samedi 5 décembre 2020

Les saisons de Maurice PONS

Les saisons de Maurice PONS aux éditions Christian Bourgois, collection Titres, 7.50 euros.


L’évènement est passé inaperçu pour de multiples raisons mais nul doute que quelques lecteurs auront vibré à l’annonce de ce « diamant noir » de la littérature française enfin accessible en collection de poche. 


Il faut dire qu’il y a à faire lorsqu’on daigne se pencher sur le catalogue de cet éminent découvreur que fut Christian Bourgois capable des années durant d’acheter chaque dimanche l’édition du journal Sud-Ouest à la seule fin d’en découvrir les articles gastronomiques d’Alain Aviotte qu’il finira par publier sous la forme d’une compilation titrée Artichaut.


Mais trêve d’anecdote, Christian Bourgois n’est plus, et une nouvelle équipe, après quelques soubresauts bien naturels dans le monde de l’édition, s’est penchée sur le dit catalogue d’homme de lettres que fut Christian Bourgois et a constaté, oh misère ! qu’un des livres les plus cultes de la maison n’était point encore passé dans la collection de poche de celle-ci. 


Il s’agit donc de Maurice Pons, un auteur français et son livre Les saisons déjà publié en 1960 sous le nom de La vallée par un autre très grand éditeur : Maurice Nadeau.

Alors qu’en est-il de cet auteur dont Les saisons n’a jamais cessé d’être publié et que l’on se transmet comme un classique d’un genre indéfinissable ?


Alain Rey, autre immense connaisseur et savant de la littérature (en plus de son œuvre sur la l’histoire de la langue française) rédigea une notice à son propos :

« Maurice Pons parle de l’essentiel, qui est le temps humain (l’enfance, la vie, la mort), avec un dosage du drame le plus réel et de l’humour le plus distant. »


Il y parle encore de « brassage de fantasmes partagés » et « des prestiges du récit d’humeur et d’humour»

« Prose précise, aiguë, poétique » Alain Rey conclue par « Le symbolisme de Maurice Pons, est rendu léger par l’humour; l’humour n’est jamais gratuit.»


Ainsi l’humour est noté quatre fois, ce qui n’est pas rien quand la notice tirée du Dictionnaire des littératures de la langue française (Bordas) n’excède pas une trentaine de lignes, référence bibliographique comprise.


Les saisons demeure le livre le plus connu de Maurice Pons et l’on trouvera une adaptation cinématographique sortie en 2016 de Sylvie Habaut avec, entre autre, Denis Lavant et Michaël Lonsdale.


Comment dès lors donner l’envie de lire Les saisons à ceux, curieux, qui en ignoraient jusqu’ici l’existence ? 


L’histoire débute par l’installation d’un homme (errant ?) dans une remise dûment louée par la tenancière d’un lieu servant d’hôtel, de bar et de restaurant. Les conditions s’avèreront très vite déplorables mais l’homme nommé Siméon entend bien dans ce lieu jugé bénéfique réaliser une œuvre littéraire d’importance, éludant au possible les contrariétés qui vont aller s’accumulant dès son premier jour dans ce village. 

L’enthousiasme ne suffit pas toujours ni l’aveuglement car telle est la supposition que l’on peut déduire à mesure que le récit développe les mœurs et usages locaux. Mais la plainte, si elle doit s’exposer doit être établie en vertu d’une comparaison envers autrui or il se trouve que les habitants ne sont guère mieux lotis que Siméon. 

Seule différence notable, Siméon indésirable dès son arrivée ne trouvera que peu d’alliés mais suscitera de vifs débats sur son état d’homme au sein du village. On peut s’esclaffer ou s’effrayer du jugement dépourvu de lucidité qui tient le roman tout son long. Les épisodes s’enchaînent vécus depuis le point de vue de Siméon et la détérioration globale de la santé de ce dernier participe au grotesque des situations. Les intempéries frappent sans cesse le village dont on peut croire qu’il vit un incessant hiver bercé tantôt de pluies interminables, tantôt de neige et de gel pareil aux glaciers des hautes montagnes. L’histoire d’ailleurs se conclue au sommet d’un col montagneux où l’absurde tient là son paroxysme. 

Conte cruel et drôle à la fois, il n’y aurait qu’une réjouissance un brin perverse à lire  Les saisons s’il n’était desservi par la limpidité de son écriture, toujours ténue, éblouissante par instant, mesurée par le propos d’un honnête homme sombrant peu à peu dans un univers vulgaire qu’il ne se résout jamais à rejoindre. La dignité demeure jusqu’au bout comme ces hommes qui, embarqués dans l’effroi, surent maintenir jusqu’au bout la noblesse de leur esprit. En cela, Les saisons touche au chef d’œuvre.


Onze chatons dans un sac de Noboru Baba

Onze chatons dans un sac de Noboru Baba, éditions 4048, 14.50euros

Onze chatons réunis pour le meilleur et pour le pire. Commençons par le pire: si un chaton désobéit, tous les autres le suivent. Et lorsque de nombreux écriteaux leur indiquent ce qu'il ne faut pas faire, l'esprit de rébellion de certains entraîne les autres dans une chute qui fait l'effet d'une boule de neige...Même le chef se prend au jeu de la désobéissance. Conséquence, lorsqu'un mystérieux monstre les prend au piège, la joyeuse tribu d'habitude si enthousiaste devient triste et s’apitoie sur son sort. Tous les petits chats emprisonnés dans un cachot doivent désormais tirer le meilleur de leur équipe, et cela fonctionne, vous verrez!

A plusieurs, on est capables de tout, pour le bien de tous. 

A partir de 3 ans.


 

 

 


Castelmaure de Lewis Trondheim et Alfred

 

Castelmaure de Lewis Trondheim et Alfred aux éditions Delcourt, 18,95 Euros.


Un conte, tout naturellement, fidèle à ceux que l’on se transmettait au Moyen-age. Quels étaient ceux qui ramenaient les histoires et comment se les procuraient t-ils ? 

Tel est à peu près le raisonnement des deux auteurs dont le prolifique Lewis Trondheim grand contributeur de la série Donjon (1) qui ravit encore les fans de la première comme de la dernière heure. 


L’esprit Donjon n’est d’ailleurs pas très loin de Castelmaure, il se tient en embuscade garant de tout excès de sérieux que pourrait prendre l’histoire où pourtant une dramaturgie est à l’œuvre, ne serait-ce que dans la malédiction qui peu à peu se révèle autour de la figure du roi Eric et de son royaume. 


Notons la beauté du dessin qu’a inspiré Alfred, une ligne claire que l’on apprécia déjà avec le « primé » Come Prima (2) et plus récemment avec Senso, déclaration finale de son amour pour l’Italie.

Castelmaure suscite d'ailleurs quelques paysages d’allure méditerranéenne mais l’enceinte du château situé sur une île  rocheuse à l’écart de la ville nous expédie plus sûrement vers des contrées bien plus houleuses, à l'image de la destinée de ce roi dont l’histoire relève bien d'un conte à ranger aux côtés de Cendrillon ou de la Belle au bois dormant, une place de choix étant réservée à la sorcellerie et aux sorcières que l’on sait très à la mode.


Mais le propos de Castelmaure tient bien dans cette narration fuyante où les secrets se succèdent, les paroles s’échangent et s’accommodent pour en construire une épopée ou une légende. Ce sont ainsi les ficelles du conteur qui s’exposent, l’arrangement que nécessite une bonne histoire au mépris d’une morale ou d’une fin que le lecteur jugerait fade. C’est donc bien au lecteur que l’on parle, qu’il faut surprendre, choquer, distraire en lui envoyant des messages terribles en accord avec ses attentes.


Castelmaure joue ainsi avec les codes narratifs attendus dont se repait Lewis Trondheim. Tout semble surjoué et l’expressivité du dessin d’Alfred en corrobore le propos. Les contes et les légendes ont nourri le théâtre, la poésie, les romans, le cinéma… ils nous ensorcèlent et nous fascinent mais ils ne sont pas reliés au réel. Il faut des conteurs pour les mettre en scène, des fabricants d’histoires car tout cela est un spectacle, une distraction pour les longues soirées d’été ou d’hiver, peu importe.


(1) Crée par Lewis Trondheim et Johan Sfar en 1998, Donjon s'inspire - en le parodiant - du jeu de rôle Donjon et Dragons. 42 albums ont été publié à ce jour aux éditions Delcourt avec de multiples contributions dont Alfred.


(2) Fauve d’or 2014 du festival international de BD d’Angoulême




vendredi 27 novembre 2020

Ce que je ne veux pas savoir - Le coût de la vie de Deborah LEVY



Ce que je ne veux pas savoir  16,50 Euros

Le coût de la vie 16,50 Euros

de Deborah LEVY aux éditions du Sous-sol 


Prix Fémina étranger 2020.


En lisant Deborah Levy, une écriture très libre se développe, une liberté gagnée à l’ombre protectrice de grandes figures l’ayant précédée : Simone de Beauvoir, Virginia Woolf ou encore Julia Kristeva. Mais c’est Marguerite Duras qui revient avec le plus d’insistance comme un modèle absolu qui serait parvenu à élargir le spectre de la condition féminine dans la littérature :


 « L’ego durement gagné de Duras me parle à moi, à moi, à moi, en toute saison. »


Ce que je ne veux pas savoir, premier livre à teneur autobiographique - parce qu’il ne s’agit nullement d’un récit chronologique - est une réponse au Pourquoi j’écris (1946) de George Orwell : 


« Quand Orwell parlait du pur égoïsme comme d’une qualité nécessaire à un écrivain, il ne pensait peut-être pas au pur égoïsme d’une écrivaine. Même la plus arrogante des écrivaines doit mettre les bouchées doubles afin de se constituer un ego assez robuste pour lui permettre de survivre au premier mois de l’année, alors survivre jusqu’au dernier, n’en parlons pas. »


Voilà de quoi donner matière à réfléchir sur la difficulté des femmes à écrire. Déborah Levy, grâce lui soit rendue, ne donne pas  dans l'apitoiement. Pourtant bon nombre d’épreuves sont rencontrées dès son plus jeune âge qu’elle a passé en Afrique du Sud à Durban dans une communauté blanche dont son père se démarquait en prenant position contre l’apartheid. 

Deborah a grandi en l’absence d’un père qui vivait emprisonné pour raison politique. Elle attendit un retour souvent différé. 


« Plus que deux jours ! Papa rentre à la maison ! J’avais désormais neuf ans, et Sam cinq. La dernière fois qu’il avait vu papa, il avait un an. Au petit déjeuner nous avons mangé des tartines grillées de cannelle et de sucre, et nous avons répété tout haut ce que nous allions dire à notre père quand il passerait la porte.

« Bonjour. Est-ce que tu veux que je te montre où est la salle de bain ? »

« Bonjour ! Je t’ai dessinée une fusée. »

« Bonjour ! Je chausse du 35 maintenant. »


Ses souvenirs sud-africains placés à hauteur d’enfant sont écrits depuis Majorque où Deborah Levy à l’instar de George Sand s’est installée dans un hôtel non loin du monastère où « Jorge » Sand et Frédéric Chopin séjournèrent pendant l’hiver de 1838-1839. 


En alternance avec le récit d’enfance s’instaure une réflexion sur les conditions d’écriture, le statut d’écrivaine que Déborah Levy éprouve à l’aune de son âge adulte.

L’exercice est reconduit dans le volume suivant ou plutôt repris dans sa formule anglaise. Après s’être séparée de son mari Deborah Levy entame une vie désargentée et trouve refuge chez une amie qui lui prête son cabanon de jardin où elle se rend pour écrire. Rencontres et souvenirs notamment à propos de sa mère s’entrecroisent avec des propos plus intimes sur son  combat pour mener à bien sa vie.


« Vivre sans amour est une perte de temps. Je vivais dans la République de l’Ecriture et des Enfants. Je n’étais pas Simone de Beauvoir, après tout. Non, j’étais descendue du train à un arrêt différent (mariage) et avais changé de quai (enfants). Elle était ma muse, mais je n’étais certainement pas la sienne.

Quoiqu’il en soit, nous avions toutes les deux achetés (avec notre propre argent) un billet pour le même train. La destination était une vie plus libre. Une destination vague dont personne ne sait à quoi elle ressemble quand on l’atteint. C’est un voyage sans fin, sauf que je l’ignorais à l’époque. J’étais simplement en route. Où pouvais-je aller d’autre ? J’étais jeune et jolie, je suis monté dans ce train, j’ai ouvert mon carnet et commencé à écrire à la première et à la troisième personne. »


Le coût de la vie amorce une existence qui s’écrit comme une dérive existentielle soumise à un propos théorique dont  Deborah Levy serait une démonstration par l’exemple.













Comédie française de Mathieu Sapin

 

Comédie française de Mathieu Sapin, éditions Dargaud, 22.50euros.

Pour approcher le pouvoir, il faut franchir un parcours semé d'obstacles, de coups de chances ou de malentendus. C'est ce qu'a vécu un certain Jean Racine au XVIIe siècle, dont les tentatives pour attirer les faveurs du roi furent nombreuses. Si ses relations déjà existantes lui rendirent service pour pénétrer dans les salons de la bonne société, il dût attendre que ses tragédies parlent pour lui. Une fois la cour conquise, il ne reste plus qu'à entretenir sa réputation, et surtout bien s'entourer.

Mathieu Sapin lui-même ayant suivi de près la fin de la présidence de François Hollande et le début de celle d'Emmanuel Macron, pose un double regard sur le pouvoir. Un premier en caméra embarquée, dans les soirées mondaines, les déplacements officiels du président et les confidences. Un second, plus détaché, sur la construction même du pouvoir, l'entretien de l'image et la communication depuis l’Élysée.

Le siècle de la Comédie Française et notre époque s'entrecroisent avec humour, subtilité et auto-dérision pour livrer une bonne réflexion sur le statut d'artiste.




jeudi 26 novembre 2020

Rural de Raymond DEPARDON


 

Rural de Raymond DEPARDON aux éditions de La Fondation Cartier pour l'art contemporain 45 euros.

La carrière de photographe de Raymond Depardon s'étire désormais sur plus de soixante ans. On peut aimablement penser que le reporter débutant des années soixante a depuis bien rempli son carnet de voyages.


Aujourd'hui, il demeure une référence absolue de la photographie et soigne peu à peu son inventaire des lieux notamment français.


Rural est un livre touchant de 86 photographies en noir et blanc qui accompagnent en quelque sorte la série de documentaires sur le monde paysan composé de trois films (1) sortis à partir de 2001 car Raymond Depardon est aussi un grand cinéaste. 


Ces photos s'introduisent dans des fermes et donnent à voir comme personne la ruralité française. 



La fondation Cartier (2) s'est chargée d'exposer les photographies réunies dans ce livre. Elles relèvent d'une beauté rare sur un monde dont on sait qu'il vit ou plutôt survit loin des regards. 


Pour conclure vous apprécierez certainement le propos de Raymond Depardon qui révèle quelques petites histoires sur sur la réalisation de ses photos. On y découvre le grand humanisme de l'artiste.





(1) Profils paysans : L'approche 2001, Le quotidien 2005 et La vie moderne 2008.
          

jeudi 19 novembre 2020

Léopold Chauveau au pays des monstres

 Léopold Chauveau au pays des monstres aux éditions du Musée d'Orasay, RMN- Grand Palais, 40 euros.

 "Je dessine des monstres - bien gentils, bien doux, bien inoffensifs - bien ridicules à côté des monstres vrais et vivants qui bouleversent maintenant le monde."

Léopold Chauveau a écrit ceci en 1939 soit à peu près un an avant de mourir, preuve qu'il ne supporterait pas la période qui s'annonçait.


L'exposition qui a été consacré à cet artiste méconnu s'est terminée au mois de septembre. Le présent livre vous permet de vous familiariser avec cette œuvre longtemps inédite car monsieur Chauveau n'était pas à proprement dit un grand promoteur de son génie. 


Né en 1870, ses premières sculptures apparaissent vers 1905 et se poursuivent par séquences jusqu'à l'année 1920. Le décès de deux de ses fils (et de sa femme) pendant la première guerre mondiale soulève en lui un chagrin immense et le désir de poursuivre avec eux un dialogue qui se matérialise par les célèbres "Histoire de petit Renaud".


Sa biographie se conclue en 1940 chez son ami Roger Martin Du Gard après qu'il eut initié un centre d'accueil pour les réfugiés de la débâcle avec le concours de la Croix Rouge. Léopold Chauveau que le musée d'Orsay honore était bel et bien un grand artiste et un grand homme.






mardi 17 novembre 2020

La France vu par Marcel

La France vu par Marcel aux éditions Larousse, 25 euros.

Marcel qui s'appelle "en vrai" Julien (son concepteur graphique) est une petite entreprise landaise qui pousse tendrement nos élans nostalgiques vers les affiches touristiques d'antan que plus personne ou presque n'a réellement connu. 
 

 
L'imagerie de ces bonnes vieilles campagne publicitaires a inspiré Marcel qui depuis 2015 a ouvert son champ d'exploitation original qui était tourné vers le surf vers un nouvel inventaire des lieux remarquables et touristiques français.
 

 
Couleurs et dessins de ces affiches (et cartes postales) remises au goût du "paradis" des années trente sont réunies dans ce livre catalogue qui reprend les cinq années d'existence de la marque.
 

 
150 vues idylliques dans lesquelles il fait bon se plonger et retrouver l'atmosphère et l'exactitude de lieux qui attisent un imaginaire dont nous avons aujourd'hui grand besoin...





vendredi 13 novembre 2020

A l’ombre de la butte-aux-coqs Osvalds ZEBRIS

A l’ombre de la butte-aux-coqs Osvalds ZEBRIS aux  éditions Agullo

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A l’ombre de la butte-aux-coqs commence par un triple kidnapping en plein cœur de Riga. Acte aussi étrange qu’incompréhensible qui se justifiera après bien des évènements qui en éclaireront le motif. 

Le titre lui-même d'ailleurs réclame une explication que l’on percevra également à la fin du livre car l’ombre déployée par la butte-aux-coq est un secret familial déterminant. 


Cette histoire d'une résolution intime est cependant jalonnée d’épisodes qui au bout du compte révèlent l’histoire d’un pays : la Lettonie. 

L’auteur, Oswald Zebris, livre une fresque haletante d’un moment bien particulier de la Lettonie qui correspond au soulèvement populaire d’une nation sous le joug de l’empire russe.


L’épisode est dans sa large mesure circonscrit dans la campagne bien que Riga se tienne toujours à proche distance puisque c’est dans la capitale que se sont tramés les discours révolutionnaires. Les actes en eux-même que nous raconte Zebris ont été répercuté par les paysans ceux notamment des alentours de la Butte-aux-coqs. 

La Butte-aux-coqs est le repaire ancestral d’une famille dominante à l’image du personnage d’Arvids, homme brillant qui fait école au sens propre du terme dans les murs de la ferme où il éduque quelques enfants.

 

L’heure vient où les paysans, tout près de s’octroyer le pouvoir à la barbe du tsar Nicolas II, veulent connaître la position d’Arvids tout en étant résolus à ce qu’il se rallie à leur cause. Parmi eux se tient Rudolfs, l’ami d’enfance et voisin d’Arvids qui a toujours vécu au bas de la ferme de la Butte-aux-coqs. 

Ami certes mais déconsidéré, Rudolfs, le « poteau-Rudo », est écrasé par la personnalité d’Arvids. Mais en ce jour il est doté d’une responsabilité qu’il n’a certes pas vraiment choisi mais qu'en raison de son caractère modéré, d’autres protagonistes de cette révolution ont trouvé commode de lui attribuer bien que Rudolfs soit dépourvu d'autorité et de charisme. 

En ce jour propice qui lui a aussi fourni un fusil parce que les révolutionnaires sont montés sur la Butte-aux-coqs en armes, Rudolfs se laisse emporter par l’instant en ignorant son irréversibilité.


L’effet narratif adopté par Oswalds Zebris sème le trouble sur ce qui s’est réellement passé ce jour sur la Butte-aux-coqs. Le narrateur du roman, omniscient, supervise évènements et personnages qu’il nourrit avantageusement de nombreux dialogues qui restituent de fait un aspect vécu des événements qui s'avère très réussi.

Rudolfs est tout de même soumis à un traitement distinct. Oswalds Zebris lui octroie d’ailleurs des chapitres entiers écrits à la première personne du singulier précisément lorsque Rudolfs a procédé à un dédoublement de sa personnalité. Depuis les événements de la Butte-aux-Coqs, deux Rudolfs se sont effectivement mis à exister. Le fautif et l’innocent. 


A l’ombre de la Butte-aux-Coqs est structurée comme une échappée dans le temps où les dates demeurent floues mais convergent vers l’année 1905 année dite de la révolution lettone. A l’instar de ce qui se produit dans le reste de l’empire russe, des manifestations prolétariennes sont réprimées. La fuite puis la traque de Rudolfs et de ses compagnons symbolisent la fin de ce moment révolutionnaire. 

De son côté, Arvids qui n’a pas voulu prendre part à la lutte ouvrière et paysanne, représente un autre combat, celui de l’éducation et de l’attachement à la culture lettone, plus précisément à sa langue. Prise en étau entre l’allemand et le russe, la langue lettonne survit dans les campagnes.

 

Arvids et Rudolfs rassemblent ainsi deux entités majeures du peuple letton, la révolution socialiste et la quête d’un retour à l’indépendance, la dernière finissant par avoir raison de la première au bout de multiples remous de l'histoire de la Lettonie. 

La Lettonie est devenue indépendante en 1920 mais fut très vite rattachée à la toute jeune URSS. Puis, conquise par l’Allemagne nazie, elle retourne dans le giron soviétiques dès 1944. Son indépendance attendra encore 1991. 


Oswald Zebris a reçu pour ce livre le Prix de la littérature de l’union européenne en 2017 dont la Lettonie est devenue membre en 2004. Voici pour la première fois traduit en France cet auteur de talent qui comble l’absence de représentant de la littérature lettonne dans notre pays. 

Une frontière littéraire est ainsi abolie tel que le programme des éditions Agullo le proclame sur son site.

Ma petite mésange


Ma petite mésange, Gerda Muller et Sophie Chérer.

École des loisirs, 12.50€

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Au cœur de l'hiver, Tulip, la petite mésange charbonnière, peine à trouver à manger. Heureusement, Monsieur et Madame Harmand sont là pour régaler tous les oiseaux du jardin.

Bientôt arrive le printemps. Au milieu des arbres en fleurs, Tulip trouve un amoureux. Vite, vite, il faut construire un nid douillet pour les futurs bébés. Mais, catastrophe, la tempête a déraciné le vieux pommier où le jeune couple avait élu domicile!

Au fil des saisons, suivez les aventures de la petite mésange et de ses amis.

Un bel album, tendre et intelligent, porté par une illustration dans la tradition des beaux livres d'images d'autrefois.

Une histoire qui donne envie de prendre le temps d'écouter, de regarder et de comprendre le petit monde et la nature qui nous entourent.