samedi 30 septembre 2017

Trois jours chez ma tante d’Yves RAVEY

Trois jours chez ma tante d’Yves RAVEY aux éditions de Minuit, 15 euros.

Le nouveau roman d’Yves Ravey, à bien y regarder, porte un titre un tant soit peu ridicule sinon risible. Trois jours chez ma tante. Et combien chez l’oncle ? la grand-mère ? la cousine ?
Souvent les relations familiales ont  compté chez Ravey. Voyez Un notaire peu ordinaire, Sans état d’âme, La fille de mon meilleur ami sans remonter non plus au Drap

Trois jours chez ma tante implique une annonce  boulevardière  où l’amant  sortirait immanquablement de l’armoire pour se faufiler vers le balcon. Avec ce livre, nous y sommes presque. 
Présentation : Marcello Martini, nom choisi avec soin par l’auteur, va occuper le devant de la scène. Il arrive du Liberia, pays longtemps dirigé, et ce n’est pas anodin, par l’un des plus sanguinaires dictateurs africains. 

Très vite nous comprenons que les affaires libériennes de Marcello ne vont pas bien. Son retour en France (pour trois jours) est provoqué par sa tante, Vicky Novak, qui l’a convoqué depuis sa résidence pour personnes âgées dont elle est une bienfaitrice reconnue. L’annonce qu’elle va faire à Marcello ne va rien arranger. En effet, le voici déshérité. Unique héritier, il recevait jusqu'ici chaque mois une somme suffisante pour mener à bien ses activités africaines. Cette privation d’héritage mais aussi de revenus mensuels est un vrai coup dur. 

Cela faisait vingt ans que Marcello n’était pas revenu. Parti dans des conditions délicates voire urgentes, Marcello révèle quelques traits de son caractère et notamment la bassesse stupéfiante dont il fait usage pour parvenir à ses fins. Jusqu’où ira t-il ? Vicky Novak en dépit d’une tendresse quasi maternelle pour son rejeton de neveu voit assez clair dans son jeu. Lydia, son ex-femme, également. Il faut aller au bout de ce vaudeville pour saisir l'extravagance et le grotesque qui sont ici en marche.

Yves Ravey continue d’aller vers des personnages corruptibles à bas prix. L’empathie impossible pour ces Marcello Martini et consorts est comme un défi pour l’auteur qui touche sans doute à une problématique sociale. En effet, qui sont ces les voleurs, tueurs ou autres dignitaires de la crapulerie à la petite semaine ? Ravey louche sérieusement vers le polar.

Nerval l’inconsolé de VANDERMEULEN et CASANAVE

Nerval l’inconsolé de VANDERMEULEN et CASANAVE aux éditions Casterman, 22,50 euros.


Au moment de choisir l’artiste qui représenterait ce mouvement fondateur que fut le romantisme, Gérard de Nerval s’est imposé naturellement, raconte l’un des auteurs dans les pages finales de l'album. Cet hommage, d'ailleurs, composé de documents photographiques et de tableaux se révèle fort intéressant pour ceux qui voudront mieux comprendre  les enjeux de ce projet biographique et dessiné. 

L’œuvre de Nerval peut paraître occultée mais le choix des auteurs est de nous montrer leur personnage le nez en l’air, reins cambrés, mains dans le dos comme un promeneur absorbé dans une rêverie et ses absences mystérieuses. Des extraits de la correspondance du poète servent d'introduction aux  nombreux chapitres qui couvrent la vie de Nerval. Quelques uns s'avèrent, comme celui-là, délicieux : « J’ai toujours distingué deux sortes d’amis : ceux qui exigent des preuves et ceux qui n’en exigent pas. Les uns m’aiment pour moi-même et les autres pour eux. Tous ont raison, mais je n’ai pas tort. »

Reste que la grande affaire de Nerval l'inconsolé, expérience essentielle au romantisme, est le voyage. Vandermeulen et Casanave ne boudent pas leur plaisir d’envoyer leur héros en Provence, en Italie, en Allemagne, à Vienne, au Caire, au Liban, à Istanbul, de le faire passer à Corfou, à Malte, à Naples, à Ixelles... Paris surgissant comme un point de ralliement où Nerval retrouve ses amis. 
C'est là que Nerval l’inconsolé rend à sa juste mesure un certain esprit du romantisme. Les réunions  de gentilshommes qui bavardent dans des tavernes ou au coin des rues, font tout le charme de cette reconstitution menée sur un ton affable que la fin tragique de Gérard de Nerval ne parvient pas à entacher. Un sentiment aimable perdure tout au long de la lecture de cette Bande Dessinée.



Loup y es-tu ?

Pendant que le Loup n'y est pas, Bénédicte Rivière et Mélanie Allag,aux éditions L'élan Vert, 11,20€

Promenons-nous dans les bois, pendant que le Loup n'y est pas, si le Loup y était, il nous mangerait, mais comme il n'y est pas, il nous mangera pas ! Loup y-es-tu ? 

Qui n'a pas, un jour, fredonné cette comptine ? Seulement, alors que le Petit Chaperon Rouge chantonne, une grosse voix lui répond... Il vient de réveiller le Loup ! Tous aux abris, l'animal a faim ! Les Trois Petits Cochons, Le Petit Poucet, La Belle au Bois Dormant et même Boucle d'Or l'entendent aussi !
Le temps passe, le loup se lève, aiguise ses dents pointues, gonfle ses muscles saillants, affûte ses griffes acérées, se prépare pour s'habiller... Mais où est donc passée sa culotte ? Quelqu'un aurait-il pu la lui voler ?

Une comptine familière détournée qui mélangent des personnages bien connus des enfants pour un réel plaisir de lecture !

samedi 23 septembre 2017

Défense de Prosper Brouillon d’Eric CHEVILLARD

Défense de Prosper Brouillon d’Eric CHEVILLARD aux éditions Notabilia.

Eric Chevillard n’a pas repris la chronique que le journal Le Monde lui avait proposée chaque semaine depuis quelques années. Ses humeurs parfois massacrantes avaient le don de le placer, en haut lieu, dans une détestation qui devait le réjouir. 

Effectivement, Eric Chevillard milite pour une littérature un peu moins niaise, un peu moins attendue, capable de déclencher d’énormes fous rires et, en prime, d’enrichir son lecteur d’un vocabulaire insoupçonné. Mais il serait trop long de parler de l’œuvre de cet auteur coupable d’avoir publié aux éditions de Minuit une vingtaine de livres qui lui assurent une place pérenne dans les ouvrages d’histoire de la littérature française. 

Défense de Prosper Brouillon est un petit florilège de ce qu'Eric Chevillard a rencontré le temps de ses lectures pour Le Monde. Cela ressemble à un essai mais il s’agit, en mémoire à Du Bellay, d’une défense de l’œuvre de Prosper Brouillon accommodée d'une illustration (par l'exemple) de cette œuvre. Prosper Brouillon ayant l’insigne avantage de cumuler la gloire et la beauté, c’est-à-dire la reconnaissance du public et celle de la critique. 

Prosper Brouillon est donc l’archétype d’une littérature qui se vend, qui récolte des prix et qu’un  prompt défenseur nous présente à l'encontre du petit cercle aigri des littérateurs de Saint-Germain-des-Prés dont une succulente description nous est servie comme hors-d’œuvre.
Cependant, le gros du livre se tient dans une analyse détaillée du dernier roman paru de Prosper Brouillon, Les gondoliers, citations à l’appui. Cet éloge quelque peu dévastateur pour celui qu'Eric Chevillard nous décrit comme un des plus reconnus de nos auteurs contemporains est aussi une réflexion cachée sur le commerce du roman aujourd’hui. 

Chevillard lutte d'une manière infiniment habile contre les aberrations stylistiques qu’il rapporte - nous dit-il à la toute fin du livre - d’une somme de romans publiés récemment par des auteurs dont certains sont académiciens et d’autres couronnés par des prix.. 
De là lui est venue cette fiction d’une fiction nommée Les gondoliers. Une histoire construite à coups de ciseaux qui tourne en ridicule le sentiment amoureux en raison des perles ramenées par Chevillard et diaboliquement assemblées sous le nom de Prosper Brouillon. 

"Ecrire et tricoter c’est pareil", telle est la recette imparable de Prosper Brouillon. Eric Chevillard reprend la formule au pied de la lettre et jette un vrai pavé dans la mare de la rentrée littéraire.  

Enfin, il est fort dommage d'en parler après tout ce qui vient d'être écrit mais les dessins d'une rêverie douce et perplexe de Jean-François Martin apportent une réflexion exemplaire à ce vice impuni de la lecture. Une raison supplémentaire sinon essentielle pour se procurer ce livre.

La vallée du diable d'Anthony PASTOR

La vallée du diable d’Anthony PASTOR aux éditions Casterman, 20 euros.

La Nouvelle-Calédonie est au cœur de La vallée du diable. Comme ses voisines, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie, elle fut le théâtre d’échanges peu amènes entre colons (qu’ils soient français ou anglais) et autochtones (Kanaks en l’occurrence). La vallée du diable romance cette histoire à partir de l’installation d’une famille savoyarde redevable d’un certain James Jacques riche exploitant de l’île riche elle-même de son extraction de nickel. 

Mais il faut d’abord compter sur les intentions sentimentales et tout aussi contrariées des uns et des autres. Ainsi James est épris de celle qu’il a généreusement accueillie sur ses terres mais cette Marie se refuse à lui, mariée au pauvre Félix qui ne sait honorer sa femme, ne se sentant qu’un choix par défaut. Or celui-ci n’en est pas moins devenu le père d’une enfant illégitime née de sa liaison avec une Kanak elle même convoitée par un homme au service de James Jacques, également Kanak. 
L’imbroglio passionnel de chacun - nous vous épargnons les intrigues secondaires - a le mérite de dévoiler la beauté de l'île crayonnée splendidement par l’auteur. Les couleurs somptueuses et le trait particulièrement aigu de ses personnages attisent la curiosité pour ce courant relativement haineux qui coule dans chaque case. 
Nous sommes dans les années 20, la bicyclette fait son apparition mais les mœurs appartiennent encore au western. Impressionnant par instants, fastidieux à d’autres, La vallée du diable nous promène en un lieu et une époque largement ignorés par la fiction. Anthony Pastor s’est attelé à la tâche et l’on sent le travail minutieux non seulement de son dessin qui est, rappelons-le, magnifique mais aussi du contexte historique qui semble irréprochable. 


Comme Splat, viens mener l'enquête avec l'Ecole des Loisirs les 30 septembre et 1er octobre au Festival Thriller de Gujan-Mestras!

Splat, Agent Secret, par Rob Scotton, aux éditions Nathan, 13,95€

Splat a une grande collection chez lui, une collection à laquelle il tient beaucoup : des canards en bois que lui fabrique son papa. Il en a de toutes les couleurs, et en prend grand soin.
Seulement un beau jour, le rouge a disparu ! Le lendemain, le voilà de retour... sans son bec ! Le surlendemain, même disparition inquiétante du canard bleu, et le retour sans le bec, et la situation se reproduit les jours qui suivent.
C'en est trop pour notre gros matou noir qui décide d'enquêter pour démasquer "Monsieur X". 
Interrogatoires, pistes, pièges, il va tout mettre en place pour retrouver le criminel !

Sauras-tu toi aussi retrouver le coupable ?

Et pour encore plus d'enquêtes, retrouvez-nous au salon Thrillers à Gujan-Mestras samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre pour résoudre une grande enquête !

Le programme ?
Le manuscrit du nouveau livre de Norma Huidobro, Une lumière très étrange, a disparu !
Qui a bien pu le voler ?


Votre mission ? Retrouver le voleur de manuscrit...
Saurez-vous démasquer le coupable ? 

Des indices vont être cachés dans les livres de L’École des Loisirs, des indices sous forme de marque-pages qui vous donneront une nouvelle indication pour se diriger vers le prochain livre.

A gagner : un sac "Thrillers à Gujan Mestras" rempli de surprises ! 


Retrouvez également bien sûr de nombreux auteurs sur ce salon:
JEROME LEROY
B.A. PARIS 
MARC FERNANDEZ
JEAN-LUC AUBARBIER
FABRICE DUFFOUR
RICHARD D. NOLANE
GUILLAUME LE CORNEC
PATRICK CAUJOLLE
JANINE TEISSON
DENIS VAUZELLE
DOMINIQUE DAYAU
DAVID COULON
YANA VAGNER
PHILIPPE LESCARRET
CHRISTINE BEIGEL
PATRICE VERGES
DOMINIQUE FAGET
INGER WOLF
STEPHANE PRZYBYLSKI
GILBERT GALLERNE
SOLENE BAKOWSKI
ELISA VIX

Pour plus de détails sur les rencontres et animations, c'est ici: Site internet du festival

Fermeture pour inventaire


OYEZ OYEZ !

Comme chaque année en cette période la librairie va se plier au bel exercice de l'inventaire!
Et pour ne pas se tromper dans le comptage du nombre de trombones, d'élastiques et, accessoirement, de livres, nous allons devoir fermer nos portes

DU LUNDI 2 AU MERCREDI 4 OCTOBRE

RÉOUVERTURE MERCREDI 4 OCTOBRE à 14H30 !

Salon Lire en Poche 6 au 8 Octobre à Gradignan


Après le Festival Triller de Gujan-Mestras les 30 Septembre et 1er Octobre,
retrouvez-nous le week-end suivant à Gradignan pour le Salon Lire en Poche!

Comme chaque année la librairie aura le plaisir de représenter les éditions du Livre de Poche et accueillera pour l'occasion sur son stand de nombreux auteurs:

GAEL FAYE
VIRGINIE GRIMALDI
AURELIE VALOGNES
JACQUES EXPERT
SANDRINE COLLETTE
PATRICK BAUWEN
MARC FERNANDEZ
MEMONA HINTERMANN
EMMANUEL GRAND
FABRICE COLIN
PAUL CLEAVE
LEE CHILD

Pour plus de détails
 et la liste complète des auteurs invités (dont Harlan Coben, parrain de cette édition),
 retrouvez le programme ici : Site internet du salon

samedi 16 septembre 2017

Un loup pour l'homme de Brigitte GIRAUD

Un loup pour l’homme de Brigitte GIRAUD aux éditions Flammarion, 19 euros.


Pour obtenir la signification littérale du dernier roman de Brigitte Giraud, il faut atteindre la page 185 et lire  le récit d’Oscar, ce jeune homme d’origine italienne qu’Antoine couve depuis son arrivée à l’hôpital d’Oran. 
Or, c'est l’histoire d’Antoine que Brigitte Giraud a entrepris de nous raconter, un jeune homme, appelé en 1960 pour le service militaire qu’il effectue en Algérie en tant qu’infirmier. 

Nous suivons donc Antoine depuis son embarquement à Marseille jusqu’à ses premières interventions auprès des blessés d’une guerre qui ne veut pas dire pas son nom. Antoine lui-même ignore à peu près tout de ce qui se trame en Algérie et le lecteur navigue avec lui dans cet à-peu-près où l’on maintient l’ordre, sécurise et protège on ne sait trop qui d'on ne sait trop quoi. 

Antoine a d’ailleurs un souci majeur qui ne concerne en rien ces « évènements » algériens. Il va effectivement devenir papa. Sa fiancée Lila n’a pas supporté d’attendre seule à Lyon leur bébé. Elle a soudainement débarqué à son tour en Algérie et le jeune couple se retrouve le soir dans un appartement que leur a alloué exceptionnellement l'armée. Mais Antoine qui se rend chaque jour à l'hôpital se préoccupe du cas d'Oscar, un patient très à part, réfugié dans un mutisme qui le préserve d'un rapatriement dont il n'a que faire car le piège dont il a réchappé lors d'une mission malheureuse lui a coûté l'amputation d'une jambe.

Brigitte Giraud instaure dans ce roman magistral un vécu rarement lu de ces appelés d’Algérie qui, comme Antoine mais aussi Martin, son ami cuisinier, ont regardé « impuissants, la disparition de leur jeunesse, sans savoir encore qu’ils ne pourront pas raconter. Les mois qu’ils viennent de vivre seront comme un secret, une expérience embarrassante qu’ils tairont instinctivement ».


Seul Oscar, dont le récit  dure un peu plus de dix pages, aura parlé de ce qu'il a vraiment vu et perdu. Il paiera très cher le tribut de son désarroi de jeune appelé de la guerre d'Algérie.

Dur dur d'être un cambrioleur...

Arsène Lagriffe ; Hors-la-loi, par Jennifer Gray, aux éditions Pocket Jeunesse, 6,60€

Arsène Mitaine Escogrif Lagriffe, de son nom complet, est un chat des rues vivant de délits divers. Sa spécialité ? Les cambriolages. C'est pourquoi, un beau matin, des pies lui proposent une mission : voler pour elles les bijoux de Littleton-sur-Mer. Lui, Arsène, si discret, si agile et si compétent, est le cambrioleur idéal !
Les vols commencent, sans encombres (ou presque), jusqu'à ce que les pies dévoilent leur véritable projet : ce ne sont pas les bijoux des habitants qui les intéressent, mais les bijoux, très rares et très chers, qui vont être présentés au château de Littleton-sur-Mer, et, surtout le diadème de Lady Toffly...

Seulement, Arsène est en proie aux doutes. Accueilli à bras ouverts par l'inspecteur Cheddar et ses deux enfants, le voilà assailli de remords : est-il vraiment fait pour les cambriolages ? Les enfants sont si doux, si gentils avec lui, et il est si agréable d'avoir une famille qui s'inquiète pour lui, qui le câline...  

Arsène est un cambrioleur attachant, et sensible, un matou qu'il est agréable de suivre dans ses aventures... aventures qui se poursuivent dans le tome 2 : Arsène Lagriffe règle ses comptes (et d'autres encore qui seront à paraître pour novembre !).