samedi 23 novembre 2013

Goethe se mheurt de Thomas Bernhard

Goethe se mheurt de Thomas BERNHARD aux éditions Gallimard, 13,50 euros.

Voici quatre récits inédits publiés par Gallimard de la plume de Thomas Bernhard, quatre offrandes parvenues, pour ainsi dire, d’outre-tombe. Goethe se mheurt, Montaigne, Retrouvailles et Parti en fumée sont ici rassemblés avec pour seule indication, hélas, leur date de publication dans des journaux allemands entre 1982 et 1984.

L’art du ressentiment chez Thomas Bernhard est vite reconnaissable dans chacun de ces textes, le meilleur étant celui où dans un délire d’avant la mort, Goethe réclame la présence de Ludwig Wittgenstein philosophe autrichien né en 1889, soit cinquante sept ans après la mort de l'illustre écrivain allemand.

Les élucubrations et, bien plus encore, les gesticulations des commentateurs entourant Johann Wolfgang Von Goethe creusent un abîme syntaxique de non-pensée ou d’évitement de la pensée d'un comique touchant bien évidemment à l'absurde. Goethe, lui-même, extasié par l'énoncé à venir du doutant et du non-doutant de
Wittgenstein affirme une reconnaissance et une dette pour son successeur absolument irrésistible. Et Thomas Bernhard de ne pas se priver, pour conclure, de rectifier la dernière et célèbre phrase de Goethe agonisant : "Mehr licht ! mehr licht !" librement traduit par "Clarté grandiose ! clarté grandiose !" et qu'il aurait plutôt fallut entendre ainsi : "J’en ai ma dose ! j'en ai ma dose !".

Le texte Montaigne est la quête d’un refuge niché dans une tour où gît, parmi d’autres chefs-d’oeuvre de la philosophie, l'oeuvre des Essais. Ce recours à Montaigne est annihilé par la famille du narrateur que fuit ce dernier dans un ressassement dérisoire, le temps de l’ascension de la tour ralentie par d'immenses toiles d'araignée mais galvanisée par une franche et productive détestation familiale. "Espérons qu’il ne lui soit rien arrivé ! Cette phrase n’était pas de Montaigne, c’était ce que répétaient les miens, qui, au pied de la tour, allaient et venaient en me cherchant".

Retrouvailles renvoie encore à la maudite famille mais développe une forme de libération assénée par un narrateur qui retrouve un ancien ami. Thomas Bernhard se joue de deux familles ayant connu le même type de vacances à la montagne, l’une étant équipée de chaussettes et de bonnets en laine vert pomme et l’autre de chaussettes et de bonnets en laine rouge vif. Cet affrontement stylistique jubilatoire peut rappeler ce qu’Antoine Chatilliez développa en 1988 dans La vie est un long fleuve tranquille avec les Famille Groseille et Le Quesnoy.

Enfin, Parti en fumée relève, avec une méchanceté adéquate, de la parodie du récit de voyage. L’Autriche étant bien sûr la cible de cet écrivain qui a toujours trouvé son inspiration littéraire dans le registre de la détestation.

Idées de cadeaux pour Noël (J -31) - Adultes.


A un mois de Noël, la librairie est maintenant fin prête pour vous proposer, en plus des romans que nous avons l'habitude de vous présenter, un large choix de beaux livres, coffrets, agendas, bandes dessinées et albums! Afin de vous aider à trouver l'idée de génie qui fera plaisir à coup sûr, voici une petite sélection que nous développerons chaque semaine jusqu'au jour J:

Manufrance un siècle de vente par correspondance de Jean-Pierre Pernaut, ed. Michel Lafon,  26.95 euros
Fondée en 1885, la Manufacture d'armes et de cycles de Saint-Étienne a longtemps été considérée comme l'une des plus belles usines de France. Armes, cycles, articles de pêche, machines à coudre furent à l'origine les premiers objets fabriqués par l'entreprise stéphanoise, une offre qui s'enrichit, au fil des années et durant un siècle, de milliers d'autres articles. Tous ces objets de consommation entrèrent dans la plupart des foyers français grâce à un mode de promotion et de diffusion très novateur pour l'époque : le catalogue Manufrance, premier catalogue de vente par correspondance. Habillement, sport, voyage, photographie, horlogerie, art de la table, outillage, jardinage : « Tout ce que vous pouvez désirer » se trouve dans les catalogues de 1910, 1938, 1967, 1973... Regard nostalgique sur un siècle de Manufrance, à travers cet ouvrage exceptionnel qui met en scène des morceaux choisis des catalogues.
 Immortelle randonnée compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin, ed. Gallimard, 28.50 euros
Texte intégral en version illustrée du succès de l'année.
Jean-Chistophe Rufin a suivi à pieds, sur plus de 800 km, le "Chemin du Nord" jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle. Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes basque et cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice. "Chaque fois que l'on m'a posé la question « Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ?», j'ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l'ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s'y engager ? On est parti, voila tout." Galerie de portraits savoureux, divertissement philosophique sur le ton de Diderot, exercice d'autodérision plein d'humour et d'émerveillement, "Immortelle randonnée" se classe parmi les grands récits de voyage littéraires. On y retrouvera l'élégance du style de l'auteur du Grand Coeur et l'acuité de regard d'un homme engagé, porté par le goût des autres et de l'ailleurs.

Eiffel par Eiffel de Philippe Couperie-Eiffel, ed. Michel Lafon, 34.95 euros
Il est l'auteur du symbole incontesté de Paris, qui fait rayonner son aura dans le monde entier. Mais il serait réducteur de limiter l'oeuvre de Gustave Eiffel à la tour qui porte son nom, bien qu'il se soit battu pour imposer ce qui n'était encore qu'une utopie. À partir de 1856, où il se voit confier la construction du pont ferroviaire de Bordeaux - son premier ouvrage métallurgique de grande envergure -, il marquera de son style les quatre coins du globe. Le pont sur le Douro au Portugal, le viaduc de Garabit, l'église de Manille, le marché de Constantine et même l'ossature de la statue de la Liberté ne sont que quelques exemples parmi plus de 300 réalisations magistrales. En 1892, sa vie bascule : un rapport le met injustement en cause dans le scandale du canal de Panamá qui a éclaté trois ans plus tôt. Atteint dans son honneur, Eiffel choisit de se mettre en retrait. pour innover toujours plus : concepteur avant-gardiste du premier avion, spécialiste du vent et de la dynamique, père de la météorologie moderne, il apparaît comme un créateur multiforme, fer de lance de l'âge industriel. Mais l'homme public n'a jamais pris le pas sur l'homme privé, et Gustave Eiffel a laissé à ses proches le souvenir d'un grand humaniste, doté du plus profond sens de la famille. C'est cet héritage que son descendant Philippe Coupérie-Eiffel défend ardemment et nous invite ici à découvrir, à travers une mine d'archives, dont certaines inédites, qui révèlent à la fois un Eiffel intime et l'ingénieur de tous les possibles.
 Châteaux royaux de France de Stéphane Bern, ed. Albin Michel, 35 euros
Forteresses, remparts, portes fortifiées, donjons, rien ne résiste à la sagacité de Stéphane Bern ! L'auteur nous invite à découvrir l'Histoire de France à travers les 10 plus importants châteaux royaux de France. Versailles, le Louvre, Vincennes, Blois, Amboise, Saint-Germain-en-laye, Compiègne, Fontainebleau, Pierrefonds, Rambouillet. Au rythme d'une iconographie rare et précieuse, Stéphane Bern nous fait découvrir ces lieux historiques empreints de tant de secrets. Admirez le talent des architectes, jardiniers et décorateurs qui ont donné vie et éclat à ces dix hauts lieux de l'Histoire de France.

Henri Cartier-Bresson de Clément Chéroux, ed. Centre Pompidou, 49.90 euros
Rarement une monographie de photographe a été aussi attendue que celle que Clément Chéroux consacre à Henri Cartier-Bresson. Dix ans après sa disparition, c'est à une relecture de son oeuvre que nous sommes invités grâce à l'ouverture des archives de la Fondation Cartier-Bresson et quelques mois avant la grande rétrospective que le Centre Pompidou consacrera à " HCB " à partir du 9 février 2014. Car il n'y a pas un Cartier-Bresson mais des Cartier-Bresson. En près de 80 années de travail photographique, il voyage à travers le monde, découvre des cultures, côtoie différents groupes humains, participe à quelques-uns des plus grands mouvements de pensée. Du surréalisme à mai 68 en passant par la Seconde guerre mondiale, la décolonisation, la Chine de Mao et les Trente Glorieuses, ses images constituent un extraordinaire témoignage sur le XXème siècle. Avec son génie de la composition, son intelligence des situations et son aptitude à les saisir au bon moment, Cartier-Bresson est devenu l'une des légendes de l'art photographique. Le catalogue propose une sélection de 500 photographies, dont plusieurs inédites, accompagnées d'un texte de Clément Chéroux et de nombreuses illustrations pour éclairer le travail de l'artiste.
 Dictionnaire amoureux du vin de Bernard Pivot, ed. Flammarion, 29.90 euros
Des histoires et des anecdotes qui évoquent le vin, les vignes, les vendanges et le plaisir de boire. Edition illustrée.



Histoire de l'aviation de Bernard Marck, ed. Arthaud, 50 euros
600 pages d'exploits, de passions et d'inventions techniques. 
L'épopée de l'aéronautique depuis l'âge des ballons jusqu'aux avions furtifs.
Blériot, Mermoz, Lindbergh, Gagarine, Armstrong...: les performances humaines et les records des plus grands aviateurs et astronautes.
Les grandes nations à la conquête du ciel puis de l'espace: une lutte économique et technologique.
Plus d'un millier d'appareils civils et militaires décrits et illustrés.
 Reflets de France les recettes gourmandes et les produits typiques de nos pays de Loïc Bienassis, ed. Albin Michel, 19.90 euros
Le meilleur des produits et recettes de nos terroirs présenté par Loïc Bienassis et préfacé par Joël Robuchon, le chef le plus étoilé au Monde : le patrimoine culinaire de la France en plus de 400 images ! " Je n'oublierai jamais les premières émotions olfactives et gustatives de mon enfance dans le Poitou, mon "pays" : la viande parthenaise cuite au barbecue sur les sarments de vigne, le fromage de chèvre sec, les macarons de Montmorillon... Quel plaisir de revenir aujourd'hui à mes premières amours grâce à cet ouvrage ! Vous commencerez peut-être, comme moi, par le chapitre concernant votre "pays", mais vous vous laisserez vite tenter par des chemins de traverse, au gré des recettes et produits qui vous invitent à la gourmandise... Bon voyage ! " Joël Robuchon. Une invitation à découvrir tous les reflets de la gastronomie française : 250 recettes gourmandes et produits typiques de nos " pays ".

La cuisine d'Alexandre Dumas de Babette de Rozières et Philippe Asset, ed. Chene, 35 euros
Alexandre Dumas était un personnage hors norme, généreux et animé par l'envie de partager. Cet écrivain prolixe s'est passionné pour la cuisine et a voulu transmettre aux générations futures des connaissances culinaires de son époque. Il a écrit Le Grand Dictionnaire de cuisine dont s'est inspiré Babette de Rozières, cuisinière et d'origine antillaise comme ce grand homme. Babette a gardé l'esprit, le titre et le déroulé des recettes d'Alexandre Dumas et les a retranscrites pour les rendre réalisables pour les bonnes fourchettes d'aujourd'hui.

Rendez-vous en terre inconnue, la suite de Frédéric Lopez et Jean-Michel Turpin, ed. La Martinière, 32.50 euros
Imaginée et présentée par Frédéric Lopez, l'émission "Rendez-vous en terre inconnue" - élue "émission préférée des Français" - ne cesse de nous émouvoir... en nous faisant découvrir de l'intérieur le quotidien de peuples uniques, de héros du bout du monde qui se battent pour la préservation de leur culture, à l'heure de la mondialisation. Best-seller, le 1er tome de Rendez-vous en terre inconnue approche aujourd'hui des 100 000 exemplaires vendus... Voici le 2e tome tant attendu, avec cette fois : Gérard Jugnot, Sylvie Testud, Zabou Breitman, Frédéric Michalak, Virginie Efira, François-Xavier Demaison... Cet album retrace, en plus de 300 photos commentées par Frédéric Lopez et avec la complicité de chacun des invités, les moments précieux d'humanité et de partage de ces 7 documentaires extraordinaires.

Idées de cadeaux pour Noël (J -31) - Jeunesse et Bandes Dessinées

La suite de la sélection côté jeunesse et bandes dessinées...

Mowgli de R. Kipling et J. Brax, ed. Milan, 18.90 euros (à partir de 7 ans)
"Les fourrés se mirent à trembler... Père Loup se préparait à bondir... "un homme! Un petit homme! Regarde!" Juste en face de lui, accroché à une branche basse, se tenait un bébé tout nu qui pouvait à peine marcher. Il regarda le museau de Père Loup et se mit à rire...".
Ainsi commencent les aventures de Mowgli, petit homme élevé parmi les loups et les animaux de la jungle. Maxime Rovere nous propose ici une nouvelle adaptation qui, proche du texte original de Rudyard Kipling, nous plonge dans l'histoire intégrale de Mowgli mais aussi de Baloo, Bagheera et les autres. Un grand classique à redécouvrir, sublimé par les illustrations poétiques et lumineuses de Justine Brax.

Le voyage d'Anoki d'Antoine Guillopé, ed. Gautier Languereau, 19.95 euros (à partir de 4 ans)
Depuis qu'il est petit, Anoki entend parler du Grand Blanc. C'est décidé, aujourd'hui, il part à sa recherche. Un voyage fascinant sous le regard des orques, des pingouins et des morses. Avec un pop-up spectaculaire à la fin!

L'encyclopédie Larousse des animaux,ed. Larousse, 14.95 euros (à partir de 4 ans)
La première encyclopédie qui explique aux petits le monde étonnant des animaux.




D'art d'art! pour les enfants de Frédéric Taddeï et Marie-Isabelle Taddeï, ed. Chêne, 18 euros (à partir de 7 ans) 
"C'est l'histoire d'une oeuvre d'art. De l'art... j'adore!".
Reconnais-tu les animaux sur ce tableau? Devines-tu ce que tenait la Vénus de Milo? As-tu trouvé le tricheur à l'as de carreau?
A toi de jouer! Observe, cherche, trouve, devine ou imagine et découvre ainsi l'histoire de toutes ces oeuvres d'art!

Alice d'après Lewiss Carroll, de Maxime Rovere et Annelore Parot, ed. Milan, 29.90 euros ( à partir de 4 ans)
"A présent, mon ambition (est-elle vaine?) est d'être lu par des enfants âgés de zéro à huit ans. - D'être lu? Ah non! Disons plutôt d'être corniflé, gargouillé, patapoufé, ébouriffé, embrassé par les petits chéris analphabètes, illettrés et adorables, qui emplissent les garderies de leur joyeux tumulte, et le tréfonds de nos coeurs d'un bonheur exténuant!" Préface à Alice pour les petits.
Magnifique livre où chaque page contient tirettes, rabats à soulever et pop-up!

Oksa Pollock tome 6 d'Anne Plichota et Cendrine Wolf, ed. XO, 18.50 euros (à partir de 12 ans)  
Le temps s'accélère. Orthon, l'âme damnée des Sauve-Qui-Peut, est au faîte de sa puissance. Après avoir détourné la plupart des richesses mondiales, il s'apprête à devenir président des États-Unis. Exerçant sur lui une étroite surveillance, les Sauve-Qui-Peut ne tardent pas à découvrir que son but est ni plus ni moins de détruire la population des deux mondes pour construire un univers élitiste, où seuls ceux qu'il jugera dignes de vivre seront sauvés. Les Sauve-Qui-Peut sont les seuls à pouvoir l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard. Car un autre danger plane, cette fois sur Édéfia : Orthon projette de détruire l'étoile qui la protège. Les conséquences seraient alors fatales pour Du-Dedans comme pour Oksa. De Détroit à la Maison Blanche, du Brésil au Japon, les Sauve- Qui-Peut se lancent dans une ultime mission, la plus périlleuse de toutes. Un dénouement magistral où Oksa et les siens risquent tout. 

 Coffret Apprends à lire l'heure avec P'tit loup de Eleonore Thuillier et Orianne Lallemand, ed. Auzou, 17.50 euros (à partir de 5 ans)
Une histoire de la journée de P'tit Loup avec une horloge du livre où l'enfant peut faire tourner les aiguilles. Et en bonus: une véritable montre aux couleurs de P'tit loup!

XIII tome 22 Retour à Greenfalls de I. Jigounov et Y. Sente, ed. Dargaud, 11.99 euros
Yves Sente et Iouri Jigounov signent le tome 22 de XIII : Retour à Greenfalls, dans cette petite ville où Jonathan Mac Lane a été assassiné. XIII est tombé aux mains de la fondation Mayfl ower et, sous hypnose, se retrouve pressé de questions : il serait le dernier descendant de la branche des Aventuriers du Mayfl ower et connaîtrait l'emplacement de certains documents qui rendraient leurs droits aux Puritains ! Betty, elle, traverse les États-Unis pour découvrir les secrets du père adoptif de Jason. Sa quête la mènera, elle aussi, à Greenfalls.

Game over Yes I can tome 11 de Midam, Adam et Patelin, ed. Mad Fabrik, 10.95 euros  
Voici le retour du Petit Barbare, double virtuel de Kid Paddle: va-t-il enfin sortir du jeu vidéo dans lequel il est enfermé sans passer par la case "Game over"? Suspens insoutenable que vous n'apaiserez que d'une seule façon: lire la BD!


Bourrasques et accalmies de Sempé, coed. Denoël et Martine Gossieaux, 32 euros  
Dans Enfances (septembre 2011), Sempé s'attardait avec douceur et mélancolie sur le bonheur de l'insouciance. Avec son nouvel album Bourrasques et accalmies, il passe à l'âge "adulte" et le grand enfant qu'il est s'amuse à en croquer les contradictions. Entre bourrasques et accalmies donc, on retrouve, éclatante, la poésie de Sempé, ce rire nécessaire qui invite nos esprits (trop) sérieux à poser un regard différent sur le monde, les hommes et soi-même. Une véritable thérapie comme le dit Sempé : "Quand je me suis mis à dessiner, c'était peut-être une sorte de thérapie, j'ai eu envie de dessiner des gens heureux. De faire du dessin humoristique avec des gens heureux. Ce qui est de la folie. Mais c'est mon caractère". Cent-vingt petites scènes savoureuses content ces éclaircies pendant la tempête quand chacun tente de maintenir le cap ou de le garder.


samedi 16 novembre 2013

En mer de Toine HEIJMANS

En mer de Toine Heijmans, éditions Christian Bourgois, 15 euros 
PRIX MEDICIS ETRANGER 2013


Sur la mer du Nord un navigateur solitaire termine un périple de trois mois autour de la Grande-Bretagne. Mais c’est dans un port danois qu’il a embarqué sa petite fille de sept ans pour une traversée de quarante-huit heures qui les ramène à Harlingen, chez eux, aux Pays-Bas.

Le récit commence dans la nuit, la petite fille dort dans la cabine tandis que son père observe la lumière des phares, des bateaux et des plateformes pétrolières. Il assure ainsi les quarts de veille jusqu’au matin. Soudain, en entrant dans la cabine, il constate avec stupeur que sa fille a disparu. Les mille précautions prises ainsi que son insistance pour persuader sa femme de lui laisser leur petite fille lui reviennent à la figure .

La fin du voyage prend, dès lors, des proportions inouïes. Le navigateur nous entretient de tout de ce qui a précédé la disparition de sa petite fille avant de revenir au temps présent et se perdre dans un délire.

Difficile d’éclairer ce déraillement psychologique autrement qu’en ramenant le lecteur sur terre, la mer se dérobant à toute forme de vérité. La clé de l’histoire, elle, n’appartient pas à la voix du marin mais à celle de sa femme.

Les prix littéraires 2013


 

Parce que ces derniers jours ont été riches en récompenses littéraires, voici un petit tour d'horizon permettant de s'y retrouver parmi les principales:

- Prix Goncourt: Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, éditions Albin Michel
Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d'eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une " gueule cassée ", est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l'exclusion. Refusant de céder à l'amertume
ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d'une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence... Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts. Bien au-delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l'histoire caustique et tragique d'un défi à la société, à l'Etat, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer. Dans la France traumatisée de l'après-guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d'envergure nationale d'un cynisme absolu. 
  
- Prix Goncourt des lycéens: Le quatrième mur de Sorj Chalandon, éditions Grasset
"L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne..."

- Prix Renaudot: Naissance de Yann Moix, éditions Grasset
La naissance ne saurait être biologique : on choisit toujours ses parents. Naître, c'est semer ses géniteurs. Non pas tuer le père, mais tuer en nous le fils. Laisser son sang derrière, s'affranchir de ses gènes. Chercher, trouver d'autres parents : spirituels. Ce qui compte, ce n'est pas la mise au monde, mais la mise en monde. Naître biologiquement, c'est à la portée du premier chiot venu, des grenouilles, des mulots, des huîtres. Naître spirituellement, naître à soi-même, se déspermatozoïder, c'est à la portée de ceux-là seuls qui préfèrent les orphelins aux fils de famille, les adoptés aux programmés, les fugueurs aux successeurs, les déviances aux descendances. Toute naissance est devant soi. C'est la mort qui est derrière. Les parents nous ont donné la vie ? A nous de la leur reprendre. Le plus tôt possible.

- Prix Fémina: La saison de l'ombre de Léonora Miano, éditions Grasset
« Si leurs fils ne sont jamais retrouvés, si le ngambi ne révèle pas ce qui leur est arrivé, on ne racontera pas le chagrin de ces mères. La communauté oubliera les dix jeunes initiés, les deux hommes d'âge mûr, évaporés dans l'air au cours du grand incendie. Du feu lui-même, on ne dira plus rien. Qui goûte le souvenir des défaites ? » Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l'intérieur des terres, dans le clan Mulungo. Les fils aînés ont disparu, leurs mères sont regroupées à l'écart. Quel malheur vient de s'abattre sur le village ? Où sont les garçons ? Au cours d'une quête initiatique et périlleuse, les émissaire du clan, le chef Mukano, et trois mères courageuses, vont comprendre que leurs voisins, les BWele, les ont capturés et vendus aux étrangers venus du Nord par les eaux. Dans ce roman puissant, Léonora Miano revient sur la traite négrière pour faire entendre la voix de celles et ceux à qui elle a volé un être cher. L'histoire de l'Afrique sub-saharienne s'y drape dans une prose magnifique et mystérieuse, imprégnée du mysticisme, de croyances, et de « l'obligation d'inventer pour survivre. » 

- Prix Fémina (roman étranger): Canada de Richard Ford, éditions de l'Olivier
Nous sommes à Great Falls, Montana, en 1960. Dell Parsons a 15 ans lorsque ses parents commettent un hold-up, avec le fol espoir de rembourser ainsi un créancier menaçant. Mais le braquage échoue, les parents sont arrêtés, et Dell a désormais le choix entre la fuite ou le placement dans un orphelinat. Il choisit de fuir, passe la frontière du Canada et se retrouve dans le Saskatchewan. Il est alors recueilli par un homme, Remlinger, qui fait de lui son apprenti et son factotum. Remlinger est un " libertarien ", adepte de la liberté individuelle intégrale, qui vit selon sa propre loi en organisant des chasses. Canada est le récit de ces années d'apprentissage au sein d'une nature magnifique, parmi des hommes pour qui seule compte la force brutale, comme le montre l'épisode final, d'une incroyable violence. Des années plus tard, Dell, qui est devenu professeur à l'Université, se souvient de ces années qui l'ont marqué à jamais. Qualifié de " page-turner " par le NY Times, ce roman d'une puissance et d'une beauté exceptionnelles rappellera aux lecteurs de Richard Ford le premier de ses livres publié à l'Olivier en 1991, Une saison ardente. Il marque le retour sur la scène littéraire d'un des plus grands écrivains américains contemporains.

- Prix Médicis: Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq, éditions POL
Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. Il se trouve que l' homme est noir. « C' est quoi, un Noir ? Et d' abord, c' est de quelle couleur ? » La question que pose Jean Genet dans Les Nègres, cette femme va y être confrontée comme par surprise. Et c' est quoi, l'Afrique ? Elle essaie de se renseigner. Elle lit, elle pose des questions. C' est la Solange du précédent roman de Marie Darrieussecq, Clèves, elle a fait du chemin depuis son village natal, dans sa « tribu » à elle, où tout le monde était blanc. L'homme quelle aime est habité par une grande idée : il veut tourner un film adapté d' Au coeur des ténèbres de Conrad, sur place, au Congo. Solange va le suivre dans cette aventure, jusqu' au bout du monde : à la frontière du Cameroun et de la Guinée Équatoriale, au bord du fleuve Ntem, dans une sorte de « je ntem moi non plus ». Tous les romans de Marie Darrieussecq travaillent les stéréotypes : ce qu' on attend dune femme, par exemple ou les phrases toutes faites autour du deuil, de la maternité, de la virginité... Dans Il faut beaucoup aimer les hommes cet homme noir et cette femme blanche se débattent dans l' avalanche de clichés qui entoure les couples qu' on dit « mixtes ». Le roman se passe aussi dans les milieux du cinéma, et sur les lieux d' un tournage chaotique, peut-être parce qu' on demande à un homme noir de jouer un certain rôle : d' être noir. Et on demande à une femme de se comporter de telle ou telle façon : d' être une femme.

 - Prix Médicis (roman étranger): En mer de Toine Heijmans, éditions Christian Bourgois

- Prix de l'Académie Française: Plonger de Christophe Ono-dit-biot, éditions Gallimard

- Prix de Flore: Tout cela n'a rien à voir avec moi de Monica Sabolo, éditions Lattes
Tout cela n'a rien à voir avec moi décortique un chagrin d'amour, selon une méthode relevant de la fantaisie, de la poésie et de la science. Il se présente comme un traité académique, dont l'auteur serait à la fois le sujet et l'objet (dispositif qui révèle ses limites, ne nous le cachons pas). Alternant observations cliniques et textes lyriques, photos et correspondance, ce roman est à la fois une enquête de police (les objets du quotidien sont présentés comme de pièces à conviction) et une fiction, drôle, folle, déchirante. C'est aussi le témoignage d'une obsession, le récit d'un gouffre qui se dévoile. Doucement une réalité archaïque affleure, et l'auteur glisse, comme malgré elle, vers une autre blessure pour remonter doucement vers les racines du mal. Que nous transmettent nos parents ? Leurs chagrins s'impriment-ils dans nos cellules comme une mémoire fatale ? Sommes-nous voués à revivre, encore et encore, des émotions encodées dans une région fossile de notre cerveau ? Un texte aussi gracieux que bouleversant qui inaugure peut-être un nouveau genre romanesque.

- Prix du Quai des orfèvres: Le sang de la trahison de Hervé Jourdain, éditions Fayard
" Tueurs en série de génération en génération, ça reste une drôle de vocation ! Mais toujours au service de l'Etat. Fallait pas toucher à l'honneur de mes ancêtres. J'aime voir les flics s'agiter à cause de moi, voir leur gyrophares bleuter les façades du Palais de Justice. Qui éliminera les traîtres à sa mémoire ? " Au moment où Zoé, une jeune policière, rejoint les " seigneurs " de la Crim' au " 36 " un tueur exécute méthodiquement ses victimes. Seul lien entre elles, leur appartenance au monde judiciaire. Seul indice, trois petits morceaux de sucre.

samedi 9 novembre 2013

Ainsi soit Benoîte Groult de CATEL aux éditions Grasset.

Couverture  Ainsi soit Benoîte Groult de CATEL aux éditions Grasset, 22 euros.







Sur la couverture, Benoîte Groult dessinée par Catel prend la pose, les meubles de salon d'André Groult (son grand-père) disposés autour d'elle. Je n'aime pas la BD dit-elle.

Ce livre épais, qui étoffe la réputation de l'auteure que beaucoup connaissent depuis ses deux autres romans (bio)graphiques (Kiki de Montparnasse et Olympe de Gouges), est l'histoire de sa rencontre avec Benoîte Groult qui s'est justement produite à partir de leurs écrits et dessins respectifs sur la célèbre féministe de la révolution française. Le féminisme est d'ailleurs le mot clé qui sous-tend l'entreprise graphique et autobiographique de Catel qui s'éprend radicalement de son sujet et de sa vie très romanesque racontée au fil des pages qui se tournent à une allure vertigineuse. Le dessin de Catel s'apparente à un sourire permanent voué à celle qu'elle ne cesse d'admirer. Seul différend, la BD.

La BD n'est pas de la littérature lui assène Benoîte qui s'est forgée son intellect à coups d'œuvres sérieuses, ne connaissant de la BD que Bécassine et Bibi Fricotin. Affaire de génération bien sûr. Maüs d'Art Spiegelman d'accord, Olympe de Gouges passe encore et voilà Benoîte empêtrée dans ses contradictions. Mais Catel retrace à merveille l'itinéraire de cette grande dame du féminisme. Célébrée et choyée comme nulle autre, Benoîte Groult vaque à ses occupations d'Hyères à la Bretagne où elle vécut avec Paul Guimard, suivie par Catel qui dessine frénétiquement et admirablement les lieux.

Ce n'est pas le léger et tout récent aveu de faiblesse qui lui a fait quitter le jury Fémina cette année qui peut enlever le formidable entrain de la vie de Benoîte Groult, qui se répand telle une onde jubilatoire tout au long de ce magnifique livre. Et si Benoîte n'aimait pas la BD, Catel est parvenue sans aucun doute, au contraire.

samedi 2 novembre 2013

Les rendez vous de la Médiathèque de Gujan Mestras

Date : 09/11/2013
Heure : 11
Lieu : Médiathèque Michel Bézian Gujan Mestras
Public : Tous publics
gratuit


SAMEDI 9 NOVEMBRE A 11H


8ème rencontre polars en compagnie du libraire Olivier PÈNE.
L'occasion pour les lecteurs, et autres passionnés, d'entendre parler de roman policier, de roman noir et des dernières parutions, lues et décortiquées par les intervenants de la médiathèque.


L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain PUERTOLAS

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain PUERTOLAS aux éditions Le dilettante, 19 euros.

Premier roman le plus vendu de la rentrée 2013 et meilleure vente de romans durant plusieurs semaines, le livre de Romain Puertolas, bien aidé par son éditeur, a réalisé une performance qui relève plus d'un très bon sens du marketing que de la grande littérature.

Convenons cependant que l'histoire du fakir est, de prime abord, très divertissante car il y a du Pierre Richard chez ce Ajatashatru Lavash Patel dont Romain Puertolas décline avec réjouissance (c'est l'une des idées les plus irrésistibles du livre) ce nom abracadabrantesque. Ainsi ce brave Ajatashatru, au meilleur de sa forme, peut être appelé La-chatte-à-trou-la-vache ou Achète-un-tas-de-trucs ou encore Je-chante-dans-la-rue... Fakir de son état mais aussi magicien, filou et arnaqueur, il ressemble à s'y méprendre au statut d'écrivain, statut que le fakir finira d'ailleurs par obtenir. Mais avant cela, une suite échevelée de gags dignes du Grand blond avec une chaussure noire va se produire à l'intérieur du célèbre magasin suédois et contribuer sans aucun doute à la grande popularité du livre. 
La suite, ne pouvant garder un tel niveau, contient une forme de fable moraliste empruntée au conte des mille et une nuits avec un assaisonnement bouddhiste, le tout servi dans le contexte très actuel de l'immigration clandestine.

Encourageons néanmoins le succès d'un tel livre certes un peu passe-partout mais qui ne triche pas sur la marchandise, le titre lui-même annonçant suffisamment la couleur.

samedi 26 octobre 2013

Un destin d'exception de Richard YATES par M. ROUDOUDOU

Couverture Un destin d'exception de Richard YATES aux éditions Robert Laffont, 22 euros.


 On n'en finit plus d'éditer Richard Yates, auteur majeur tombé dans l'oubli et découvert en France il y a une dizaine d'années avec "son" chef d'oeuvre qui en est aussi un de la littérature du XXème siècle, La fenêtre panoramique.

Dans Un destin d'exception, livre sans doute le plus personnel, le jeune Robert Prentice part combattre en France durant la 2ème Guerre Mondiale, laissant derrière lui sa mère, femme divorcée sculptrice (*) à ses heures qui l'élevait seule depuis sa séparation. On pense alors sombrer dans un énième livre décrivant la guerre d'un jeune américain de 18 ans partant au front, découvrant l'Europe et revenant Homme, avec force description de combats, d'amitiés, d'héroïsme et de lâchetés. Mais c'est mal connaître Richard Yates. On n'est pas là pour sauver le soldat Ryan, il ne faut pas compter sur lui pour ces effets qu'il laisse aux autres. Au bout de quelques pages il casse volontairement ce rythme linéaire et remonte à l'enfance de Robert Prentice: le personnage central du livre devient cette mère, qui se berce d'illusions, va enseigner la sculpture à New-York aux enfants de riches familles de la Côte Est et devenir célèbre. Elle rencontrera un homme cultivé et vivra dans une demeure somptueuse. A moins que, comme souvent dans les romans de Richard Yates, lorsque le conte de fée semble se réaliser, que l'on pourrait lorgner du côté de Scott Fitzgerald, il ne s’effrite inexorablement ; à moins alors qu'en parallèle le roman revient au présent et décrit de façon tragi-comique les combats de son fils (il casse avec son fusil une fenêtre comme il a vu faire dans des films), qu'elle ne se retrouve dans une ville, une villa paumée du Texas chez sa soeur fuyant les dettes et le réel.

Mais il n'y a jamais de regard critique, de jugement, ou, à l'opposé de valorisation, complaisance dans les défaites des êtres qu'il décrit. Ce ne sont pas des losers magnifiques, mais des personnages confrontant leur rêve au réel et inversement, et dès lors, doivent faire face à leurs failles en s'efforçant de rester dignes. C'est ce décalage, jamais sombre ni noir, qui rend ses romans d'autant plus cruels mais paradoxalement toujours bienveillant. Il reste un rai de lumière chez Richard Yates.

(*) Dans un recueil de nouvelles parues récemment Menteurs amoureux, on retrouve aussi la figure de cette mère sculptrice.

M. ROUDOUDOU

Bandoneon de Jorge Gonzalez

Couverture Bandoneon de Jorge GONZALEZ aux éditions Aire Libre, 24 euros.

Bandoneon est une affaire de dessins et de caricatures fatalement associée à la dictature, celle que connut l’Argentine tout au long du 20ème siècle. C’est au départ de Gênes que Jorge Gonzalez inaugure son histoire en 1919. On y voit une foule ramassée sur un quai comme on en voyait quant un bateau s’en allait vers l’autre continent, l’Amérique. Ces visages, nez levés, vus de dos et de profil sont repris le dessin d’après, cette fois vus d’en haut et de face, le regard de l’illustrateur s’étant déplacé du quai au bateau, embarqué. C’est monumental, le dessin s’apparentant à une esquisse, à la fois précis et inachevé. La traversée, le bateau, l’Italie, l’enfance recomposée dans une couleur de papier jaunie en peu de mots sinon des dialogues confus comme le souvenir et l’exil.
C’est l’histoire d’Horacio qui nous est contée, de son arrivée en Argentine, enfant à Buenos Aires dans l’univers musical, interlope et fatal du Tango.
Horacio apprenti pianiste mais talentueux est détecté par le bandoneiste Vicente, gros homme remplissant les cases de Jorge Gonzalez jusqu’à les déborder, gros homme d'où suinte une expression tragique uniquement lorsqu’il joue de son instrument dans des bouges de la capitale parmi les prostituées et d’autres musiciens, compagnons d’infortune. Horacio l’accompagne un soir, il n’a pas dix ans et la mère du garçon disgracie Vicente, ce voisin à qui elle avait donné sa confiance. Mais il est trop tard, Horacio devient un pianiste magistral que l’on réclame jusqu’à New-York et qui choisi par amour et ambition une toute autre voie, visant la fortune et l’élévation sociale plutôt que le talent et la passion de son art.
A l’arrière de ce destin, Jorge Gimenez a bâti l’histoire de Buenos-Aires jusqu’aux années soixante, ville nocturne, brutale et sexuelle et a donné à sa BD un air de chef-d’oeuvre.