vendredi 21 février 2020

Rencontre exceptionnelle avec Jean Echenoz

Mai 2018, l’écrivain Gérard Macé séjournait à l’Hôtel Ville d’Hiver. Vous étiez quelques uns venus écouter et découvrir l’œuvre multiforme de cet homme de lettres. Sa conversation riche, pétrie d’une érudition que d’aucuns retrouveront dans ses livres  (qui s’étendent sur l’histoire littéraire et autres réflexions de voyages) fut un moment heureux pour la Librairie Générale. Cet homme délicieux s'est fendu d’une  grande générosité en reconnaissance du plaisir pris lors de son passage à l’hôtel. Le voilà de retour avec un ami dont nous lui avions suggéré une invitation si l’occasion se présentait. L’occasion est là, Jean Echenoz, puisqu’il s’agit de lui, sera à son tour présent à l’Hôtel Ville d’Hiver jeudi 26 mars.

Pour ceux auxquels le nom de Jean Echenoz n’évoque rien, nous allons brièvement donner une indication de sa place dans la littérature contemporaine. Notons qu’il ne s’est pas imposé dans les lettres françaises comme peuvent l’avoir fait certains avant et après lui avec un livre qui aurait époustouflé la critique et le public qui l’accompagne. Jean Echenoz a bien obtenu le prix Goncourt en 1999 qu’avait précédé le Médicis en 1983. Il n’est donc pas resté inconnu mais nous pensons qu’il a construit son œuvre au cœur d'un groupe et d'une génération d’écrivains qui, à la suite de glorieux ainés (Becket, Sarraute, Simon, Duras), ont reformulé l’identité des éditions de Minuit. 

Nous ne croyons vexer personne en leur attribuant une comparaison avec un jazz-band dans lequel Jean Echenoz aurait été évidemment le pianiste. Cela nous permet aussi de rendre hommage à ce sextet imaginaire qu'auraient formé, à commencer par le plus regretté d’entre eux, Christian Gailly au saxophone, Yves Ravey à la contrebasse, Christian Oster au chant, Jean-Philippe Toussaint à la guitare et Jacques Serena à la batterie. Chacun posa à sa façon une pierre à cet édifice conçu dans les années quatre-vingt-dix dont Jean Echenoz fut historiquement le précurseur sinon le leader. Jean Echenoz, toujours, dans ce dix-huitième opus intitulé Vie de Gérard Fulmard confirme un retour aux affaires « echenoziennes » que l’on avait déjà ressenti à la lecture d’Envoyée spéciale  concomitamment sorti en poche. Cela signifie en d’autres termes que l’auteur - et pourrait-il être autre chose que cela ? - est un observateur du monde dont il décode les soubresauts selon ses moyens et à des degrés divers

Or, les moyens d’Echenoz loin d’être ostentatoires, sont peaufinés dans une direction d’une précision subtile voire extrême. Une phrase, parce qu’elle se doit de contenir des informations - quelle que soit l'histoire qu’elle raconte - est une quête qui va à l’encontre du bavardage. Une raison amplement suffisante pour amèner un (piètre) personnage nommé Fulmard Gérard (Gérard Macé appréciera) dans le monde  éternellement jouissif de la politique politicienne. Nous n’irons pas plus loin pour ne pas maintenir trop longtemps l’attention de nos lecteurs et surtout, nous souhaitons les inciter au plus vite à se procurer ce livre - et bien sûr tous les autres -  de cet « invité spécial », vainqueur haut la main de son combat contre des professionnels du langage.

Revenons à moi qui me nomme Fulmard, me prénomme Gérard et suis né le 13 mai 1974 à Gisors (Eure). Taille : 1,68 m. Poids 89 kg. Couleur des yeux : marron. Profession : steward. Domicilié rue Erlanger, Paris XVIe, où je vis seul. 

Gérard Fulmard, donc, et si j’ai quelques raisons de me plaindre, du moins ne-suis-je pas mécontent de ce patronyme assez peu courant, qui ne sonne pas mal, qui est presque le nom d’un bel oiseau marin auquel j’aimerais m’identifier sauf qu’il est grégaire et moi pas plus que ça. Sauf aussi que je n’ai pas le physique, ma surcharge pondérale s’opposant en toute hypothèse à ce que je prenne un jour mon vol. Même si des vols, vu mon métier j’en ai pris pas mal, mais d’abord ce n’est pas la même chose et ensuite cette profession de steward, je ne l’exerce plus. Mon vrai statut actuel est celui de demandeur d’emploi en passe de se reconvertir, mais je vais développer ce point.

A part ce nom, je ne suis pas sûr de provoquer l’envie : je ressemble à n’importe qui en moins bien. Taille au-dessous de la moyenne et poids bien au-dessus, physionomie sans grâce, études bornées à un brevet, vie sociale et revenus proches de rien, famille réduite à plus personne, je dispose de fort peu d’atouts, peu d’avantages ni de moyens. Encore heureux que j’aie pu reprendre ces deux pièces et demie après le décès de ma mère, elles étaient locativement les siennes et je n’ai pas changé de meubles. C’est là qu’à présent je me tiens, fenêtres entrouvertes sur une rue peu passante. Elle a beau être située dans le quartier d’Auteuil contenant principalement des gens à l’aise, il n’empêche qu’elle n’est pas bien gaie, la rue Erlanger. Sur elle aussi, je reviendrai.

 

 


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