vendredi 17 janvier 2020

Croire aux fauves de Nastassja Martin

Croire aux fauves de Nastassja Martin, éditions Verticales, 12.50 euros


"Anthropologie: science située à l'articulation entre les différentes sciences humaines et naturelles, qui étudie l'être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels".

Rien ne peut préparer une personne, quelle qu'elle soit, à se faire attaquer par un ours. Le 25 août 2015, alors qu'elle marche dans les montagnes du Kamtchatka, l'anthropologue se retrouve face à face avec un fauve. Si elle avait détourné le regard, peut-être tout aurait été différent, l'ours ne l'aurait pas attaquée, elle aurait gardé son beau visage, la bête aurait peut-être tourné les talons. Cette rencontre pure et simple aurait déjà pu alimenter l'écriture d'un livre.
Si on demande aujourd'hui à Nastassja d'imaginer sa vie sans cette "rencontre", cette confrontation physique, ce combat furtif durant lequel son visage et la gueule de l'ours n'ont fait qu'un, elle ne voudrait pas. Elle irait jusqu'à nous confier qu'elle recherchait cet événement, depuis toujours peut-être. Et cela malgré la lente, très pénible convalescence qu'elle a éprouvée, au cœur d'une guerre médicale entre hôpitaux russe et français, "détachée de son corps tout en l'habitant encore."
Que peut-elle faire pour chercher un sens à sa douleur? Ce qu'elle sait le mieux : faire de l'anthropologie. Sur les terres du Kamchatka, les êtres ne se rencontrent pas par hasard, ils sont guidés par leur traditions, leurs instincts, leurs croyances, leurs rêves et leur destinée sur Terre. 
Si elle est une victime en France, elle devient en Russie une miedka, mi-ourse, mi-femme. Avec une raison d'être, une ligne de vie, dans laquelle elle trouve, au contact des peuples indigènes, la juste corrélation entre la nuit et le jour, entre ses rêves et la réalité.

Croire aux fauves est un récit d'introspection, d'aventures et de découvertes sur une jeune femme croyant aussi bien au raisonnement scientifique qu'aux miracles de la vie.

 C'est toujours comme ça ici, rien ne se passe jamais comme on veut, ça résiste. Je pense à toutes ces fois où le coup ne part pas, où le poisson ne mord pas, où les rennes n'avancent pas, où la motoneige toussote. C'est pareil pour tout le monde. On essaie d'avoir du style mais on trébuche, on s'enfonce, on clopine, on tombe, on se relève.


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