vendredi 16 avril 2021

The white darkness de David Gran

 The white darkness de David Gran aux éditions du Sous-sol, 

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Commençons par nommer les protagonistes du livre de David Gran, Ernest Schakleton et Henry Worsley, ils sont chacun reconnus comme des explorateurs essentiels à la connaissance du continent Antarctique. 

Les nombreuses photos qui illustrent leurs aventures ont été prises à un siècle de distance. 


Si L’odyssée de l’Endurance demeure un livre phare, le récit extrême non pas d’un échec mais d’une survie dans le froid polaire, David Gran, dans la première partie de The white darkness en restitue ses valeurs premières soit la promesse d’un capitaine en qui tout un équipage maintint sa confiance jusqu’à son retour avec des sauveteurs et la satisfaction de ce capitaine de n’avoir subi aucune perte dans un hivernage forcé dès lors que le bateau "L’endurance" fut immobilisé par les glaces.


Henry Worsley fut un des lecteurs admiratifs de L’odyssée de l’Endurance, il en retint les leçons tout au long de sa carrière militaire avant d’entreprendre à son tour sa propre odyssée  accompagné de deux acolytes dont le petit-fils d’un des hommes de Schakelton et accomplir sa première expédition « anniversaire » au pôle sud. 

Une deuxième menée cette fois en solitaire poussera Henry Worsley dans les limites possibles qu’un homme puisse endurer seul sur ce monstrueux continent.


Le propos de David Gran n’est justement pas de démontrer une quelconque folie de cette tentative. Bien au contraire, il démontre que celle-ci était sans doute la plus contrôlée qui soit. Henry Worsley n’était pas un aventurier inconscient des risques entrepris. Il savait que personne avant lui n’avait réussi à traverser l’Antarctique en solitaire et ce désir d’y parvenir était inconciliable de son attirance pour les paysages de neige et de glace qui composent cette contrée farouchement hostile à l’homme. 


David Gran rend hommage à l’explorateur et  à sa famille qui lui a permis d’aller au bout de son désir, de son besoin de ressentir et de rêver son voyage. 

En s’appuyant sur les notes ramenées par Henri Worsley, David Gran livre un récit palpitant qui témoigne avec éloquence de quel exploit il retourne lorsque l'on affronte The white darkness

Lightfall Tome 1 de Tim Probert

Lightfall tome 1 la dernière flamme de Tim Probert, éditions Gallimard Bande Dessinée, 19.90 euros:
 

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Disons-le tout de suite, ce qu'il y a de terrible avec un tome 1 c'est qu'attendre le tome 2 peut devenir une vrai torture. Donc malheureusement de ce point de vue, préparez-vous à souffrir...

Le pire étant dit, rassurez-vous, le reste n'est qu'éloge et il y aurait de quoi être intarissable en la matière tant Lightfall est une belle lecture. 

Béa est une petite fille qui vit chez son grand-père, un cochon-sorcier, un peu farfelu, ayant surtout quelques soucis de mémoire avec l'âge. Une profonde tendresse les lie tous les deux. Quand celui-ci disparaît pour partir soudainement à la recherche du Sceau du Dormeur sans Repos alors que de son propre aveu il ne sait plus où il se trouve, Béa ne peut qu'essayer de partir sur les traces de son grand-père pour le protéger. Il faut dire que parcourir la contrée d'Irpa n'est pas sans embûche... surtout quand on détient avec soi une fiole enfermant la dernière flamme de l'une des lumières construites par les Galduriens pour lutter contre les ténèbres qui se sont abattus sur le monde des siècles auparavant. Heureusement sur sa route Béa a eu la grande chance de rencontrer Cadwallader, un Galdurien justement, parti à la recherche des siens. Grâce à sa parfaite connaissance de la contrée et à son immense force, il va pouvoir la guider et déjouer quelques pièges comme ceux de ce filou de Kippen Rauken Barnabus, fin voleur qui a tout de suite perçu la valeur de la précieuse fiole de Béa....

Nous ne vous en dirons pas plus, à vous de venir découvrir ce vrai bijou de poésie !







7 lettres de Olivia Harvard


7 lettres de Olivia Harvard, éditions Le Livre de Poche Jeunesse, 6.90 euros, à partir de 14 ans:

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Combien il peut être difficile de perdre son meilleur ami. Surtout quand on découvre son corps et qu'au fil du temps on s'aperçoit que ce meilleur ami, on ne le connaissait pas si bien que cela finalement.

C'est ce que vit Elliot Parker, jeune homme de 18 ans poussé malgré lui à mener l'enquête sur le meurtre de Colton Crest, ou peut-être devrions-nous plutôt dire Daniel Heckerman, ce garçon qui, également malgré lui, menait une double vie. Car lui aussi menait une enquête mais à la différence d'Elliot, il était doué en la matière et en avait acquis les codes. Il s'était ainsi forgé une nouvelle identité pour approcher au mieux un ennemi qui avait bouleversé son enfance.

Elliot tombe donc de haut en découvrant peu à peu qui était Colton mais ce qui le bouleverse sans aucun doute le plus c'est que son tueur joue avec lui en lui proposant un jeu de piste. Un jeu diabolique qui doit le conduire de lettre en lettre qui chacune révèle un indice pour le démasquer. 

Eliott se sent terriblement seul dans cette poursuite effrénée et dangereuse. Mais il va s'apercevoir peu à peu que le tueur, étant beaucoup plus redoutable qu'il ne le craint déjà, ne joue finalement pas seulement avec lui....

Ce roman dense et découvert sur Wattpad, réseau social désormais bien connu des "jeunes lecteurs connectés et dans le vent" saura prendre à coup sûr ceux qui ont déjà dévoré 13 reasons why de Jay Asher, best-seller à l'origine de la série sur Netflix (plateforme télévisuelle elle aussi bien connue des "jeunes connectés et dans le vent" !).


vendredi 9 avril 2021

De sable et de neige de Chantal Thomas

De sable et de neige de Chantal Thomas aux éditions du Mercure de France collection Traits et portraits, 19 euros.

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Simultanément ou presque deux auteurs aux parcours plus proches qu’on ne le suppose se sont attardés via la collection Traits et portraits sur leur enfance respective et, géographiquement, distante de quelques kilomètres. Une distance agréable qui relie Bordeaux à Arcachon.

 

Chantal Thomas et Philippe Sollers se sont effectivement adonnés à l'exercice proposé par la collection et c’est vers Chantal Thomas que nous nous sommes tournés instinctivement mus par notre curiosité naturelle pour toute parution associée à Arcachon. 

 

Chantal Thomas, nous le savons bien, a passé son enfance sur les rivages arcachonnais déjà contés dans son livre bien nommé Souvenirs de la marée basse où l’écrivaine suivait les pas ou plutôt les brassées de sa mère, infatigable nageuse qui délaissait sa famille pour des bains quotidiens aux abords des chantiers navals encore actifs dans les années cinquante à Arcachon. 

 

Cette fois, le rôle du père apparaît, le résistant lyonnais subissant la volonté de sa femme de vivre au bord de l’eau. Il y avait chez lui une solitude qui l’entraînait sur son rafiot qu'il pilotait jusqu’aux passes où le poisson s’avérait présent. La jeune Chantal l’accompagnait dans le silence du clapotis, des heures durant, canne à pêche lancée dans le bassin pour le plaisir d’être avec son père qui préférait pour sa part la montagne avant la mer. 

 

C’est pourquoi l’hiver 56 où la neige tomba dru, à Arcachon comme ailleurs, reste le moment absolu du livre de Chantal Thomas, celui qui révèle son père et elle-même à la pratique du sport d’hiver. 

Les photos qui se sont glissées dans le livre sont frappantes par la netteté de tout ce qui fait la lumière atlantique et plus précisément celle du bassin d’Arcachon. 

 

La dérive mémorielle de Chantal Thomas entraîne cette dernière jusqu’au Japon dont elle admire la poésie et la peinture.

De sable et de neige montre à quel point l’image transmet à l’écrit une puissance invocatoire qui, sans elle, aurait été rendue tout autre.


Thérapie de groupe 1. L'étoile qui danse et 2. Ce qui se conçoit bien de Manu LARCENET


Thérapie de groupe 1. L'étoile qui danse et 2. Ce qui se conçoit bien de Manu LARCENET aux éditions Dargaud, 15 Euros chaque exemplaire.


"Au départ, au départ" comme dit la chanson*, il y avait le projet de créer une série sobrement intitulée Jean-Jacques et Bruno ou L'aventure au bureau. C'eût été "l'idée du siècle", celle après quoi tout créateur qui se respecte - de Bandes Dessinées de surcroît - court indéfiniment. 

Mais il faut se méfier des idées géniales qui rétrécissent après la première nuit et qui démoralisent les créateurs les plus exigeants. Manu Larcenet a le pouvoir de s'embraser dès qu'une idée surgit de son imagination explosive. Alors pourquoi ne pas en faire la démonstration et en faire un livre ? 

Les affres de la création sont donc une fois encore** mises à l'honneur et nous succombons de rire au devant de cette avalanche de gags qui ne durent guère plus d'un jour. 

(Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter) une étoile qui danse concédait Manu Larcenet en 2020 avant de poursuivre en 2021 en assénant Ce qui se conçoit bien (s'énonce clairement) formule que Nicolas Boileau soudainement revenu parmi nous professe doctement lors d'un homérique débat télévisé avec ce renfrogné de Friedrich Nietszche survenu lui aussi de nulle part.. 

Manu Larcenet a le talent magnifique d'explorer toutes les pistes possibles dans tous les styles possibles. Les hommages sont innombrables dont une extraordinaire référence à Jean Giraud. Précipitez-vous sur l'épisode Le gang des glorieux prédécesseurs. C'est aussi une réflexion inédite sur l'art de la Bande Dessinée ou plus simplement du dessin ou encore de l'art dans son ensemble jusqu'à Dieu tant qu'on y est. Larcenet convoque toutes les figures qui ont hanté sa progression artistique ce qui peut l'amener, avec une sincérité confondante, à nous faire l'aveu de ses réguliers séjours en clinique psychiatrique.

La confession cachée de Manu Larcenet n'est pas jouée, elle annonce les risques que procure la création. Tout n'est pas enviable mais la leçon du rire en demeure fort heureusement la thérapie finale.

*Alex Beaupin (2011)

** Blog du 5 février 2021 Oleg de FredErik PEETERS




Vasco le cochon footballeur de Edward van de Vendel

Vasco le cochon footballeur de Edward van de Vendel, illustré par Alain  éditions Versant sud, traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, 13.50 euros.

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Quelle idée d'offrir un cochon à un jeune enfant pour son anniversaire... C'est pourtant un des plus beaux cadeaux que l'on pouvait offrir à Matteo. Quand celui-ci s'accompagne d'un ballon de football, on peut parler alors du plus beau jour de sa vie. 

Comment faire participer son cochon - fraîchement baptisé Vasco - à son sport favori? C'est là que les ennuis commencent. Vasco veut bien faire, pour être le meilleur cochon possible. Matteo tente par tous les moyens de lui apprendre les règles techniques et tactiques du foot. Le résultat est pitoyable : Vasco préfère se rouler dans la boue, et Matteo souffle de désespoir. 

Un miracle se produira tout de même, et Vasco fera la une du petit journal "Le matin"grâce à une lucarne splendide marquée du groin.

Réalisées à partir de photographies réelles, les illustrations de cet album évoquent la nostalgie de l'époque des premières vignettes Panini et des petits soldats. Retour sur les légendes du ballon rond, tout en appréciant le récit d'une belle histoire d'amitié, le tout pour bien patienter jusqu'à l'Euro 2021!

vendredi 2 avril 2021

La famille Martin

 

La famille Martin de David Foenkinos, éditions Gallimard, 19.50 euros:

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Entre fiction et réalité, la barrière est souvent fine en littérature et David Foenkinos en joue ici ouvertement, naturellement et sans artifice.

C'est l'histoire d'un auteur qui, bien qu'ayant obtenu le prix Renaudot pour un précédent roman et ayant donc déjà noué avec une certaine reconnaissance, se heurte définitivement à la page blanche. Aucune once d'inspiration ne lui vient. Alors pourquoi ne pas raconter l'histoire d'une vie et ne pas faire un roman vrai ? Car après tout, tout le monde le sait, la vraie vie est parfois aussi riche, si ce n'est plus, que celle de personnages inventés.

C'est donc décidé, notre auteur s'en tiendra à cela: il écrira le roman de la première personne croisée en bas de son immeuble. Naît ainsi l'histoire de Madeleine Tricot (cela ne s'invente pas), vieille dame à la vie heureusement bien remplie pour celui en panne d'imagination. Et avec elle l'histoire de René, le mari, de Stéphanie, de Valérie, les filles, et surtout de toute une famille pour qui ce projet de roman devient une formidable et touchante bouée de sauvetage. Madeleine présente en effet un début d'Alzheimer et ses souvenirs s'étiolent peu à peu. Commence ainsi un voyage où les personnages vont vivre leur vie de héros de chair et de papier et où les rencontres peuvent être bouleversantes ou tout simplement faire davantage apprécier les instants vécus.

Gianna d'Arianna Melone

Gianna d'Arianna Melone, éditions Albin Michel, 19 euros

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Gianna est de celles qui ne passent pas inaperçues. Le regard fuyant mais l'air sûr d'elle, cette jeune femme suscite autant de jalousie que de fascination. Dans l'Italie des années 70, vivre sa féminité et sa sexualité en toute liberté bouscule les idées des uns et des autres, et Gianna est bien décidée cependant à revendiquer ses droits au plus fort des années de plomb.

Ce combat ne s'arrête pas à elle, mais à tous. Elle milite pour le droit des femmes à l'avortement, pour l'égalité des sexes, et la liberté de manifester. Gianna s'engage et se revendique, tout en s'interrogeant sur sa condition de femme. Est-elle débridée, dévergondée, ou simplement libre? Le lecteur de cette petite pépite se posera aussi cette question, grâce à un dessin au plus près de ces bouleversements. La technique d'Arianna Melone, qui allie crayons de couleur et aquarelles, souligne à merveille l'impact des tensions politiques et sociales sur chaque individu.

Jean-Claude Mourlevat lauréat du prix Astrid Lindgren 2021

Jean-Claude Mourlevat a été récompensé cette semaine par le prestigieux prix littéraire Astrid Lindgren, l'occasion pour nous de remettre à l'honneur cet auteur majeur de la littérature jeunesse.

Les romans d'aventure de Jean-Claude Mourlevat abordent de nombreux thèmes essentiels au jeune public, et ce dans un humour fin et un suspense remarquable. Bravo à lui!






Photo Melania AVANZATO/Opale via Leemage

Jefferson, éditions Folio junior, 6.80 euros:

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Un beau matin, Jefferson va se faire couper la houppette chez son coiffeur attitré: Défini'tif. Très élégant, toujours propre et en costume, il ne se doute pas que ce matin là va changer à jamais sa petite vie bien rangée de hérisson.

En arrivant devant Défini'tif, au lieu de découvrir son coiffeur personnel- un blaireau apparemment sans histoires- souriant et prêt à prendre soin de lui, il le voit gisant sur le sol, une paire de ciseaux plantée dans le corps!
Jefferson, en tout bon hérisson qui se respecte, se jette sur le blaireau pour enlever cette arme du crime... sans se douter que ce geste lui vaudra d'être accusé de meurtre.

Comment prouver son innocence? En cherchant lui-même le(s) coupable(s) bien sûr! Mais pour cela, il lui faudra l'aide dévouée de son meilleur ami Gaspard le cochon, ainsi que le soutien inattendu d'autres animaux loyaux et serviables.
Autant vous prévenir d'emblée: le dernier roman de Jean-Claude Mourlevat, auteur incontournable en littérature jeunesse, est une lecture jubilatoire et rafraîchissante. On aurait même du mal à le conseiller uniquement aux plus jeunes tant il peut également faire sourire les adultes. Derrière les aventures et les péripéties de Jefferson, se devine un véritable engagement pour la littérature, le voyage, la défense des animaux, en dénonçant notamment leur maltraitance en abattoir, sujet cruellement d'actualité.

Avant tout, on rit, et on adore se lancer à la recherche des coupables, tout en faisant de ce hérisson notre nouvel animal de compagnie. Mais attention, les hérissons sont timides et sauvages, et Jefferson devra user de ses piquants pour affronter le monde hostile des humains.
Jefferson se lit à partir de 9 ans, et surtout sans limite d'âge maximum.
 
Voici les autres livres de Jean-Claude Mourlevat à dévorer sans modération.





vendredi 26 mars 2021

Traverser la nuit d’Hervé Le Corre

Traverser la nuit d’Hervé Le Corre aux éditions Rivages, 20,90 Euros.

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Autant commencer par avertir celles et ceux qui ne connaissent pas la définition d’un roman noir. Traverser la nuit leur en donnera un exemple frappant. 

 

A ce titre Hervé Le Corre ne fait jamais les choses à moitié, la cruauté qu’il emploie semble venir d’un réel tout proche qui - certes et fort heureusement - ne concerne pas la majorité d’entre nous mais ce réel-là se tient tout près. Il fait partie de ce que nous ne voulons pas de prime abord regarder, il se tient dans ce que l’on a un peu facilement défini comme étant la marge. Celle que l’on évite à toute force lorsqu’elle se présente à nous. 

 

Hervé Le Corre lui s’y arrime et cette fois par le biais d’un commandant de police nommé Jourdan. Cet homme - sinon qu’il est un flic - n’est, pas plus qu’un autre, délesté de la misère sociale qui l’entoure. Il en est même au stade de ne pouvoir la supporter. Sa limite de l’acceptable semble être atteinte mais voilà son boulot de flic ne lui laisse aucun répit. 


Les affaires sordides, comme Bordeaux peut en fournir, sont légions. Bordeaux ou ailleurs, mais la capitale girondine suffit amplement à Hervé Le Corre qui en connait les recoins les plus sombres et les plus inquiétants. Il peut aussi bien nous embarquer en bord de rocade dans une station service la nuit où les routiers se soulagent auprès de quelques dames ou nous entraîner dans la campagne délavée du médoc en bord d’estuaire et côtoyer les frasques incestueuses d’une famille en décomposition. Ou encore, et plus spectaculairement, braquer une torche assassine sur une maison andernosienne prise en otage par un fou désespéré et enfin, pour finir, nous projeter sur le parking d’une zone commerciale à ses heures de fermeture pour un tabasse en règle entre voyous. 


Bref, si le décor de Traverser la nuit nous est proche voire vulgaire, cette proximité enclenche un fort sentiment d’effroi lorsqu' avec Jourdan et son équipe nous constatons tout le mal qu’il y a été fait. 


Si Jourdan est un témoin des carnages que son statut professionnel autorise, sa vie privée en subit aussi des dégâts collatéraux. Enfermé dans une solitude volontaire, il voit s’éloigner femme et enfant lassées de cette incommunicabilité censée les protéger.

A l’autre bout de cet échiquier cruel se trouve Louise que Jourdan finira par rencontrer. Cette jeune femme qui a déjà connu le pire subit les attaques répétées de son ancien amant, un être ravagé par l’alcool et la drogue, miné tantôt par le remords, tantôt par une jalousie démentielle qui frappe aveuglément. 


Ici Hervé Le Corre nous attire au plus profond de la détresse ordinaire : la violence conjugale. Pénétrer l’intimité de ceux qui reçoivent les coups, qui saignent, qui pleurent et qui tentent de sauver leur bien le plus cher, en l’occurrence Louis, son jeune fils de huit ans. 


Traverser la nuit mêle ces deux misérables destins à une série de meurtres sauvagement perpétrés dans la nuit bordelaise. Un homme qui le jour ploie sous le poids d’un travail ordinaire, tue la nuit venue, selon ses pulsions, des femmes choisies en fonction de leur vulnérabilité. C’est ici que la noirceur du roman se dégage le plus. Jourdan et son équipe progresse avec le plus grand mal dans leur enquête. L’homme qu’ils recherchent est insaisissable, ses actes sont incontrôlables et son secret se terre forcément dans son origine sociale et familiale. 


Tout l’art d’Hervé Le Corre se situe dans cette exploitation de la misère humaine, son décryptage profond des racines du mal. C’est éprouvant à lire mais l’auteur distribue les rôles avec un sens exact de la mesure. Les coups font mal mais détiennent chacun leur vérité.