vendredi 31 janvier 2020

Vies à vies : rencontre avec Corinne Bret à l'Hôtel Ville d'Hiver

 Vies à vies : rencontre avec Corinne Bret à l'Hôtel Ville d'Hiver le 7/02 à 16h




VIES À VIES 重なる水平線 Un livre tête-bêche, entièrement bilingue, pour des portraits croisés de femmes et d'hommes de la baie de Kesennuma et du Bassin d'Arcachon....
9 ans après le tsunami qui a anéanti les trois régions du Nord-Est du Japon ( Iwate, Miyagi, Fukushima ), villes et villages se reconstruisent lentement, bien loin des néons de Tokyo.
L'idée de ce livre, bilingue, de portraits croisés de femmes et d'hommes de la baie de Kesennuma et du Bassin d'Arcachon est née lors d'une visite à des sinistrés d'un centre d'hébergement en 2014. Corinne Bret a eu envie de leur dire «On ne vous oublie pas». Elle s'est alors souvenue que vers 1970, les huîtres de la région de Miyagi ont sauvé l'ostréiculture du Bassin d'Arcachon.
Au-delà de ce lien qui unit les deux régions, l'ouvrage dévoile une aspiration commune : celle d'aller de l’avant, de (re)construire et d'évoluer dans le respect d'un environnement naturel et culturel. Écoliers, lycéens, pêcheurs, ostréiculteurs, agriculteurs, défenseurs de la nature, artistes... autant de "Vies à Vies", si éloigné(e)s et si proches à la fois.
Corinne BRET a vécu plus de trente ans au Japon, où elle a été correspondante de presse et auteur de plusieurs ouvrages en japonais (essais, livres d’art pour enfants).

Le courage des autres d'Hugo Boris

Le courage des autres d'Hugo Boris, éditions Grasset, 17 euros


Hugo Boris nous réserve bien des surprises dans le choix de ses sujets de romans qui, à chaque fois, sont aussi divers que passionnants. 
Le courage des autres pose une question que chacun d'entre nous se contentera d'éluder, de peur d'en connaître la réponse : quel comportement avons-nous dans les transports en commun?
L'auteur se met en scène lui-même comme spectateur de situations qui vont des plus cocasses aux plus injustes et révoltantes, nous impliquant dans une posture qui s'apparente à celle qui, justement, nous habite dans le métro, le RER ou le bus.
Que faire si l'on entend ou voit une altercation, une dispute virulente, une conversation dont le sujet nous dérange? Que ressentir à la vue d'un bulletin de salaire misérable déplié par une femme au beau milieu de la rame bondée ? Au contraire, comment se comporter devant une démonstration d'humanité et de fraternité qui survient, là, quelque part sur le trajet de la ligne B du RER?
Est-on en dehors de tout ça ou sommes-nous profondément concernés? Ainsi à la lecture de ce livre nous ne regardons plus Hugo Boris dans le métro parisien, mais bien nous-mêmes, dans notre lâcheté parfois, dans notre bravoure à d'autres moments. Prévenir un homme qui est assis au bord du quai qu'un métro arrive dangereusement tient pour certains de l'héroïsme, là ou d'autres verraient une réaction normale. 
L'auteur lui-même ceinture noire de karaté affronte ce paradoxe entre sa rigueur et sa force mentale dans la vie, et cette capacité à s'évaporer une fois qu'il est en contact avec l'inconnu. Le métro devient un lieu qui a la fois annihile les sentiments et les exacerbe.
Le travail d'Hugo Boris dépasse la littérature pour devenir un outil d'analyse sociologique. En se posant lui-même en "témoin", il part de l'intime pour rejoindre un mal du siècle, celui d'être difficilement capable de vivre les uns avec les autres.

Ma retraite d'Abraham Martinez

Ma retraite d'Abraham Martinez, éditions Bang, 20 euros


A l'heure de la réforme des retraites, il y en a une à laquelle nous n'avons jamais pensé, et pour cause, l'homme en question est mort avant de pouvoir y prétendre.
Abraham Martinez reprend la controverse selon laquelle Adolf Hitler ne s'est pas suicidé dans son bunker en 1945, mais aurait organisé sa fuite en Argentine.
Prendre sa retraite, pour un dictateur, signifie devenir anonyme alors même qu'on a fondé sa réputation sur son charisme, sa capacité à manipuler, et à être à l'origine des pires des décisions. Dès le lendemain de sa fuite, Adolf Hitler, moustache rasée et cheveux en bataille, s'apprête à se mêler à la foule et à vivre l'angoisse de se faire démasquer. Avant de faire table rase du passé, une dernière mission l'obsède, tuer Ludwig Wittgenstein, son compagnon de classe d'école. Un dernier juif avant de se faire définitivement oublier. Il a oublié la pire des épreuves: voir le monde tourner sans lui, l'Europe basculer dans le communisme, l'Allemagne punir ses criminels de guerre.
Non sans humour, vous l'aurez compris, Abraham Martinez revisite l'Histoire en remettant au cœur de l'actualité le mécanisme de la dictature.

Charivari à Cot-Cot-City de Marie Nimier et Christophe Merlin

Charivari à Cot-Cot-City de Marie Nimier et Christophe Merlin, éditions Albin Michel Jeunesse, collection panda poche, 5.50 euros
"Bienvenue à Cot-Cot-City, le village du bonheur! 
Ici, tout marche comme sur des roulettes. 
Ici tout le monde mange à sa faim. 
Médaillée "charme" et tradition, cette bourgade, située dans le département de la Crête d'or, est devenue en quelques années la capitale gastronomique du poulet."

Et les poulets dans tout ça, s'ils avaient leur mot à dire? C'est ce qu'a imaginé Marie Nimier dans cette histoire qui vient de paraître en petit format pour être lue partout. On y lira la rébellion des poulets, après qu'un des leur, le numéro 69, ait goûté la liberté et l'amour pour une girouette (qui n'a pas beaucoup de répondant, du haut de son clocher).
Résister à l’oppression quitte à y laisser des plumes, voilà le grand défi des poulets de Cot-Cot-City pour retrouver leur dignité.
A partir de 6 ans









vendredi 24 janvier 2020

Festival international de la Bande-Dessinée d'Angoulême





La librairie vous donne rendez-vous pour la 47ème édition du festival international de la Bande-Dessinée d'Angoulême qui a lieu du 30 janvier au 2 février prochains. 
Comme tous les ans nous mettons à l'honneur le huitième art dans notre vitrine, et nous suivrons avec attention les prix décernés, car y figurent nombre de nos coups de cœur! 

Voir le programme https://www.bdangouleme.com/

La Bande-Dessinée à l'honneur! Payer la terre « Redonner à la nature ce que la nature nous a donné » de Joe SACCO

Payer la terre « Redonner à la nature ce que la nature nous a donné » de Joe SACCO aux éditions Futuropolis & XXI
Aller à la rencontre la rencontre des premières nations des territoires du nord-ouest canadien est l’autre façon d’appréhender ce volumineux reportage traité sous la forme de Bande-Dessinée par un des maîtres du genre déjà reconnu avec, entre autres, Gaza 1956, The fixer, Une histoire de Sarajevo et La Grande Guerre : le premier jour de la bataille de la Somme.

Cette histoire du peuple autochtone Dene peut intéresser un public impliqué dans l’écologie si tant est qu’il soit averti du problème central des ressources terrestres et de ce qu’elles ont précipité d’un point de vue humain, c’est à dire culturel.

Les Dene ont toujours habité ce lieu excentré des terres du nord-ouest du Canada où les températures avoisinent celles de la Sibérie. Peuple chasseur, piégeur, pêcheur, les Dene sont des hommes et des femmes de la forêt, autonomes, isolés et cependant parfaitement acclimatés à leurs rudes conditions d’existence. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le gouvernement arriviste blanc n’avait considéré ces terres éloignées comme détentrices de richesses qu’il se devait d’exploiter. Gaz, pétrole et pourquoi pas or ont amené les colons à investir non seulement les lieux mais aussi à forcer les Dene et d’autres peuplades autochtones à se plier à la civilisation blanche, à leur langue et bien sûr leur religion. 

Joe Sacco est venu et a interrogé une foule de personnes témoins de ce qui s’est produit sur ces terres. C’est donc un recueil que Joe Sacco a scrupuleusement retranscrit tout en dessinant les intervenants comme une procession qui amplifie au fur et à mesure la complexité d’une situation à première vue désastreuse. 

C’est au fond d’une mine que Joe Sacco émet un avis - son analyse est rare -  à plusieurs centaines de mètres sous terre, parce qu’on a voulu lui montrer comment, de l’extraction de l’or, il faut traiter de la poussière de trioxyde de diarsenic, substance mortelle même à très petites doses que l’on stocke (237 000 tonnes !) sur le site même de la mine. Une sorte de conclusion lui traverse l’esprit : 

« Je suis venu dans les territoires du Nord-Ouest pour rencontrer les Dene, qui ont de par leurs traditions, une perception de leur place dans la nature plus éloignée de moi que tout ce que j’avais pu connaître jusqu’alors. J’en ai appris un peu sur eux, mais surtout dans les domaines où leurs vies et nos besoins se recoupent. Je repartirai avec de nombreuses questions sans réponses au sujet de mes hôtes autochtones, mais pour l’instant, à plusieurs centaines de pieds sous terre, après que l’on m’a longuement vanté les merveilles technologiques de l’assainissement, ma principale interrogation porte sur mon espèce, sur nous. Quelle est la vision du monde d’un peuple qui ne murmure ni remerciements ni prières, qui extrait tout ce qu’il veut de la terre, et paie ses dettes avec de l’arsenic? »





Spécial nouvel an chinois : Shaolin, pays de Kung-Fu de Pierre Cornuel






Shaolin pays de Kung-Fu de Pierre Cornuel, éditions HongFei, 16.90 euros



Le bonheur est au-delà de la peur...

Mengmeng vit dans un petit village au cœur de la Chine, élevée par sa tante Lina qui tient un étal de fruits sur le marché.
Un jour, alors que des brigands viennent piller le village, Mengmeng s'enfuie le plus loin possible pour être finalement recueillie par des moines de Shaolin. Elle y rencontre Kun-Yi et Maître Jong, pour apprendre l'art du Kung-Fu.
Observer, être patiente, synchroniser ses mouvements, apprendre l'échec avec humilité, toutes ces étapes sont essentielles pour apprendre à maîtriser ses émotions, elle qui ne sait pas si sa tante est encore en vie.
A mesure qu'elle apprend la solidarité et la solidité mentale, aura t-elle le courage de les mettre en pratique pour revenir dans son village?
Ode à la maîtrise et au dépassement de soi, voici un album pour découvrir une tradition et pratique culturelle chinoise en apparence très connue grâce aux films d'arts martiaux, mais dont les valeurs et la discipline restent toujours mystérieux pour nous.
A partir de 6 ans.



Une pensée solidaire pour le peuple chinois qui subit en cette période traditionnellement festive des évènements tragiques.


Icebergs de Tanguy VIEL

Icebergs de Tanguy VIEL aux éditions de Minuit, 13 euros.


À la page des remerciements, Tanguy Viel révèle qu’Icebergs a réclamé plusieurs années - de cogitation (il ne le précise pas) - plutôt que de rédaction car le livre est court mais non dénué de terme choisis et souvent rares lorsqu’il fallait signifier au plus près la quête et l’enfoncement précieux que réclamait la pensée propre de l’auteur qui fait à coup sûr de ces « Icebergs » un livre unique dans son œuvre.

On peut justement ressentir, au terme de sa lecture qu’il est possible de croire difficile, une évolution probablement engendrée par la difficulté à atteindre au final une forme libératrice, et un plaidoyer pour une littérature que Tanguy Viel cherche à promouvoir à nouveau au moment où domine une autre littérature « si prête à se faire sociologie ou reportage au travers de la première fiction venue » et qui remporte tous les suffrages au détriment, écrit-il encore, de celle qui « laisse infuser dans la syncope d’une phrase, dans la fragilité d’un narrateur, dans la douceur inquiète d’un style, dans l’inachèvement d’une forme, cette grande fraternité du chuchotement, où ne nous console au fond que de croiser d’autres errances ».

En concluant ainsi son ouvrage, Tanguy Viel ne ramène rien à lui-même. Une culture multi-séculaire a fait depuis longtemps son chemin et toute l’histoire de la littérature en a été à son profit parcourue. Cicéron, Christine de Pizan, Sigmund Freud, Goethe, Henri-Frédéric Amiel, Montaigne, Anaïs Nin, Virginia Woolf, Sénèque, Dante, Jorge Luis Borges, Antonin Artaud, Henri Bergson, Marcel Proust, Aristote, Malcolm de Chazal, Italo Calvino, Rainer Maria Rilke, Boris Pasternak, Marina Tsvetaeva, Maurice Blanchot et bien sûr quelques autres sont convoqués dans Icebergs et justifient glorieusement son titre que l’on doit, précise humblement l’auteur, à une certaine Nadine.

vendredi 17 janvier 2020

Croire aux fauves de Nastassja Martin

Croire aux fauves de Nastassja Martin, éditions Verticales, 12.50 euros


"Anthropologie: science située à l'articulation entre les différentes sciences humaines et naturelles, qui étudie l'être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels".

Rien ne peut préparer une personne, quelle qu'elle soit, à se faire attaquer par un ours. Le 25 août 2015, alors qu'elle marche dans les montagnes du Kamtchatka, l'anthropologue se retrouve face à face avec un fauve. Si elle avait détourné le regard, peut-être tout aurait été différent, l'ours ne l'aurait pas attaquée, elle aurait gardé son beau visage, la bête aurait peut-être tourné les talons. Cette rencontre pure et simple aurait déjà pu alimenter l'écriture d'un livre.
Si on demande aujourd'hui à Nastassja d'imaginer sa vie sans cette "rencontre", cette confrontation physique, ce combat furtif durant lequel son visage et la gueule de l'ours n'ont fait qu'un, elle ne voudrait pas. Elle irait jusqu'à nous confier qu'elle recherchait cet événement, depuis toujours peut-être. Et cela malgré la lente, très pénible convalescence qu'elle a éprouvée, au cœur d'une guerre médicale entre hôpitaux russe et français, "détachée de son corps tout en l'habitant encore."
Que peut-elle faire pour chercher un sens à sa douleur? Ce qu'elle sait le mieux : faire de l'anthropologie. Sur les terres du Kamchatka, les êtres ne se rencontrent pas par hasard, ils sont guidés par leur traditions, leurs instincts, leurs croyances, leurs rêves et leur destinée sur Terre. 
Si elle est une victime en France, elle devient en Russie une miedka, mi-ourse, mi-femme. Avec une raison d'être, une ligne de vie, dans laquelle elle trouve, au contact des peuples indigènes, la juste corrélation entre la nuit et le jour, entre ses rêves et la réalité.

Croire aux fauves est un récit d'introspection, d'aventures et de découvertes sur une jeune femme croyant aussi bien au raisonnement scientifique qu'aux miracles de la vie.

 C'est toujours comme ça ici, rien ne se passe jamais comme on veut, ça résiste. Je pense à toutes ces fois où le coup ne part pas, où le poisson ne mord pas, où les rennes n'avancent pas, où la motoneige toussote. C'est pareil pour tout le monde. On essaie d'avoir du style mais on trébuche, on s'enfonce, on clopine, on tombe, on se relève.


Amertume Apache de Joann SFAR et Christophe BLAIN

Une aventure du Lieutenant BLUEBERRY d’après l’oeuvre de Jean-Michel CHARLIER et Jean GIRAUD, Amertume Apache de Joann SFAR et Christophe BLAIN aux éditions Dargaud, 14,99 euros.


Grande affaire que de reprendre Blueberry mais les non-initiés peuvent se rassurer, l’histoire d’Amertume Apache est d’autant plus réussie qu’elle annonce une suite intitulée Les hommes de non-justice.

Beaucoup de morts, de violence et de désir encadrent cet épisode du "Corto Maltese de l’ouest" mieux connu sous le nom de Mike Blueberry.
Dans ce Far West sauvage, qui sont les plus cruels ? Les Apaches parce qu'ils ont tué de sang froid une femme seule dans sa ferme (Brigitte Bardot apparaissant courtoisement pour le rôle) ou bien ces deux jeunes stupides fils du chef de la concession minière que l'ont voit au tout début tenter de violer une indienne sortant de la rivière ?
Toujours est-il, voilà deux victimes propres à mettre le lieutenant Blueberry dans une belle colère et dans un sacré pétrin. Homme de paix et de confiance auprès des Apaches, il n'en demeure pas moins un homme blanc. 

Alors quel meilleur endroit pour mettre un peu d'ordre dans ses pensées que le fort Navajo où l'attendent de pied ferme l'incandescente Ruth (Claudia Cardinale dans sa période Il était une fois dans l'ouest!) et, dans une moindre mesure, son chef de camp de mari avec qui il va tâcher d'éviter une guerre avec les Indiens ?

Comme chez Corto (décidément) les tracasseries pullulent aussi bien chez les Blancs que chez les Apaches dont ont découvre ici un sens aigu de l'enquête ainsi qu'un art bluffant au jeu de cache-cache.


Vous l'aurez compris, un peu d’humour n'est pas de trop au pays des cowboys et des Indiens, et d'ailleurs, quel message nous ont glissé les auteurs en introduisant un intrigant personnage promoteur du progrès (aux airs impénétrables de Charles Denner) qui propose à quiconque (et à Blueberry en particulier) de défier sa tireuse d'élite !