflits et autres événements comme la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud, est en passe d’entrer dans la légende du surf. Pas pour des prouesses que d’autres - qu’il admire - ont réalisées avant lui et parfois même sous ses yeux, mais pour l’acuité et la profondeur avec laquelle il a cherché sa vie durant une raison à l'existence du surf, une raison qui ressemble, sans aucun doute, à celle qui régit aussi la poésie.

Pas touche!

Pas touche! de Rachel Bright et Jim Field, éditions Gautier Languereau, 14 euros

A la fin de l'été, voici l'heure où tous les habitants de la forêt s'apprêtent à rejoindre grottes et terriers remplis des provisions faites depuis le début des beaux jours. Tous les habitants?! Non, pour notre écureuil Max il s'agit plutôt du moment où il se rend compte que son placard est ... désespérément vide! Commence alors la quête du Saint Graal, la quête de LA pomme de pin aux délicieux pignons. Seulement voilà, notre Max n'est pas seul sur le coup: il va également falloir compter sur Simon "le roi des provisions" dont les calculs sont formels: il lui manque une pomme de pin pour tenir l'hiver sans encombre. Nos deux écureuils vont se livrer une bataille sans merci qui les verra rencontrer les plus grands obstacles: nez d'ours, griffes d'aigle, chutes des plus grandes cascades: qui l'emportera? Aux plus jeunes de le découvrir...

Opération Copperhead de Jean HARAMBAT

Opération Copperhead de Jean HARAMBAT aux éditions Dargaud, 22,50 euros.

La très bonne surprise de la rentrée BD est signée Jean Harambat, auteur d’une superproduction dessinée à partir d’une histoire vraie et réellement magique. 

Un palace au bord du Nil ouvre l’Opération Copperhead et ravive la mémoire des cinéphiles qui reconnaîtront David Niven et Peter Ustinov jouant une scène du film Mort sur le Nil, adaptation du roman d’Agatha Christie tournée en 1977. Les deux acteurs anglais sautent sur l’occasion qui leur est offerte par une jeune femme leur servant le thé pour se remémorer le bon vieux temps de cette Opération Copperhead qui les fit se rencontrer en 1943. 

Niven, auréolé d’une carrière bien établie à Hollywood, représente alors la fine fleur de l’esprit anglais (juste après Lawrence Olivier !). Peter Ustinov n’est encore qu’un jeune auteur de théâtre que l’on affecte auprès du lieutenant-colonel Niven retourné en son pays pour combattre l’ennemi.

Ensemble ils participent à un film de propagande destiné à redonner une image plutôt glorieuse de l’armée britannique. Mais c’est en imaginant un autre film que l’Opération Copperhead prend forme. Le général en chef des armées Sir Bernard Law Montgommery, du moins l’acteur qui l’incarnera à l’écran, servira de leurre aux allemands qui apprendront nécessairement que le général mythique est en route pour l’Afrique du Nord pour un probable débarquement.  Copperhead, apprend-on, est un serpent qui agite sa queue colorée pour attirer sa proie afin de mieux le mordre…

Jean Harambat s’est appuyé sur cet épisode rocambolesque  pour nous délecter d’un esprit où l’humour est un prétexte à l’héroïsme et vice-versa. Niven, Ustinov et leurs comparses dont Winston Churchill himself jouent leur partition en virtuoses. Les bons mots fusent autant que les bombes du « baby blitz » qui tombèrent sur Londres en 1943. 

D’ailleurs cette remarquable plongée dans le Londres qui résista si bien aux allemands est la plus enthousiasmante aventure d’Opération Copperhead. Jean Harambat diffuse toute son admiration pour l’Angleterre avec le même détachement que ses personnages. L’histoire n’en prend que plus de valeur et s’avère en tout point réjouissante.


samedi 4 novembre 2017

Evenement : William FINNEGAN, mardi 14 novembre 2017


Nous vous annonçons dès aujourd'hui la venue exceptionnelle de
 William FINNEGAN, 
auteur consacré par le prix Pulitzer 2016 et le prix America 2017.
La semaine prochaine nous entrerons plus en détails dans Jours Barbares,
 l'autobiographie récompensée d'un surfeur au long cours...

Underground Railroad de Colson Whitehead par MrRoudoudou

Underground Railroad de Colson Whitehead, éditions Albin Michel, 22.90 euros

Livre d’une actualité brûlante. Cora est une jeune femme, fille d'esclaves dans une plantation, abandonnée par sa mère qui fuyait vers la liberté. Elle n’a qu’un rêve : faire de même et rejoindre les États abolitionnistes via un mystérieux train qui n’existe peut-être pas. Elle veut s’extirper des griffes du maître de la plantation dont les sévices sont encore plus odieux lorsqu’il reçoit des convives afin de les épater.

La force de ce roman quasi historique auréolé du National Book Award et du prix Pulitzer 2016 est de ne pas éluder les cauchemars vécus (arbre à pendu, cage etc) sans s’y complaire et de décrire une réalité bien plus complexe.
La vie dans les États abolitionnistes n’est pas un paradis, les choses sont encore fragiles et il suffit d’une pression populaire importante pour que les noirs pourtant libres puissent ne plus l’être du jour au lendemain, chacun étant le bouc émissaire idéal en cas de vol, meurtre etc, ce qui aujourd’hui trouve un écho particulièrement troublant.

Il permet par ailleurs de réaliser que ceux qui dans les États ségrégationnistes voulaient aider les noirs à se libérer connaissaient le même sort en cas de traque « pour l’exemple » puisqu’il existait des chasseurs d’esclaves, chargés de ramener « la chose » à son maître afin de pallier l’humiliation d’une évasion et raffermir son autorité.

Dans ces États ségrégationnistes il leur était interdit d’apprendre à lire, premier pas vers la liberté.

MrRoudoudou

Pierre Lapin bientôt au cinema!

2018 verra l'adaptation d'un classique de la littérature enfantine: Pierre Lapin!
Alors avant de vous jeter dans les salles obscures, replongez-vous d'abord dans les livres
 dont voici un tout petit aperçu, tellement la collection est grande:

 Le grand livre de Beatrix Potter, éditions Gallimard Jeunesse, 27.50 euros:
Retrouvez ici tout l'univers de Beatrix Potter! Dans cette intégrale de 23 contes, Pierre Lapin, Tom Chaton, Sophie Canétang et bien d'autres personnages sauront ravir les plus jeunes par leurs nombreuses aventures. Les illustrations d'origine apportent douceur et ravissement que les plus grands apprécieront tout autant!




Contes de fripons et polissons, Pierre Lapin et autres coquins, éditions Gallimard Jeunesse, 15.15 euros:
Un nouveau trésor dans un précieux coffret bleu métallisé, contenant 10 contes de Beatrix Potter, chacun accompagné d'un plan et d'une présentation ou d'une lettre de l'auteur qui permettent ainsi d'expliquer d'où venait son inspiration qui prenait souvent sa source dans des lieux, des personnes ou des animaux ayant existé.




Quelle heure est-il, Pierre Lapin? éditions Gallimard Jeunesse, 12 euros:
"Quelle heure est-il ? Il est dix heures et Pierre Lapin prend son petit casse-croûte matinal. Les enfants vont découvrir comment lire l'heure en suivant les activités quotidiennes de Pierre Lapin et de ses amis. L'horloge toute simple est visible à chaque page grâce à une découpe dans le livre et ses aiguilles mobiles permettent d'apprendre à lire l'heure facilement et en s'amusant."

Valerian, Shingouzlook inc., par LUPANO et LAUFFRAY

Valerian Shingouzlooz Inc de LUPANO et LAUFFRAY d'après CHRISTIN et MEZIERES aux éditions Dargaud, 13,99 euros.

Dans la série des reprises d’œuvres de BD, celle de Valérian, qui a même suscité un intérêt cinématographique, est une franche réussite. Inutile de bien connaître l'univers prolixe de Valérian que les bédéistes connaissent depuis plus de quarante ans. Les aventures des deux agents spatio-temporels (on voyage aisément dans le temps et dans l'espace) sont d'une étincelante rapidité et, par l'entremise des deux nouveaux auteurs Lupano et Lauffray, ils gagnent en humour.

Bref, plusieurs missions vont s'enchevêtrer au cours de Shingouzlooz inc.. Repérer Mr Zi-poje, un spécialiste de la fraude fiscale, assurer la livraison d'un thon bleu quantique, éviter une catastrophe galactique malencontreusement provoquée par les Shingouz et, in fine, éviter l'asséchement de la Terre dont le propriétaire est désormais Sha-oo l'assoiffeur, le trafiquant de mer.

Les thèmes de l'écologie et de la finance (furieuse !) se sont merveilleusement  infiltrés dans l'histoire où les rebondissements pullulent. Valérian, au four et au moulin, s'impatiente quelque peu après quelques réflexions bien senties de Laureline. Ils sont bel et bien à l'image d'un couple aux prises à des mouvements d'humeurs après bien des années de ménage en commun. 

Oui, Valérian et Laureline occasionnent de francs sourires à l'instar de la cohorte de personnages qui les soumettent à des épreuves galactiques réjouissantes.  

Après Manu Larcenet, il y a maintenant six ans, la paire Lupano et Lauffray s'offre un exercice de style qui réenchante la Science-Fiction. 



samedi 28 octobre 2017

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor POUCHET

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor POUCHET aux éditions Finitude, 16,50 euros.


Après Olivier Bourdeau l’auteur faramineux d’En atttendant Bojangles, les éditions Finitude lancent un nouvel auteur. Nous ne sommes heureusement pas dans l’univers du cinéma hollywoodien et c’est donc en toute discrétion que Victor Pouchet, normand avéré, représente en cette rentrée littéraire les désormais célèbres éditions Finitude dont la boîte aux lettres se remplit chaque jour de manuscrits prétendant succéder de la même manière à celui qui leur a apporté gloire et célébrité.

L’histoire de Victor Pouchet bénéficie d’une couverture alléchante tirée d’une planche zoologique du XIXème siècle d'Adolphe Millot, qui nous est détaillée à la fin du livre. Ces oiseaux, aussi beaux soient-ils sont, selon Victor Pouchet, menacés d’extinction. Ainsi l’auteur nous entraîne dans une fable où lui-même semble bien seul à s’émouvoir de chutes d’oiseaux récemment recensées dans les journaux. Celles-ci ne l’auraient pas autant affecté si elles ne s’étaient pas produites tout à côté du lieu de son enfance. L’adulte qu’il est devenu s’embarque alors depuis Paris à bord d’une péniche qui propose de découvrir les berges de la Seine jusqu’à son embouchure à Honfleur. C’est un moyen comme un autre d’enquêter puisqu’il se dirige effectivement vers le lieu où s’est déroulé cet étrange « suicide » de milliers d’oiseaux. 

Sur la péniche, Victor Pouchet se révèle inquiet de lui-même. Solitaire sans attache, le monde lui parait gris. Les rencontres parmi les touristes embarqués comme lui se révèlent distantes tout comme celles avec le personnel de bord  avant que ne se produise un soir la rencontre avec Cheval Blanc le pianiste et Clarisse la seconde du capitaine. 
L’écriture de Victor Pouchet emprunte à la descente du fleuve son style parfois tourbillonnant mais en gardant une allure tranquille presque paresseuse, dérivative. Il en surgit de beaux éclats, des métaphores poétiques et subtiles comme ces souvenirs de parties de scrabble avec la grand-mère du héros. Quand les lettres manquent pour offrir un joli mot et quand les points ne sont ni double ni triple et ne comptent que pour un, toute la philosophie de l’auteur semble alors s’échapper. 

Après la cathédrale de Rouen, arrive la visite du musée d’histoire naturelle. Victor Pouchet constate que son fondateur est un homonyme. Avec zèle il étudie tous les documents qui se rapportent à son histoire, notamment celle de l’échec retentissant de sa théorie de génération spontanée récusée par le jeune Louis Pasteur. Le mystère de la mort des oiseaux s’éloigne mais doit-on penser que tout peut être résolu ? Les scientifiques, les premiers, acceptent l’incompréhension qui règne sur leur recherche. Pourquoi les oiseaux meurent (en si grand nombre) s’ajoute à une liste infinie d’anomalies terriennes qu’il est impossible d’expliquer. Si Victor Pouchet n'a pas choisi de nous rassurer, il propose cependant, et avec fatalisme, de s’abandonner à l’état des choses, de lâcher prise comme on dit maintenant et d’avouer son impuissance.